Un Québécois meurt au mont Washington

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Le mont Washington est le point culminant du nord-est des États-Unis et l'un des plus fréquentés du pays, avec 250 000 visites par année.

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«J'avais de l'espoir, mais quand j'ai vu la police sonner à ma porte, je savais que c'était une évidence.» Samedi soir, Michelle Arsenault a appris que le corps de son fils avait été retrouvé au mont Washington. François Carrier, 47 ans, était parti en randonnée il y a près de trois semaines aux États-Unis, dans l'État du New Hampshire. Il n'en est jamais revenu et figurera dorénavant sur la liste des 150 randonneurs morts sur le populaire sommet américain.

«François, ça faisait six fois qu'il montait là, il était habitué. Il est allé plus tôt dans la saison cette année parce que les hôtels étaient moins chers. Normalement, on y allait début juin», raconte Mme Arsenault.

Jointe par téléphone hier soir, la mère endeuillée avait besoin de parler de son fils.

Elle a raconté qu'il adorait marcher. Elle l'avait elle-même déjà suivi sur cette montagne «où la température est tellement changeante qu'on y traverse presque trois saisons entre la base et le sommet». Il lui avait même demandé de l'accompagner cette fois-ci. Elle avait refusé, trouvant les conditions trop périlleuses en ce temps-ci de l'année.

Elle croit d'ailleurs que François s'est fait prendre par la noirceur ou par le froid. Son corps a été trouvé en bordure du sentier Tuckerman Ravine, à plus de 1600 mètres d'altitude (5249 pieds), selon les autorités locales.

«Le 9 mai, il y avait deux pieds de neige et il devait faire - 5 °C. On sait qu'il s'est couché entre deux rochers pour se protéger. Il a dû se dire: "Je vais continuer demain." Mais il est mort là», raconte la mère de François, à qui la police a remis des photos du corps prises à l'endroit où il a été retrouvé par des randonneurs, samedi.

Des recherches au mauvais endroit

Lorsque la disparition de François Carrier a été officiellement signalée, le 12 mai, des secours l'ont cherché dans la zone de Pinkham Notch à l'aide de chiens et d'hélicoptères pendant cinq jours, en vain.

La fin de semaine suivante, la famille de l'homme qui habitait à Drummondville a été laissée à elle-même dans les recherches. La soeur de François - médecin à Sherbrooke - a gravi les trois quarts de la montagne de 1914 mètres (6280 pieds) avec des amis et des collègues. Ses parents ont placardé les villages avoisinants de 400 avis de disparition. Le lendemain, épuisés, ils ont tout de même arpenté les fossés des environs.

Dans toutes les recherches, personne n'a ciblé assez haut pour se rapprocher du corps de François, qui se trouvait en marge d'un sentier, caché par les rochers et plus récemment par la végétation. Il a fallu qu'un randonneur, par pur hasard, sorte du chemin pour apercevoir le cadavre. Il a fallu environ 25 bénévoles pour le redescendre.

La famille attend maintenant le rapport de l'autopsie qui aura lieu cette semaine, après quoi elle aura la tâche complexe de rapatrier au Canada le corps ou les cendres de François.

Le poète refoulé

L'homme n'avait ni femme ni enfants. Sa mère était sa confidente. Même s'il habitait à Drummondville et elle à Saint-Élie-de-Caxton, ils se voyaient très souvent.

«C'est comme si le cordon n'avait jamais été coupé, c'est ça qui me fait mal. Les gens qu'on aime, on les tient pour acquis. On ne peut jamais s'imaginer qu'ils ne seront pas là demain. Il avait besoin de moi, mais moi, j'avais aussi besoin de lui», laisse tomber sa mère candidement.

François était camelot pour Publi-Sac, il adorait marcher, il aimait les montagnes, la photographie et par-dessus tout la poésie. Sa mère fera relier les 118 pages de poèmes qu'il avait écrites au fil des ans sous le nom de Betsy Lamontagne. Un recueil qu'elle lira certainement les dimanches soir, où ils allaient traditionnellement au cinéma puis souper au restaurant.

«Le fait de l'avoir retrouvé, je n'aurai pas besoin de le chercher le restant de ma vie. J'aurais engagé du monde pour monter la montagne jusqu'à ce qu'on le retrouve. J'aurais mis tout mon argent là-dedans.»

Michelle Arsenault
La mère de François Carrier

La montagne de la mort

Le mont Washington est le point culminant du nord-est des États-Unis et l'un des plus fréquentés du pays, avec 250 000 visites par année. La montagne est entourée de quatre autres sommets moins élevés. Ainsi, la crête du mont Washington se trouve à la croisée de trois courants climatiques, ce qui explique l'instabilité de la météo. Les tempêtes sont imprévisibles, et la température peut atteindre des froids polaires en très peu de temps. 

Depuis que les morts y sont recensés - soit depuis 1849 -, 150 personnes ont péri au mont Washington. Les avalanches et les conditions météorologiques changeantes, mais aussi le manque de préparation ou l'équipement inadéquat sont autant de raisons pour qu'un aventurier ou un simple randonneur y laisse sa vie.

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