(Montréal) L’industrie touristique canadienne accueille avec des sentiments partagés l’ouverture totale, lundi, de la frontière terrestre américaine.

Christopher Reynolds La Presse Canadienne

La fin de cette fermeture, après 20 mois, de la plus longue frontière non défendue du monde souligne que les restrictions sanitaires s’assouplissent et que davantage de voyages d’agrément à l’étranger pourraient se profiler à l’horizon pour les Canadiens. Et si les Canadiens commencent à affluer vers le sud pour des vacances et des virées de magasinage, ils ne dépenseront pas cet argent au pays.

Chris Bloore, directeur général de l’Association de l’industrie touristique de l’Ontario, affirme que les « voyages intérieurs » vers des destinations populaires dans sa province, comme les vignobles du Niagara ou les hôtels-boutiques du comté de Prince Edward, seront sans aucun doute moins courus maintenant par les Canadiens, après avoir été très prisés l’été dernier.

« C’est absolument inévitable, dit-il. Mais alors que nous commençons à accueillir à nouveau des visiteurs de l’étranger, alors que nous essayons de faire pression pour [éliminer l’obligation] des tests PCR de dépistage, pour des changements de protocoles sanitaires, nous regardons plus loin. »

Les agences de voyages et de tourisme font en effet pression sur le gouvernement fédéral, qui avait déjà ouvert sa frontière aux Américains en août, afin d’éliminer l’actuelle exigence de test de dépistage de la COVID-19 pour tous ceux qui entrent au Canada. Actuellement, tout Canadien qui rentre au pays par voie terrestre et qui veut éviter la quarantaine doit fournir un résultat négatif à un test moléculaire récent. Les non-résidents déclarés positifs sont refoulés à la frontière. Ces tests, qui peuvent coûter entre 150 $ et 300 $ chacun, demeurent une exigence coûteuse, en particulier pour les familles.

La Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la Santé publique du Canada, a déclaré vendredi que cette exigence devrait être revue pour les voyageurs vaccinés, en particulier pour de courtes escapades.

« À moins que le Canada ne modifie cette réglementation […] je ne pense pas que bien des gens vont se rendre aux États-Unis », que ce soit pour une virée d’un jour ou pour des vacances plus longues, a estimé Walt Judas, directeur de l’Association touristique de la Colombie-Britannique.

Par contre, l’île de Vancouver et la vallée de l’Okanagan, dans sa province, connaîtront probablement une baisse importante du nombre de visiteurs canadiens qui venaient passer l’hiver dans leur véhicule récréatif en Colombie-Britannique depuis le début de la pandémie. « Ces gens feront donc probablement comme ils l’ont fait les années précédentes et iront aux États-Unis », croit M. Judas.

Par ailleurs, ce ne sont pas que les terrains de camping qui ressentiront l’impact de la diminution du nombre de visiteurs canadiens. « Ils utilisent tous d’autres lieux et installations, ils vont à l’épicerie, ils mangent dans des restaurants, certains pourraient même choisir de rester dans un hôtel pour une escapade plus localisée », a-t-il affirmé.

Mais Beth Potter, PDG de l’Association de l’industrie touristique du Canada, croit de son côté que l’ouverture de la frontière, dans les deux sens, aux voyages non essentiels constitue une étape de plus sur la voie de la « normalité prépandémique ».

« De plus en plus de Canadiens ont découvert que le Canada a beaucoup à offrir, a-t-elle aussi rappelé. Nous espérons voir cette tendance se poursuivre l’été prochain. Et en même temps, on pourrait s’attendre aussi à un retour des visiteurs américains. »

Des élus ont aussi pensé à des mesures incitatives. Le gouvernement du premier ministre Doug Ford a présenté jeudi un plan qui accorderait aux Ontariens un crédit d’impôt sur le revenu personnel de 20 % pour toutes les sommes dépensées l’an prochain dans cette province en loisirs et hébergement. La somme admissible peut atteindre un maximum de 1000 $ pour un individu et 2000 $ pour une famille, ce qui donnerait un crédit maximal de 200 $ ou 400 $ respectivement.