Avec le temps froid et quelques généreuses chutes de neige, les motoneigistes peuvent plus que jamais profiter de leur loisir préféré, les 33 000 km de sentiers balisés du Québec offrant de belles conditions à peu près partout. Toutefois, pour conserver leur accès privilégié à des endroits bucoliques autrement inaccessibles, les motoneigistes doivent se plier à des règles de conduite trop souvent oubliées par une poignée de récalcitrants.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Il suffit en effet de bien peu de délinquants pour venir bouleverser la relation entre les motoneigistes et les propriétaires qui leur accordent des droits de passage chaque année. Le civisme est donc la règle d’or à respecter pour une pratique durable de la motoneige. « Il faut rester dans les sentiers », martèle Pascal Vincent, directeur de stratégie de produits chez Bombardier Produits récréatifs (BRP), qui prêche bien sûr pour la pérennité de l’invention de Joseph-Armand Bombardier. « Les droits de passage sont obtenus grâce à des ententes avec des proprios et des agriculteurs, poursuit-il. C’est donc une majorité qui paye pour une minorité récalcitrante. Il faut comprendre que lorsqu’un sentier n’est pas accessible, il faut le réorienter et demander l’autorisation à des dizaines d’autres propriétaires, ça complexifie énormément les choses pour les clubs et les bénévoles. »

M. Vincent, lui-même motoneigiste passionné, soutient toutefois que la minorité délinquante se rétrécit tous les ans au profit d’une majorité de moins en moins silencieuse. « Les choses évoluent, insiste-t-il. Les gens posent des questions quand les sentiers changent de place et, avec les médias sociaux, l’information se transmet très rapidement. J’ose donc croire que l’on s’est grandement améliorés. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

La motoneige permet la découverte d’endroits uniques comme le sommet de la montagne Noire, à Saint-Donat.

Pascal Vincent est néanmoins conscient que les motoneiges conçues par BRP et ses concurrents sont de plus en plus performantes, notamment avec la popularité croissante de machines hors-piste, une tendance née dans les Rocheuses, mais qui déferle de plus en plus sur le marché québécois. « La motoneige hors-piste doit se pratiquer dans des régions où on peut le faire, soutient M. Vincent. En neige profonde, elle requiert plus de puissance, il a donc fallu adapter nos motorisations pour ce type d’utilisation. Évidemment, la motoneige est souvent comme la moto ou certaines catégories automobiles ; c’est du lifestyle, c’est très show off. On répond à une demande. »

« C’est en effet un sport émotif, mais il faut avoir toute sa tête dans son casque quand on part en randonnée », affirme l’ancien pilote Bertrand Godin, porte-parole en matière de sécurité pour la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec. « Avec des machines de plus en plus puissantes, il faut avoir la sagesse de respecter ses limites. Même en sport automobile, on ne peut pas faire n’importe quoi, c’est encore plus vrai sur la neige avec des machines performantes. Il faut avoir l’intelligence d’aller essayer ça dans des endroits conçus pour ça. » Il existe en effet quelques pistes d’accélération de motoneige accessibles au public, de même que de plus en plus de zones consacrées à la pratique hors-piste.

Appel aux nouveaux utilisateurs

Heureusement, la grande majorité des adeptes restent dans les sentiers balisés, ce qui ne les soustrait pas aux règles de sécurité de base, bien au contraire. « On garde la droite, surtout en courbe, comme en automobile, explique Pascal Vincent. C’est un conseil simple, mais tellement important. Les gens n’ont pas le réflexe de garder la droite en sentier parce qu’il n’y a pas de ligne visible. C’est peut-être moins intuitif qu’en voiture.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Garder la droite en tout temps et respecter les limites de vitesse sont parmi les conseils de sécurité à observer en motoneige.

« Il faut aussi respecter la limite de vitesse, fixée à 70 km/h partout, enchaîne le cadre de BRP. Rouler à 70 km/h dans un sentier sinueux, c’est quand même assez rapide, on n’a pas besoin d’aller plus vite. »

Éviter les cours d’eau, sauf lorsqu’ils sont balisés et entretenus, et garder une distance raisonnable entre motoneigistes sont d’autres conseils de sécurité à respecter en tout temps. C’est d’autant plus vrai pour les nombreux nouveaux adeptes qui sillonnent les sentiers cette année. D’ailleurs, Pascal Vincent suggère fortement à ces derniers de suivre une formation de base — beaucoup de concessionnaires en offrent.

« Quelqu’un qui n’a jamais fait de motoneige doit connaître un minimum d’information sur comment on freine ou on accélère, comment on se place sur le véhicule, explique-t-il. Il faut reconnaître son niveau d’expérience et ses limites. Quand on part en randonnée, l’idéal est de choisir un meneur, une personne qui va dicter la vitesse de croisière en s’ajustant en fonction de la personne qui a le moins d’expérience. Si on veut que la personne ait du plaisir, il faut s’ajuster. Le gros bon sens s’applique ici aussi. »

Forfaits de découverte

PHOTO FOURNIE PAR BRP

L’un des forfaits offerts par BRP dans le cadre de son programme « Uncharted Society » se déroule dans les montagnes Monashee, entre Sicamous et Revelstoke, en Colombie-Britannique.

BRP propose depuis peu des forfaits de découverte guidés ou autoguidés dans quelques endroits d’Amérique du Nord particulièrement adaptés au tourisme motorisé. Cependant, aucun de ces forfaits bien encadrés n’est pour le moment offert au Québec. « Nous sommes toutefois en mode exploratoire grâce à une collaboration mise en place avec le Manoir Richelieu, nous apprend Elaine Arsenault, conseillère principale aux relations avec les médias chez BRP. Le forfait que nous avons en tête permettrait de découvrir des endroits insoupçonnés de la région de Charlevoix. » À suivre !

> Consultez le site du Manoir Richelieu

Note : Contrairement à l’information contenue dans la version originale de l’article publié le 6 février dans La Presse+, il est possible d’atteindre le sommet de la montagne Noire autrement qu’en motoneige.