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Polytechnique: 26 ans plus tard, Monique Lépine ne comprend toujours pas

Monique Lépine... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Monique Lépine

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Pierre Chauvin
La Presse Canadienne
Whitehorse

Vingt-six ans après que son fils eut froidement abattu 14 femmes à l'école Polytechnique, à Montréal, Monique Lépine ne comprend toujours pas pourquoi il a posé ce geste.

À Whitehorse où elle livrait cette semaine un discours dans le cadre de la campagne «12 jours pour mettre fin à la violence faite aux femmes», Mme Lépine s'est demandé si son fils ne s'était pas senti laissé de côté et avait l'impression de ne pas être aimé.

La dame de 78 ans a raconté, d'une voix douce et calme, la violence que ses enfants et elle ont subie aux mains de son ex-époux.

Le 6 décembre 1989, Marc Lépine, alors âgé de 25 ans, est entré à l'école Polytechnique armé d'un fusil Sturm-Ruger de calibre 223.

Après avoir séparé les hommes et les femmes dans une classe, il a déclaré sa haine envers les féministes puis a ouvert le feu, tuant 14 femmes et en blessant neuf autres. Puis il s'est enlevé la vie.

Monique Lépine a raconté avoir prié lorsqu'elle a entendu parler de la fusillade, avant d'apprendre que son propre fils en était l'auteur.

«Mon fils s'est tué, mais je suis celle qui a dû vivre avec toutes les conséquences», a-t-elle jugé.

Sept ans après le massacre, sa fille de 29 ans s'est tuée par surdose de drogue, a-t-elle ajouté, soulignant qu'elle se sentait coupable de ne pas avoir eu l'occasion de se réconcilier avec son frère.

Le lendemain, Mme Lépine a réalisé qu'elle avait perdu ce à quoi elle avait consacré sa vie: ses enfants.

«J'ai eu l'impression de mourir de douleur et de tristesse», a-t-elle confié.

Monique Lépine dit avoir réfléchi pendant 17 ans après la fusillade, au sujet de la violence que lui avait fait subir, à elle et à ses enfants, son ex-époux, qui n'a jamais payé de pension alimentaire et ne l'a jamais contactée, même après avoir appris que son fils était responsable du massacre.

Mme Lépine avait déjà confié que son fils avait été violemment battu par son père.

«Si vous ne réglez pas vos problèmes émotionnels lorsque c'est le temps, éventuellement, vous vieillissez, vous êtes un adulte, mais émotionnellement, vous êtes toujours à l'âge de vos blessures», a-t-elle philosophé.

Elle a raconté qu'elle commençait tout juste à aller mieux lorsqu'une autre fusillade a éclaté dans une école montréalaise, le Collège Dawson, en 2006. Sa douleur est alors revenue.

Mme Lépine a alors décidé de parler, accordant une entrevue à TVA et écrivant un livre, «Vivre».

«Il m'a fallu beaucoup de temps pour faire la paix avec moi-même, parce que je croyais que j'étais la responsable, car c'est ce que tout le monde disait», a-t-elle expliqué.

Depuis, elle a rencontré la famille de l'une des victimes de son fils, et ensemble, ils ont versé des larmes.

«Nous avions tous mal. Nous avions tous perdu quelqu'un que nous aimions.»

Elle a souligné l'importance de parler de ses émotions.

«Toute cette haine que nous gardons à l'intérieur, si nous ne la laissons pas sortir et si nous ne demandons pas pardon à ceux que nous avons blessés, elle s'accumulera et nous mènera vers des comportements violents.»

Lorsqu'on lui a demandé comment aider les hommes qui posent des gestes violents envers les femmes, Monique Lépine a répondu qu'elle ne le savait pas.

«Je n'ai pas toutes les réponses», a-t-elle dit, ajoutant que les hommes avaient parfois plus de difficulté à parler de leurs émotions.

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