Le juge Réjean Paul est mort

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Optimiste même dans l'adversité, le juge de la Cour supérieure Réjean Paul a longtemps espéré guérir pour recommencer à faire ce qu'il a fait avec fougue et passion pendant 30 ans: juger.

Il n'en a pas eu la chance.Il est disparu à 71 ans. Dans la nuit de samedi, il a été emporté par un cancer du poumon qui avait fini par se propager. Dans les derniers moments, il a accepté la mort qui l'attendait.

«Quand je suis allé le voir à l'hôpital Saint-Luc, il y a 10 jours, il m'a accueilli avec un grand sourire. Il a dit: "Je leur ai dit de me débrancher, j'ai eu une très belle vie. Ne t'inquiète pas"», s'est rappelé lundi son grand ami, l'avocat Gérald R. Tremblay.

Réjean Paul, nommé juge à la Cour supérieure en 1983, laisse derrière lui une grande carrière. Même s'il agissait depuis 2006 comme juge surmunéraire, donc à temps partiel, son absence dans le paysage judiciaire créera un vide qui, lui, est entier.

«C'était un des doyens de la chambre criminelle. Il était très respecté, très perspicace, très intelligent. Il ne s'en laissait pas passer. Il s'occupait beaucoup des jeunes juges. Il va nous manquer beaucoup», a résumé le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland.

«Être juge, ça demande d'entretenir un rapport extrêmement sérieux, un rapport de confiance avec les autres. Il faisait un travail extraordinaire. Il a toujours été l'un d'entre nous», a complété Me Tremblay, qui a connu Réjean Paul en 1956, alors que les deux jeunes hommes suivaient leur cours classique au Collège Saint-Alexandre, en Outaouais.

De son ami, il garde le souvenir de blagues, «de rapports de joie et d'amitié».

«C'était aussi un homme de chasse et pêche», a souligné l'avocat, en évoquant un voyage de pêche avec la famille du juge Paul. «Réjean adorait la nature», a-t-il ajouté. Pour cette raison, bien des collègues disaient à l'époque qu'il était le premier autochtone à être nommé juge à la Cour supérieure. «Mais je ne pense même pas que lui le savait encore!», a blagué Me Tremblay.

Au fil des années, cependant, le juge s'est bel et bien rendu compte qu'il était, officiellement, membre de la nation algonquine.

Le médiateur

À ce titre, Réjean Paul a été très apprécié pour ses talents de médiateur, notamment auprès des Premières Nations. Le juge Rolland se rappelle que le Bureau du premier ministre l'appelait à l'occasion pour demander le juge Paul comme médiateur dans des situations corsées, comme des blocages de route.

Après ses études en droit, Réjean Paul a été procureur de la Couronne pendant une quinzaine d'années. Dans les années 70, il s'est illustré comme procureur-chef à la Commission d'enquête sur le crime organisé, la retentissante CECO, retransmise à la télévision.

Les causes

Tout au long de sa carrière, le juge Paul a entendu des causes qui ont été fortement médiatisées. En 1989, il a présidé le procès d'un homme accusé d'avoir mis le feu à des barils d'huile contaminée par des biphényles polychlorés (BPC) dans un entrepôt de Saint-Basile-le-Grand, près de Montréal.

Estimant que les policiers avaient bloqué les contacts entre l'accusé et son avocat, le juge avait écarté les aveux de l'accusé, qui a été acquitté. La décision avait été fort impopulaire dans le public. Le juge Paul ne s'était pas gêné pour dire que l'incendie était le résultat «d'un incroyable laxisme des autorités».

Réjean Paul a aussi présidé d'innombrables procès pour meurtre, dont celui du réalisateur Gilles Perron, en 1992, et celui du pédophile Mario Bastien, dans les années 2000.

Dans les mêmes années, il a participé au superprocès de motards découlant de l'opération Printemps 2001. L'avocat de la défense Louis Belleau s'en souvient.

«C'était un personnage, très coloré, estimé de ses collègues. Certains le trouvaient un peu bourru, mais personnellement, je trouve que c'était un plaisir de plaider devant lui», a raconté Me Belleau. Il se souvient que Réjean Paul avait pris des dispositions pour que «le dossier se règle». Et il s'était réglé.

La maladie

À l'automne 2013, le juge Paul a perdu de 30 à 40 livres sans savoir pourquoi. L'explication est venue à la fin de la saison; on lui a alors diagnostiqué un cancer du poumon inopérable. En décembre, le juge s'est rendu à la Cour supérieure pour trancher des demandes. Il a notamment décrété que les quatre étudiants soupçonnés d'avoir installé des bombes fumigènes dans le métro pendant la grève étudiante pouvaient utiliser ce moyen de transport de nouveau.

Le juge Paul a ensuite entrepris des traitements de chimiothérapie qui, espérait-il, allaient lui apporter la guérison, afin qu'il reprenne le travail en mars 2015. Mais l'annonce de la propagation du cancer est arrivée, juste avant les Fêtes. Le juge, «vif et intelligent» selon ses amis, a été hospitalisé le 21 décembre. Il a finalement été conduit dans une maison de soins palliatifs, où il est mort dans la nuit de vendredi à samedi.

- Avec la collaboration d'Yves Boisvert

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