Pendant tout l’hiver, des mangeoires ont fait le bonheur des oiseaux (et des ornithologues) au parc du Mont-Royal et au parc Jean-Drapeau. Il est encore temps de leur faire une petite visite avant leur disparition, à la mi-avril.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« On pose les mangeoires au mois de novembre et on les enlève au mois d’avril afin de ne pas perturber les oiseaux qui vont être là pendant l’été ou pendant la période migratoire », explique Antonin St-Jean, chef de service à la conservation aux Amis de la montagne.

Ainsi, on installe les mangeoires après la grande période de migration de septembre et octobre pour ne pas inciter les oiseaux à demeurer sur la montagne alors qu’ils devraient cheminer vers le sud. De même, au printemps, on veut que les oiseaux du Nord, de la forêt boréale, qui ont passé l’hiver chez nous, retournent chez eux.

« On ne veut pas les maintenir ici avec les mangeoires. »

Au parc du Mont-Royal, les Amis de la montagne ont installé sept mangeoires le long du chemin Olmsted, entre la maison Smith et le Chalet de la montagne, et le long de la boucle du sommet.

Elles sont faciles à repérer : les écureuils se rassemblent en dessous pour dévorer les graines de tournesol ou de chardon que les oiseaux ont fait tomber. De gracieuses mésanges à tête noire ou de petits chardonnerets jaunes volettent autour et s’approchent des mangeoires pour passer le bec par un petit trou et attraper quelques bonnes graines.

Ça leur apporte un petit plus au niveau de l’alimentation, mais le vrai intérêt, c’est plutôt pour nous, c’est pour avoir la possibilité de les regarder.

Antonin St-Jean, chef de service à la conservation aux Amis de la montagne

Règle générale, il ne faut pas nourrir les animaux sauvages. Les mangeoires représentent toutefois une exception. « Contrairement au fait de nourrir un oiseau dans sa main, la mangeoire ne produit pas d’imprégnation : l’oiseau n’associe pas nécessairement la mangeoire à l’humain, affirme M. St-Jean. C’est comme si c’était un arbre chargé de noix et de semences illimitées, comme si c’était un tournesol qui était là à l’année, à produire. »

Il note qu’à certains endroits sur la montagne, il suffit d’ouvrir la main, même sans la moindre nourriture, pour voir les mésanges arriver. « Il y a une habituation qui est créée, qui est très forte, alors qu’on n’a pas ce côté-là avec les mangeoires. »

Les prédateurs à proximité

Les mangeoires du mont Royal font partie du grand projet de science citoyenne FeederWatch. Partout en Amérique du Nord, plus de 20 000 bénévoles font l’inventaire des espèces qui fréquentent les mangeoires de novembre à avril. En hiver, près d’une trentaine d’espèces fréquentent le parc du Mont-Royal et plusieurs d’entre elles se tiennent à proximité des mangeoires. Elles ne sont cependant pas toutes là pour les graines elles-mêmes.

« On peut voir des grands pics autour des mangeoires, indique M. St-Jean. Parce qu’il y a une certaine affluence, le grand pic sait que les mésanges vont l’avertir s’il y a des prédateurs. »

PHOTO DAVID BOILY, LAPRESSE

Cette chouette rayée, bien installée à proximité d’un sentier de ski de fond, est devenue la mascotte des skieurs cet hiver. Elle chasse la nuit et dort le jour : il ne faut donc pas la déranger pendant son sommeil bien mérité.

Et puis, il y a d’autres espèces d’oiseaux, comme des hiboux, des chouettes, des oiseaux de proie. La fameuse chouette rayée que plusieurs skieurs de fond ont observée cet hiver près du sentier numéro 2 passerait pas mal de temps près d’une mangeoire.

Et au parc Jean-Drapeau

« Les prédateurs ne sont pas fous, ils savent que les petits oiseaux fréquentent les mangeoires », souligne Jean-Sébastien Guénette, directeur général du Regroupement Québec Oiseaux.

Le Regroupement Québec Oiseaux s’est associé au parc Jean-Drapeau pour l’installation de trois mangeoires près du complexe aquatique, du pavillon de la Tunisie et du stationnement P5.

« À mon avis, le parc Jean-Drapeau est un peu sous-estimé par la population de Montréal, soutient M. Guénette. C’est pourtant un très bel endroit doté de plusieurs habitats différents : le fleuve, la forêt du mont Boullé, le secteur des Floralies. Il y a plusieurs bosquets de conifères qui attirent les oiseaux de proie. »

M. Guénette reconnaît que les mangeoires peuvent avoir certains impacts négatifs (plus de maladies qui se transmettent, plus grande prédation), mais elles ont plusieurs avantages. « Ça facilite l’observation. Mais aussi, c’est une très bonne façon de sensibiliser les gens. La plupart des ornithologues au Québec ont commencé en mettant des mangeoires dans leur cour, c’est ça qui leur a donné la passion d’observer les oiseaux. »

Les mangeoires, c’est la meilleure façon de semer une graine pour amener les gens à s’intéresser aux oiseaux. Éventuellement, on espère que ça va en faire des ambassadeurs pour aider à leur conservation.

Jean-Sébastien Guénette, directeur général du Regroupement Québec Oiseaux

Le meilleur moment pour observer des oiseaux, c’est le matin et la fin de l’après-midi. Au début du printemps, c’est une bonne idée d’apporter des crampons de marche, les sentiers peuvent être glacés. La balade est plus intéressante avec des jumelles et un guide d’observation des oiseaux. La maison d’édition Modus Vivendi vient justement de faire paraître un guide de poche intitulé Oiseaux du Québec et du Canada qui présente tous les renseignements nécessaires dans un format pratique.

Broquet vient également de faire paraître une édition révisée, avec une nouvelle nomenclature, du fameux guide de Roger Tory Peterson, Les oiseaux du Québec et de l’est de l’Amérique du Nord.

Le printemps s’en vient, de nouveaux oiseaux feront leur apparition. De nouveaux ornithologues également. « Depuis 2020, tout le monde aime les oiseaux », lance Antonin St-Jean.

> Consultez le site web des Amis de la montagne

> Consultez le site web du parc Jean-Drapeau