Arthur Porter: un parcours unique et controversé

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Arthur Porter

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Son parcours était unique. Partout où il passait, il se faisait remarquer et il laissait peu de gens indifférents. Portrait d'Arthur Porter en cinq mots.

Combatif

Le médecin ne s'avouait pas facilement vaincu. Malgré la preuve détaillée présentée à la commission Charbonneau par l'UPAC, qui montrait comment il avait reçu des millions de SNC-Lavalin puis influencé le processus d'appel d'offres pour que l'entreprise remporte le contrat du CUSM, il a toujours nié avoir quoi que ce soit à se reprocher. Lors de son entrevue avec La Presse, en 2013, il a tenté de faire valoir que le géant du génie-conseil pouvait l'avoir payé pour qu'il favorise l'obtention de contrats de raffineries, pipelines, matériel militaire, au Canada et ailleurs dans le monde. C'était la défense qu'il comptait utiliser lors de son éventuel procès. Il a aussi essayé à diverses reprises de rejeter la responsabilité des déboires du CUSM sur ses subalternes.

Charmeur

« Il y a une raison pour laquelle j'ai accepté cette entrevue et pas les autres. Vous êtes probablement l'un des journalistes les plus intelligents », a déclaré Arthur Porter d'un ton mielleux lorsqu'il a accueilli La Presse pour une entrevue chez lui en 2013, alors qu'il était recherché mais toujours pas arrêté. De l'avis de nombreuses personnes qui l'ont côtoyé, c'était le genre de flatteries débordantes dont il gratifiait souvent ses interlocuteurs pour tenter de les charmer. Il avait beaucoup de succès en la matière. « Je suis devenu populaire très rapidement et j'ai conquis mes confrères », raconte-t-il dans sa biographie au sujet de son arrivée à l'Université de Cambridge, en Angleterre, après son départ de sa Sierra Leone natale.

Citoyen du monde

Né en Sierra Leone, éduqué en Angleterre, Arthur Porter était certainement ce qu'on pourrait appeler un « citoyen du monde » : la preuve présentée en cour montre que sa femme détenait les nationalités du Canada, du Royaume-Uni, des États-Unis, de Saint-Kitts-et-Nevis et de la Sierra Leone. Il en était vraisemblablement de même pour lui. L'un des endroits où il a vécu et dont il a conservé une piètre opinion est le Québec, comme il l'explique dans sa biographie. « C'était déjà assez grave que je ne parle pas français et que je n'aie jamais vécu au Québec. Je n'étais pas des leurs. Mais combien de PDG au pays détenaient un passeport diplomatique d'un pays africain ? Combien avaient des projets de mine et d'infrastructures en Sierra Leone et en Libye ? Combien avaient dirigé un réseau majeur d'hôpitaux à Detroit et étaient devenus amis de George W. Bush ? », écrit-il dans son livre. Il dit avoir refusé d'emmener ses filles vivre au Québec parce qu'elles auraient été obligées de fréquenter l'école en français, une forme de « racisme linguistique », selon lui. La question le préoccupe énormément, au point qu'il avance que le FLQ des années 60-70 aurait pu constituer une menace lors de la première pelletée de terre du CUSM.

Proche du pouvoir

Proche des républicains aux États-Unis à l'époque de George W. Bush, du Parti libéral au Québec et du Parti conservateur à Ottawa, du président Ernest Koroma en Sierra Leone, de l'entourage du premier ministre aux Bahamas, Arthur Porter s'est toujours rapproché autant que faire se peut du pouvoir. Bien des dirigeants politiques ont ensuite regretté de l'avoir côtoyé. C'est le cas de Philippe Couillard, qui a traîné comme un boulet son ancienne amitié avec le médecin controversé, avec qui il avait fondé une firme de consultants qui n'a jamais décollé. Alors qu'il était recherché par la police, M. Porter semblait prendre plaisir à tourner le fer dans la plaie de M. Couillard : il avait fait parvenir à La Presse une photo où on les voyait tous deux dans un voyage de pêche, en plein pendant la course à la direction du Parti libéral. Lorsque M. Couillard a été élu premier ministre, il a envoyé un message public de félicitations, tout en sachant fort bien que son amitié était toxique pour toute personnalité publique.

Riche

Il cumulait les gros salaires et les bonus, il possédait des entreprises de pointe comme des cliniques d'oncologie et il accumulait les propriétés dans divers pays. C'est sans compter les millions qu'il avait reçus de SNC-Lavalin dans le cadre de ce que la police considère comme une manoeuvre de corruption: Arthur Porter était très riche. Au point que sa femme, qui demeurait à la maison pour s'occuper des enfants, a déclaré en cour qu'elle n'avait rien trouvé d'anormal lorsque 10 millions de plus ont été versés dans son compte par SNC-Lavalin. « Vous ne trouviez pas les sommes astronomiques », ont résumé les commissaires des libérations conditionnelles qui ont étudié son cas.

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