Sorel-Tracy: les marins turcs rentrent chez eux

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Après avoir passé cinq mois sans salaire et sans argent dans un navire au port de Sorel, les 12 marins turcs ont enfin pu s'envoler vers Istanbul grâce à des billets offerts par Air Transat.

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«Mes trois enfants ne savent pas que je reviens à la maison. Quand elle me verra franchir la porte, ma plus vieille va certainement pleurer, ma deuxième va crier et ma plus jeune, qui n'a que 1 an, ne me reconnaîtra pas. Moi, je vais rester fort. Je ne vais pas pleurer.»

Installé dans un coin de l'aire des départs de l'aéroport Montréal-Trudeau, dimanche, Semih Ozkan n'en pouvait plus d'attendre. Dans quelques heures à peine, notamment grâce aux efforts et à la générosité de la population de Sorel, il serrera sa femme et ses filles dans ses bras.

M. Ozkan est capitaine et leader d'un groupe de marins turcs prisonniers depuis près de cinq mois d'un navire-fantôme au port de Sorel. Après des mois d'incertitude et d'angoisse, les 12 hommes ont pris le chemin du retour vers Istanbul, en Turquie.

«Nous sommes excités. Enfin, nous pouvons retourner chez nous», a dit, soulagé, le capitaine Ozkan.

Cinq mois cauchemardesques

En avril dernier, les 12 marins turcs sont venus travailler au port de Sorel pour réparer le Phoenix Sun, afin qu'il soit ensuite transporté à l'étranger pour être démantelé. Mais la société Menpas Shipping, enregistrée en Ontario, n'aurait pas respecté le contrat.

Sans un sou et sans salaire - qui devait atteindre de 500 $ à 800 $ par mois -, les marins sont rapidement devenus prisonniers de leur navire, alors que l'eau potable et les vivres se raréfiaient. Un véritable cauchemar, raconte le capitaine Ozkan, qui s'est dit «très touché et reconnaissant» envers les citoyens de Sorel-Tracy, qui ont mené une collecte de fonds pour les soutenir.

«Les conditions de vie à l'intérieur du Phoenix étaient terribles. Les gars n'en pouvaient plus. Tout le monde s'ennuyait de sa famille, les banques nous appelaient souvent, car on n'avait plus de salaire. Une chance que les gens de Sorel nous ont aidés. Nous sommes maintenant tous frères et soeurs, pour toujours», a dit M. Ozkan, en insistant à plusieurs reprises pour dire «merci beaucoup» en français.

Une histoire de solidarité entre une ville et ses marins

Confrontée à «cette situation humanitaire», la Ville a réussi à amasser plus de 18 000 $ pour aider les marins turcs, ce qui inclut un maigre salaire de 1500 $ pour l'ensemble du temps passé ici, raconte le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin.

«Pour nous, un chapitre de cette saga se termine, mais un autre commence. Dès cette semaine, nous entreprendrons des démarches pour voir ce qui en arrivera du navire et nous lancerons des démarches juridiques pour recouvrir les 60 000 $ que nous doit la compagnie derrière le Phoenix Sun», a expliqué M. Péloquin.

Au cours des dernières semaines, la municipalité s'est assurée que les marins aient de l'eau, des vivres et même l'internet pour pouvoir communiquer avec leur famille. Quand le directeur général d'Air Transat, Jean-François Lemay, les a rencontrés pour leur annoncer que la compagnie leur offrait un billet d'avion Montréal-Istanbul, l'émotion était palpable.

«Je suis allé les rencontrer il y a environ deux semaines sur le bateau. C'était très touchant de leur annoncer qu'ils pourraient enfin retourner en Turquie. Dire qu'ils étaient heureux serait un euphémisme. C'était une réaction très émotive, et c'était aussi touchant de voir ces gaillards les yeux pleins d'eau en recevant leurs billets», a raconté M. Lemay.

De la colère et de la joie

Quand on lui demande ce qu'il dirait à l'entreprise qui l'a amené au Québec pour travailler sur le Phoenix Sun, le capitaine Semih Ozkan devient colérique.

«Je leur dirais que s'ils arrivent à dormir sur leurs deux oreilles, ils devraient savoir qu'en Turquie, 12 hommes et 12 familles les maudissent à jamais», répond-il catégoriquement.

Mais cette colère, bien manifeste, n'était pas l'émotion la plus en évidence, dimanche. Les marins célébraient leur départ et disaient un dernier au revoir à ceux qui les ont soutenus pendant leur cauchemar canadien.

«Où est Edouard? Edouard, où est-il?», ont-ils demandé à La Presse lors de notre arrivée.

Les 12 hommes, et surtout le capitaine Ozkan, voulaient saluer le collègue photojournaliste Edouard Plante-Fréchette, qui a passé quelques jours avec eux sur le navire dans le cadre d'un reportage.

Car pendant qu'ils attendaient un peu d'aide et une sortie de secours pour rentrer en Turquie, les marins ont noué des amitiés avec plusieurs Québécois.

Tout juste avant de traverser la barrière de sécurité, nous avons tendu un cellulaire à un Semih Ozkan surpris. Au téléphone, c'était Edouard.




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