Les Québécois pourront à nouveau se rendre aux Îles-de-la-Madeleine en voiture. La Direction de santé publique de l’Île-du-Prince-Édouard a annoncé, mardi, que les touristes pourront circuler dans la province maritime à condition qu’ils présentent une preuve de réservation pour le traversier. L’annonce officielle du premier ministre est d’ailleurs attendue sous peu.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, voit cette annonce comme encourageante, mais il demeure prudent tant que les premiers ministres du Québec et de l’Île-du-Prince-Édouard n’auront pas confirmé les nouvelles mesures pour se rendre jusqu’à l’archipel.

« Si vous avez une réservation cet été aux Îles, ça vous donne beaucoup plus d’espoir que vous en aviez la semaine dernière », dit M. Lapierre.

Le Nouveau-Brunswick a autorisé les Québécois à traverser la province dans un corridor routier, la semaine dernière. Il ne manquait que le feu vert de l’Île-du-Prince-Édouard pour que les vacanciers puissent visiter les Îles-de-la-Madeleine.

La médecin hygiéniste en chef de l’Île-du-Prince-Édouard a donné des nouvelles encourageantes, mardi midi. « Ils [les Québécois] sont invités à se diriger directement du pont au traversier. La seule chose qu’on a besoin, c’est qu’ils montrent la réservation [prouvant] qu’ils vont vraiment aller sur le traversier », a indiqué la Dre Heather Morrison.

Pour le maire des Îles-de-la-Madeleine, il reste toutefois plusieurs détails à clarifier à la suite de cette annonce. « On ne peut pas nécessairement traverser à la fois le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard sans arrêter. Il faut que le gouvernement du Québec s’assure que nos visiteurs, nos familles, nos amis, notre parenté puissent arrêter quelque part sur la route ne serait-ce que pour mettre de l’essence ou acheter un sandwich et, dans le pire des cas, pour dormir. »

« Si on n’a pas de saison touristique cet été, une grande partie de notre économie va s’effondrer, ajoute M. Lapierre. Ce sont des entreprises, des travailleurs, des familles. L’industrie touristique ici n’est pas un complément à l’économie locale. C’est un mode de vie. C’est un pilier économique, c’est la base des Îles-de-la-Madeleine. »

Depuis le début de la pandémie, seuls les résidants des Îles-de-la-Madeleine, ceux qui y possèdent une résidence secondaire et certains travailleurs sont autorisés à se déplacer dans les provinces maritimes pour se rendre à la municipalité de Souris, où se trouve l’embarcadère pour le traversier. Le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard ont imposé ces restrictions afin de protéger leur population qui compte respectivement 147 et 27 cas de COVID-19 depuis le début de la pandémie.

Impact énorme

Les Madelinots sont impatients de savoir s’ils pourront compter sur le retour des touristes cet été. « S’il n’y a pas de saison touristique, l’impact va être énorme. Ça et la pêche, c’est ce qui nous fait vivre aux Îles », raconte Nancy Boisselle, directrice d’Excursions en mer, une entreprise qui propose des sorties de pêche et de l’observation de phoques.

La propriétaire de la boutique d’artisans les Farauderies, Myriam Laplante, suit aussi de près les annonces concernant les déplacements entre les provinces. « On est passé à travers une première vague en fermant la boutique et j’ai l’impression que ce qui s’en vient, c’est une deuxième vague difficile pour les commerçants… Si on n’a pas une bonne saison touristique, les Madelinots ne pourront pas en profiter. Ce sera difficile », dit-elle.

La COVID-19 n’inquiète pas outre mesure Mme Laplante. Dans son commerce, seuls deux clients pourront entrer en même temps.

À Souris, à l’Île-du-Prince-Edouard, certains résidants expriment toutefois des réticences à l’idée d’accueillir des voyageurs du Québec, la province canadienne la plus touchée par la COVID-19. C’est le cas de Leo Mallard, qui tient le petit restaurant Shirley’s Place, tout près du traversier qui mène vers les Îles. « Les autorités sont sévères parce qu’elles ont peur que le virus revienne une seconde fois. Pourquoi prendre un risque après tout ce qui a été fait ? », se demande-t-il.