Avec la deuxième vague de COVID-19 qui balaie le Québec, de nombreux restaurateurs coincés en zone rouge ont réagi promptement en offrant d’intéressants menus prêts à manger ou prêts à cuisiner. On peut ainsi tenter de répliquer à la maison l’expérience vécue au restaurant, mais n’empêche qu’il est difficile de comparer cela au service reçu en salle. Et si la gastronomie s’invitait plutôt dans notre chambre d’hôtel ?

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

C’est précisément l’idée que l’on a eue au Coureur des Bois, à Belœil. Profitant du fait que le restaurant est installé dans l’Hôtel Rive Gauche, on a libéré la salle à manger pour y aménager une épicerie fine éphémère, les tables et les chaises prenant le chemin des chambres de l’hôtel. « On offre ainsi le nouveau forfait du Coureur, qui propose un menu qui ressemble à ce que l’on offrait en salle, même si on a dû retirer certains éléments pour des raisons pratiques, explique Jessie Lalonde, directrice, ventes et marketing, de l’Hôtel Rive Gauche — Refuge Gourmand. Les gens appellent au restaurant, un serveur va les voir à leur chambre à l’heure convenue et la prise de commande se fait comme au resto. » Et comme Le Coureur des Bois est réputé pour son exceptionnelle cave à vin — il figure depuis trois ans au sein des 100 restaurants offrant les plus belles cartes de vin au monde, selon le Wine Spectator —, les clients de l’hôtel ont accès à pas moins de 14 000 bouteilles d’exception. « On comprend toutefois que les gens peuvent choisir d’apporter leurs propres bouteilles à la chambre, c’est pourquoi on propose une carte spéciale offrant de beaux rabais, histoire de demeurer compétitifs, reconnaît Mme Lalonde. Et il y a toujours un sommelier qui est sur place pour conseiller les gens dans leurs chambres ! »

Lors du week-end de l’Action de grâce, une vingtaine de couples et même certaines familles ont profité du forfait du Coureur — certains ayant déjà réservé à l’hôtel avant le passage en zone rouge de l’ensemble de la Communauté métropolitaine de Montréal.

Les gens aiment ça, c’est différent, c’est quasiment un service VIP. Ça fait vraiment du bien, les gens se disent qu’ils peuvent vivre une expérience intéressante. On espère donc que la clientèle va embarquer.

Jessie Lalonde, de l’Hôtel Rive Gauche — Refuge Gourmand

C’est dans le même état d’esprit que l’Auberge Saint-Antoine, à Québec, a décidé tout récemment d’offrir un forfait semblable à celui de l’Hôtel Rive Gauche, en poussant même le concept un peu plus loin. « C’est triste avec toute cette zone rouge, nous avons donc décidé de faire plaisir aux gens qui ne peuvent plus aller au restaurant, indique la directrice générale, Dagmar Lombard. Nous traitons donc nos 95 chambres comme de petits restos individuels. »

PHOTO FOURNIE PAR L’AUBERGE SAINT-ANTOINE

L’Auberge Saint-Antoine offre deux options pour déguster sur place les plats de son restaurant chez Muffy : la formule Souper en suite ou le forfait Couette, fourchette et café, qui inclut aussi une nuitée.

Le menu mis au point par l’équipe de Chez Muffy évoluera chaque semaine selon les arrivages, tout en s’assurant d’intégrer les produits de la ferme maraîchère de l’Auberge Saint-Antoine, située dans l’île d’Orléans. Les clients peuvent choisir de manger dans leur chambre, mais on peut aussi simplement opter pour le forfait Souper en suite, qui permet de savourer le repas gastronomique dans l’une des suites de la partie historique de l’hôtel sans nécessairement y séjourner. Le forfait à 184 $ inclut deux apéritifs, deux repas trois services ainsi que le stationnement. On ajoute 184 $ de plus pour une nuitée dans une chambre confort, et les petits déjeuners sont inclus. Une aubaine, tout compte fait, surtout quand on considère que l’on est dans un établissement membre de l’association Relais et Châteaux.

Cinéma, spa et autres plaisirs

« Notre hôtel est vide. On s’est donc demandé ce qu’on pouvait faire avec de si beaux espaces, indique Dagmar Lombard. On sait quel genre de service on peut offrir, alors pourquoi ne pas en faire profiter nos clients ? Ce sont vraiment des idées pour faire plaisir. » On peut par ailleurs bonifier l’expérience un peu plus en réservant des soins dans le centre bien-être ; il est même possible de louer l’auditorium de l’hôtel pour en faire un cinéma privé — c’est 20 $ pour un film, maïs soufflé compris !

Au Ritz Carlton de Montréal, on jonglait encore au moment de notre entrevue avec l’idée d’offrir un menu de la Maison Boulud aux convives de l’hôtel. C’est maintenant chose faite, le forfait Staycation offre un crédit de 50 $ pour une expérience dînatoire intime à la chambre, en plus d’une nuitée en suite, d’un petit déjeuner au lit pour deux, d’une bouteille de mousseux et d’un rabais de 30 $ pour des soins au Spa St. James.

« Notre taux d’occupation est évidemment très bas actuellement, alors si quelqu’un veut manger son repas à sa chambre, on va lui offrir le service », a d’abord indiqué Katia Piccolino, directrice des ventes et marketing, avant d’ajouter dans la foulée que les personnes intéressées pouvaient aussi contacter par téléphone le sommelier de la Maison Boulud pour des conseils d’accord mets-vin.

Ici comme ailleurs, on peut aussi accommoder des familles plus nombreuses, tant et aussi longtemps qu’il s’agit d’un seul noyau familial. « Tout est possible, il faut travailler tous ensemble dans cette période difficile, dit Mme Piccolino. On suit les protocoles les plus sévères, tout est très sécuritaire. Mais c’est très beau ici, très chic, c’est bien de trouver le moyen d’en profiter. »