Au quotidien, l'univers de Roxanne Brouillette est rempli de poupées, de rose et de mode. C'est que la jeune mère de famille s'occupe de ses quatre filles à la maison. Plus jeune, Roxanne a pêché avec son père, et plus récemment avec son conjoint. Elle n'a cependant jamais touché à un arc ou à une carabine de sa vie.

Publié le 20 mai 2012
Émilie Bilodeau LA PRESSE

Comme les «hommes» de la famille partent parfois en séjour de chasse, la jeune femme avait envie, elle aussi, de s'initier à ces sports de plein air. Avant d'entreprendre des cours de maniement d'armes, elle a donc décidé de participer à un week-end organisé par la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs qui s'adresse uniquement aux femmes. «Je me suis dit que je pourrais voir si j'aimais vraiment ça tirer à la carabine avant de commencer des cours. Et j'aimais l'idée que ça soit entre filles pour qu'on puisse avoir du fun entre les ateliers.»

Au menu de ce séjour? Pêche à la mouche et au lancer léger, manipulation d'un moteur hors-bord, tir à la carabine et tir à l'arc. Dès le premier soir, les participantes se retrouvent couteau à la main et truites mouchetées devant elles pour apprendre à fileter des poissons.

Une cuisinière de la pourvoirie La Seigneurie du Triton montre aux filles comment préparer un poisson. Quelques minutes après le début de l'atelier, quelques-unes s'exclament déjà: «Yé! J'ai fileté mon premier poisson!» Toutes les filles ont visiblement oublié les petits tracas du quotidien. Ici, aucune ne se sent inférieure parce qu'elle n'a jamais apprêté un poisson.

«Elles ont toutes des raisons différentes d'être ici. Il y en a qui veulent approfondir leurs connaissances, d'autres veulent triper entre femmes», explique Marjorie Alain, coordonnatrice du séjour baptisé «Fauniquement femme».

Même si cette fin de semaine se veut une introduction à la pêche et à la chasse, plusieurs participantes ne sont pas complètement néophytes. «Pour les femmes, ça demeure difficile de rentrer dans le monde masculin de la chasse et de la pêche. Ça l'est encore aujourd'hui, parce qu'on dirait que c'est une petite chasse gardée. Le stéréotype de la femme qui n'est pas faite pour la chasse et la pêche existe toujours», soutient Mme Alain.

Lola Gosselin, par exemple, n'est pas l'une de ces filles qui n'ont jamais touché à une canne à pêche de leur vie. Avec son conjoint, elle participait souvent à des voyages de pêche. Mais depuis leur séparation, il y a trois ans, elle n'est jamais retournée à la pêche. Dans l'entourage de Lola, il n'y a ni pêcheurs ni chasseurs. «J'aimerais ça pêcher, mais quand je demande à des amies, elles ne veulent pas parce qu'elles ne veulent pas mettre le ver de terre sur l'hameçon», raconte-t-elle. Partir seule? Ce n'est pas l'envie qui lui manque. «Si j'ai un pépin et que je suis seule dans la forêt ou seule dans un milieu d'hommes, ça me tente soudainement un peu moins», dit la femme de 56 ans.

Vingt filles, quatre ateliers

Les deux journées sont bien remplies. Le groupe d'une vingtaine de filles est divisé en plus petites équipes pour les ateliers. Avant de tirer à l'arc, Hélène présente l'équipement. Le nombre d'accessoires qu'un chasseur peut ajouter à son arc pour le rendre plus performant est impressionnant. Sur l'eau, les filles qui ont l'habitude de manipuler une tondeuse ou une souffleuse à la maison sont les plus à l'aise avec le moteur de la chaloupe. Heureusement, ces dernières sont là pour aider celles qui en arrachent avec des expressions comme «désencrasser le moteur».

L'atelier qui provoque le plus d'engouement est sans aucun doute celui du tir à la carabine. Gisèle réussit à faire tirer toutes les femmes, même celles qui étaient convaincues qu'elles ne toucheraient jamais à une arme à feu de leur vie. Une fois les premières cibles visées, les participantes en redemandent!

La fin de semaine se termine avec quelques heures de pêche à la truite, une autre activité très attendue. Mais avant le réveil matinal, les filles se rassemblent autour d'un feu de camp.

Et ce n'est pas parce que le week-end est réservé aux femmes que les blagues salaces sont proscrites.