Alors que le Québec entre dans sa deuxième canicule de l’été, plusieurs plages privées et publiques s’apprêtent à rouvrir. Mais, fini les plages bondées avec trois serviettes au pied carré. Distanciation physique oblige, l’accès sera souvent limité à un nombre restreint de visiteurs.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Avec les températures chaudes des derniers jours, l’impatience des baigneurs se faisait se sentir. Mercredi, jour de l’annonce de la réouverture des plages à compter du 22 juin, ils étaient nombreux à se faire dorer sur celle du Cap–Saint-Jacques, à Montréal, bien qu’elle soit encore officiellement fermée. En raison de la vague de chaleur, la Direction de santé publique de l’Estrie a devancé la réouverture des plages sur son territoire, la rendant possible depuis jeudi.

Une mesure que le président-directeur général de Camping Québec, Simon Tessier, aurait aimé voir appliquée à travers la province afin de permettre aux propriétaires de plage d’offrir un lieu de baignade surveillé et sécuritaire dès maintenant. Depuis mercredi, les directions régionales de santé publique peuvent donner leur aval à l’ouverture des plages de leur territoire, avant la date prévue du 22 juin. Du côté de la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale, par exemple, les autorisations sont données au cas par cas, l’exploitant de la plage devant démontrer qu’il pourra faire respecter les mesures d’hygiène et de distanciation physique.

Au cours des derniers jours, plusieurs exploitants de plage travaillaient à attacher les ficelles qui leur permettront de rouvrir leur site au public. À Sherbrooke, la Ville a annoncé que les plages municipales accueilleront les baigneurs dès samedi, en nombre restreint. À la Société des établissements et des parcs du Québec (SEPAQ), la plupart des plages, dont la très populaire plage d’Oka, devraient être accessibles à compter du 22 juin. Les plages du parc national du Mont-Orford, en Estrie, ouvriront dès samedi. « Il y a peut-être des endroits dans le réseau où ce sera quelques jours plus tard [après le 22 juin], selon la capacité opérationnelle des équipes, mais on s’attend à être capable de rouvrir l’ensemble des plages du réseau au cours de la semaine prochaine », affirme le porte-parole de la SEPAQ, Simon Boivin. Les centres de location d’embarcations seront ouverts et celles-ci seront nettoyées entre chaque usager.

Afin de permettre qu’une distanciation physique de deux mètres soit respectée, la SEPAQ a décidé de réduire de 50 % la capacité d’accueil de ses plages. Le nombre de visiteurs sera contrôlé par les droits d’accès aux parcs qui doivent être achetés préalablement en ligne depuis la réouverture des parcs. Bien que le droit d’accès ne précise pas quelle activité le visiteur prévoit faire dans le parc, il permet néanmoins, dit Simon Boivin, d’évaluer la fréquentation globale du parc qui, elle aussi, doit être contrôlée.

Pour limiter le nombre de visiteurs, des campings ont également décidé que leur plage ne serait accessible qu’à ceux qui campent sur les lieux. C’est le cas notamment du Camping Plage McKenzie, dans les Cantons-de-l’Est, ainsi que du Camping Belley, à Saint-Henri-de-Taillon, et du Camping municipal de Saint-Gédéon où se trouvent deux des plages les plus courues du Lac-Saint-Jean. « Dans certaines collectivités, les campings attirent beaucoup de visiteurs », souligne le président-directeur général de Camping Québec, Simon Tessier. Il rappelle qu’il revient aux exploitants de décider quelles mesures mettre en place afin de s’assurer que la distanciation physique soit respectée. Sur les 400 campings membres qui comptent une plage, il n’était pas en mesure de dire combien ont décidé de ne pas ouvrir leur plage au grand public. Aucun toutefois n’avait annoncé son intention de laisser sa plage fermée.

À Montréal, la Ville a confirmé l’ouverture de la plage du Cap–Saint-Jacques, le 22 juin. Le nombre de baigneurs sera toutefois limité à 1000 personnes par jour. La plage du centre de plein air du Cap–Saint-Jacques sera quant à elle fermée pour l’été. Les dates d’ouverture des plages du parc-nature du Bois-de-l’Île-Bizard et de la plage de Verdun doivent être annoncées prochainement.

Quant à la plage Jean-Doré, il est possible que les Montréalais ne puissent la fréquenter cet été. Puisque l’annulation d’événements a privé la Société Jean-Drapeau d’une partie importante de ses revenus autonomes, celle-ci a demandé une aide financière à la Ville de Montréal pour pouvoir rouvrir ses installations aquatiques, du moins en partie, a fait savoir Gabrielle Meloche, chef des communications de la Société Jean-Drapeau. Au moment d’écrire ces lignes, une décision de la Ville se faisait toujours attendre.

Risques de transmission faible

Le risque de transmission du coronavirus par l’eau est considéré comme faible, selon un document produit à la mi-mai par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Même pour l’eau des plages qui, contrairement aux piscines, n’est pas traitée. « S’il y avait contamination de l’eau par le biais d’un baigneur infecté ou par les eaux usées, la concentration de virus dans l’eau pourrait se trouver fort diluée », note l’INSPQ.

La santé publique recommande tout de même aux baigneurs de ne jamais avaler l’eau, de se laver fréquemment les mains et de ne pas fréquenter les lieux de baignade s’ils sont atteints de symptômes de la COVID-19. Porter un masque dans l’eau est une pratique à éviter puisqu’il pourrait gêner la respiration lorsque mouillé.

L’INSPQ souligne que, comme pour les autres lieux publics, le principal risque de transmission de la COVID-19 dans les lieux de baignade demeure la proximité étroite avec une personne infectée, que ce soit dans l’eau ou hors de l’eau.

7 m2 par baigneur

Dans l’eau, la distanciation peut être plus difficile à respecter, observe le directeur général de la Société de sauvetage, Raynald Hawkins. « Le deux mètres, ça va bien quand je suis dans une ligne où j’attends, lorsque je suis sur le sable, mais dans l’eau, c’est pas vrai que les gens sont statiques et ne bougent pas et attendent que la personne qui est en avant soit sortie de l’eau », expose-t-il.

Pour guider les exploitants de plage et de piscines, la Société de sauvetage a donc établi, après calculs et recherches, qu’il convenait de prévoir 7 m2 par personne afin de faciliter une distanciation de deux mètres, un calcul qui peut se faire en fonction de la superficie d’eau ou de sable, selon les particularités de l’endroit. « Ça fait en sorte qu’il y aura moins de monde accepté sur les plages », reconnaît M.  Hawkins.

La Société de sauvetage a également offert un webinaire à ses membres sur les pratiques à adopter afin de minimiser les contacts directs avec les usagers. Les manœuvres de ventilation artificielle, essentielles en cas de noyade, seront maintenues. Le sauveteur devra cependant utiliser un masque de poche auquel un filtre antiviral aura été ajouté. Il incombe à l’employeur de fournir ces filtres, de même que les masques, visières et blouses qui pourraient être nécessaires si des premiers soins doivent être prodigués à moins de deux mètres.