(Bromont et Magog) L’incertitude des derniers mois et l’obligation de mettre en place diverses mesures sanitaires ont forcé plusieurs acteurs de l’industrie touristique à revoir leur offre, plus souvent pour le meilleur que pour le pire. La preuve par quatre, dans les Cantons-de-l’Est.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Bouffée d’air à la montagne à Bromont

La semaine dernière, les employés de Bromont, montagne d’expériences (BME) s’affairaient à mettre en place les derniers aménagements qui permettront aux visiteurs de profiter davantage de la montagne cet été. Ayant dû écourter sa saison de ski en raison de la COVID-19 et n’ayant reçu l’aval de la Santé publique que le 25 juin pour la réouverture de son parc aquatique, BME a décidé de miser sur sa montagne. « À voir les réactions des gens devant la fermeture de la station de ski, on a compris que tout ce qui est plein air serait populaire cet été », souligne Hélène Bélisle, conseillère, marketing et communications, chez Bromont, montagne d’expériences.

« Rapidement, on s’est demandé : qu’est-ce qu’on va pouvoir ouvrir cet été ? raconte le président de BME, Charles Désourdy. On a décidé d’aller vers un parc nature et aventure. Avec la permission d’ouvrir le parc aquatique, on a maintenant les deux. Il n’y a qu’une activité que nous n’avons pas ouverte : le lac à Tarzan. Pour le nettoyage, c’était compliqué. »

Pour compenser la fermeture de cette activité, être moins tributaire de la météo et disperser la clientèle sur le site, l’entreprise a décidé d’inclure dans le billet d’entrée du parc aquatique l’accès à plusieurs activités en montagne, dont le parcours d’hébertisme en hauteur Divertigo, l’accès au sommet de la montagne en télésiège ou en télécabine, l’initiation au vélo de montagne ainsi que le mur d’escalade, le trampo-bungee et un parcours de disque-golf, trois nouveautés. Précisons qu’afin de faciliter la distanciation, la capacité quotidienne du parc aquatique est passée de 6000 à 2500 personnes.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Deux nouveaux sentiers pédestres sont accessibles.

Pour ceux qui ne souhaitent que se promener en montagne, divers forfaits sont aussi offerts. Deux nouveaux sentiers pédestres ont été aménagés, dont l’un de niveau facile qui ceinture le sommet de la montagne et offre de splendides points de vue sur la région et les chaînes de montagnes environnantes. Une aire de pique-nique a aussi été créée tout en haut, et des boîtes à lunch concoctées par le chef Jérôme Bossu sont proposées au Chalet du sommet, inauguré l’hiver dernier. Des spectacles d’oiseaux de proie viendront compléter l’offre estivale à compter de la mi-juillet.

La volonté d’élargir l’expérience en montagne était présente avec la pandémie, précise Charles Désourdy. « Avec la COVID, on a accéléré l’investissement [environ 400 000 $] et la mise en place de ces activités qui étaient prévus pour le mois de septembre », expose-t-il.

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Moment Factory au ciné-parc d’Orford

PHOTO ANDRÉ VUILLEMIN, LA TRIBUNE

VROOM ! est une projection de courts métrages de l’ONF à laquelle des effets lumineux, un parcours en forêt et des personnages ont été ajoutés.

Les ciné-parcs n’avaient certainement pas besoin de se réinventer pour attirer les foules cet été. « Dans la culture populaire, les gens pensent que les ciné-parcs étaient sur une voie descendante, parce qu’il y en a qui ferment un peu partout, mais c’est parce qu’ils vendent le terrain à fort prix, affirme le nouveau copropriétaire du Ciné-Parc Orford, François Pradella. Ici, ça fait cinq ans que c’est en progression constante, de 10 à 15 % chaque année. »

PHOTO JESSICA GARNEAU, LA TRIBUNE

François Pradella, copropriétaire du Ciné-Parc Orford

Leurs installations étant taillées sur mesure pour une expérience favorisant la distanciation physique, plusieurs propriétaires de ciné-parcs de la province ont été pressentis par le milieu des arts pour y tenir des spectacles d’humour, de musique et, à Orford, un spectacle unissant jeux de lumières et cinéma, concocté par Moment Factory pendant le Grand Confinement. Présentée jusqu’à dimanche, VROOM ! est une projection de courts métrages tirés de la collection de l’Office national du film (ONF) à laquelle des effets lumineux, un parcours en forêt et des personnages ont été ajoutés.

> (Re)lisez notre article sur VROOM !

Une centaine de personnes ont participé à la création du spectacle et à la préparation du site, en pleine canicule. Une entrée, une sortie et un stationnement indépendants ont été aménagés et des travaux d’électricité ont dû être réalisés pour être en mesure d’installer les tubes lumineux qu’on retrouve près de l’écran et dans les cinq premières rangées.

