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Les Innus de La Romaine contestent l'entente avec Hydro

Les Innus de La Romaine réclament réparation auprès... (Photo fournie par Hydro-Québec)

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Les Innus de La Romaine réclament réparation auprès d'Hydro-Québec, estimant que l'entente concernant le «projet hydro-électrique Romaine n'a pas été obtenue dans le respect du droit constitutionnel ou coutumier innu».

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Les Innus de La Romaine réclament réparation auprès d'Hydro-Québec pour une entente conclue en 2008, mais jugée invalide. Ils veulent ainsi obtenir un siège au conseil d'administration de la société d'État et mettre la main sur les surplus d'électricité inutilisés afin de produire et de vendre de l'hydrogène, a appris La Presse.

Mercredi dernier, le Conseil des Montagnais d'Unamen Shipu (La Romaine) a tenu une assemblée. Il a été résolu à l'unanimité que la communauté devait obtenir «réparation et compensation auprès d'Hydro-Québec», car l'entente concernant le «projet hydro-électrique Romaine n'a pas été obtenue dans le respect du droit constitutionnel ou coutumier innu», peut-on lire.

Pour le vice-chef du Conseil des Montagnais d'Unamen Shipu (La Romaine), Georges Bellefleur, il s'agit d'un geste politique important après sept années au cours desquelles la population innue a été mise à l'écart, juge-t-il.

«C'était une entente entre Hydro et le chef de l'époque. La communauté n'a pas été consultée. Ç'a été fait de façon précipitée», affirme M. Bellefleur.

Celui-ci souligne qu'il n'existe aucune résolution du Conseil de bande appuyant l'entente avec Hydro-Québec signée en 2008. «On a fait des recherches dans nos archives et on n'a rien trouvé», précise M. Bellefleur.

Comme citoyen innu, il a cherché à obtenir depuis des années une copie de l'entente. Il a multiplié les demandes d'accès à l'information en vertu de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, mais en vain.

Les choses ont changé lorsque le chef d'Unamen Shipu, Adélard Bellefleur, a rencontré le PDG d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, en janvier dernier, quelques jours avant d'annoncer le départ de ce dernier. M. Vandal lui a alors remis l'entente.

C'est ainsi que le Conseil des Montagnais en a pris connaissance et soutient qu'elle est invalide. Selon Hydro-Québec, tout a pourtant été fait selon les règles de l'art. La société d'État affirme d'ailleurs détenir «une résolution du Conseil de bande qui approuve l'entente».

Partenariat

Hydro-Québec précise qu'elle «conclut des ententes de partenariat avec les communautés qui accueillent ses projets, dans le but de favoriser leur développement à long terme».

Depuis 1975, une trentaine de conventions et d'ententes ont ainsi été signées avec les nations ou les communautés autochtones.

Georges Bellefleur reconnaît que l'entente prévoit entre autres choses de la formation pour les gens de la communauté afin de les préparer à travailler au chantier de La Romaine.

Mais, dit-il, c'est un cul-de-sac: des hommes ont reçu la formation pour être opérateur de machinerie lourde, mais ils se sont tous heurtés aux «portes verrouillées» des entrepreneurs. Les rares Innus à avoir été embauchés à La Romaine font de l'entretien ménager.

Quant aux investissements d'Hydro-Québec dans le développement économique de la communauté et dans des projets communautaires pour assurer l'utilisation du territoire, M. Bellefleur se montre très critique. À ses yeux, ce ne sont que des éléments mineurs qui ne peuvent pas assurer l'avenir de la communauté (par exemple, le financement d'une yourte pour assurer les échanges entre les aînés et les jeunes de La Romaine).

Ce constat a donc amené le Conseil de bande à réfléchir à ce qu'il voulait vraiment pour la population. Le dossier a d'abord été soumis à des avocats, mais les Innus ont essuyé un refus. «Certaines firmes ne veulent pas se battre contre Hydro-Québec. C'est David contre Goliath», estime Georges Bellefleur.

Deux idées ont surgi dans la communauté: obtenir un siège au conseil d'administration d'Hydro-Québec et trouver une voie de développement économique.

Innu hydrogène

Pour ce dernier élément, une demande a été faite auprès du Registraire des entreprises du Québec pour réserver le nom d'entreprise Innu Hydrogène, vendredi dernier.

La résolution du Conseil des Montagnais d'Unamen Shipu indique que les objectifs de l'entreprise «seront de développer, gérer, générer, produire, distribuer, livrer, fournir, vendre et exporter de l'hydrogène».

Georges Bellefleur reconnaît toutefois que le Conseil de bande n'a pas encore mesuré le potentiel d'une telle entreprise. «On va mettre une équipe là-dessus», affirme-t-il.

Dans l'immédiat, Hydro-Québec a refusé de se prononcer sur les demandes des Innus puisqu'elle n'a reçu aucune communication officielle. Le Conseil de bande se propose de transmettre la résolution dans les prochains jours.

La société d'État a indiqué que ses surplus d'électricité prévus en 2015 atteindront 6,6 TWh. On précise toutefois par courriel que «la communauté Unamen Shipu n'est pas raccordée au réseau d'Hydro-Québec, mais bénéficie de l'électricité grâce à un réseau autonome».

Quant à la question de l'hydrogène, Hydro-Québec mentionne qu'elle n'a plus de brevets significatifs dans ce domaine, mais qu'elle soutient les travaux menés par l'Institut de recherche sur l'hydrogène de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

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