« C’est un peu le ciné-parc du futur », lance François Pradella, conscient que les mots sont peut-être un peu forts. « Je pense qu’on peut dire qu’on l’a réinventé ! », réplique Daniel Jean, producteur chez Moment Factory.

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La Grange du Parfumeur reçoit côté jardin à Magog

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Alexandra Bachand et Eric Delbaere, de La Grange du Parfumeur

À La Grange du Parfumeur, une maison de parfum indépendante et artisanale de Magog, la découverte de l’univers olfactif d’Alexandra Bachand se faisait auparavant à l’intérieur de la coquette grange centenaire où la parfumeuse a aménagé sa boutique, son bureau et son atelier. De la mi-mars au début de juillet, le lieu était fermé aux visiteurs. Pour la parfumeuse et son conjoint, Eric Delbaere, directeur et cofondateur de l’entreprise, il était impensable de recevoir les clients — généralement nombreux — à l’intérieur, dans cet espace restreint, pour leur permettre de découvrir l’installation olfactive présentant les parfums de la collection.

« Ici, les gens s’abandonnent, remarque Alexandra Bachand. Il y a comme un phénomène où le temps s’arrête et une introspection qui se fait. Les gens prennent le temps de sentir. Ça demande un état d’esprit et la COVID, avec les masques et tout ça, vient brimer cette capacité à s’arrêter et à plonger à l’intérieur de soi. »

Afin de recréer cette expérience tout en limitant les risques pour la parfumeuse de contracter la COVID-19, une maladie qui peut entraîner la perte ou l’altération de l’odorat, le couple a inauguré la semaine dernière le Jardin des senteurs. Il caressait le projet depuis l’ouverture de La Grange du Parfumeur en 2017, mais a dû redoubler d’ardeur ces dernières semaines pour le rendre accessible au public.

Aménagé à côté de la grange, le petit jardin regroupe des fleurs et espèces végétales qui font partie de la palette principale de l’orgue de composition en parfumerie et permet d’en comprendre les notes olfactives. De grands panneaux fixés au mur du bâtiment présentent les parfums de la collection, unisexe. Ceux qui souhaitent les découvrir peuvent prendre place à l’une des tables bistro et se laisser transporter par les créations olfactives qui leur sont présentées par Eric Delbaere. De l’intérieur de la grange, Alexandra Bachand est à une fenêtre qui donne sur le jardin et répond à ceux et celles qui souhaitent acheter un parfum. Un concept qui s’arrime parfaitement au côté bucolique de l’endroit où, tout naturellement, on a envie de prendre son temps.

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Pique-nique au centre-ville dans toute la région

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Des aires de pique-nique ont été aménagées en bordure des rues du centre de Bromont.

Sherbrooke, Sutton, Dunham, Cowansville et plusieurs autres municipalités des Cantons-de-l’Est ont repensé leurs artères principales pour donner le goût d’y flâner et d’encourager les commerçants locaux. Terrasses agrandies, ajout de mobilier urbain et de toilettes publiques, plus grande place aux piétons et aux cyclistes et permission de consommer de l’alcool sur la voie publique avec un repas font partie des mesures adoptées par certaines municipalités.

À Bromont, une partie de la rue Shefford est devenue un sens unique pour faire une plus grande place aux vélos. Des aires de pique-nique ont été aménagées en bordure de rues et à divers autres endroits dans le village. Plusieurs restaurants accueillent les convives à l’intérieur ou sur leur terrasse, et certains offrent également des plats pour emporter. C’est le cas d’Outarde jaune, le nouveau concept de « cantine sauvage » des propriétaires du Chardo.

Ne voyant pas comment, avec les mesures de distanciation, ils pourraient rouvrir leur restaurant gastronomique dans sa forme habituelle tout en étant rentables, Amélie Dubé-Ringuet et Anthony Mesko l’ont transformé en casse-croûte, ouvert du mercredi au dimanche, pour le dîner et le souper. Escargots popcorn, salade aux légumes de saison, fish and chips et guedilles de crevettes nordiques, de grenouille ou même de lièvre se trouvent sur le nouveau menu, élaboré à partir de produits de la région. Vins nature, cidres et bières locales y occupent toujours une grande place. « Ce concept est une vieille idée d’il y a 10 ans que j’ai eue quand je travaillais en restauration à Montréal, alors que la mode des food trucks commençait », dit Anthony Mesko. Une idée qui n’avait jamais vu le jour avant aujourd’hui et qui fera son chemin jusqu’en octobre prochain, au moins.

> Consultez le site web du Chardo