Pas de lourds bagages à transporter, pas de repas à préparer, pas d'itinéraires à planifier. Ça, c'est de la longue randonnée de luxe! Pendant quatre jours, notre collaborateur a vécu l'expérience d'un voyage de trekking tout inclus dans le parc national de la Gaspésie, un produit unique au Québec offert par l'entreprise Gaspésie rando nature. Récit d'un voyage mémorable de 55 km, en compagnie de trois Québécois et de deux Français, sur une portion du Sentier international des Appalaches.

Simon Diotte LA PRESSE

Jour 1

8h30

Après un copieux déjeuner au Gîte du Mont-Albert, les randonneurs se regroupent pour prendre la navette en direction du lac Thibault, qui sera le point de départ de notre voyage, à une soixantaine de kilomètres du gîte. On embarque tous les bagages dans la camionnette, mais on gardera avec nous notre sac à dos de jour, comprenant collation, appareil photo et quelques vêtements pour s'adapter aux conditions climatiques. Nos lourds bagages, avec sac de couchage et vêtements de rechange, on les retrouvera en fin de journée, au refuge de la Mésange. Bon débarras!

10h

C'est l'heure du départ. Pour cette première journée, c'est Margaret Kraenzel, biologiste, qui nous servira de guide-interprète. Elle profitera des pauses pour nous faire la description des caractéristiques exceptionnelles du parc de la Gaspésie.

Quant à la randonnée, elle commence raide. On doit grimper à peu près 500 m de dénivelé pour atteindre le sommet du mont Arthur-Allen, qui pointe à 980 m. De là, on improvise un lunch, assis dans les fougères, puis on marche sur la cime du mont du Blizzard, qui porte bien son nom. Là-haut, il fait un vent à dépanacher les orignaux.

16h

À l'approche du pic de l'Aube, qui se dresse à 920 m, quelques éclaircies nous permettent de profiter d'une vue sans égale sur les parois escarpées du flanc nord des Chic-Chocs, mot micmac qui signifie «mur infranchissable». Le vent souffle si fort qu'on a de la difficulté à tenir nos appareils photo pour la prise de vue. Mais ce n'est pas une météo exceptionnelle par ici. Les arbres rabougris en altitude témoignent des conditions climatiques difficiles qui y sévissent.

17h

Après 12 km de randonnée, on arrive au refuge de la Mésange pour la nuit. Qui dit refuge dit abri contenant le minimum de confort. On n'y trouve que des lits superposés avec matelas, un poêle à bois, une table pour manger et une toilette à l'extérieur. Mais grâce au transport de bagages, on trimballe assez de matériel pour rendre les lieux aussi confortables qu'un hôtel quatre étoiles - ou presque!

Éric Chouinard, propriétaire de Gaspésie rando nature, nous y attend. Pendant que les randonneurs discutent de la randonnée du jour et dégustent un vin d'Alsace, cadeau de notre ami français Armand, Éric nous prépare un couscous aux légumes. Cette première veillée, comme toutes les autres qui suivront, se termine par une lampée de cognac.

Jour 2

10h30

Au programme de la deuxième étape: 14 km de randonnée qui nous mèneront jusqu'au lac Cascapédia. Si la matinée en forêt nous réserve peu de surprises, il en sera tout autrement en après-midi. Sur le mont Ernest-Ménard, le sentier longe des falaises vertigineuses, nous offrant une succession de points de vue. Profitant d'un ciel clair, notre regard embrasse au loin les Appalaches, les éoliennes de Cap-Chat et le fleuve Saint-Laurent. La pause-dîner se fait à flanc de montagne, avec des bagels au saumon fumé.

Repus de beaux paysages, on croyait qu'on avait déjà tout vu. Mais au détour d'un sentier, une demi-heure après le repas, on aperçoit une femelle orignal. Déjà, on est comblés. Soudainement, on remarque qu'elle n'est pas seule. Des branches se fracassent sous le poids d'une grosse bête. Un mâle, avec un panache digne de ce nom, est à ses trousses. Les deux orignaux émettent des bramements, en se foutant éperdument de notre présence. C'est le temps du rut et ces grands cervidés ne se préoccupent que d'une chose: la reproduction.

17h

Arrivée au lac Cascapédia, où l'on dormira, cette fois, dans un chalet équipé, ô bonheur, d'une douche! Avant d'entrer, on prendra l'apéritif sur la plage de ce superbe plan d'eau, niché entre les montagnes. Au souper, spaghetti sauce aux crevettes, avec pâtes de blé entier, le tout arrosé d'un vin produit par la famille de Pierre, notre autre ami français. Ces gens-là ont le tour de se faire des amis.

Jour 3

9h30

C'est notre journée pépère. Seulement 8,4 km à parcourir, en passant par les monts Ells et du Milieu. Cependant, la météo rend cette journée éprouvante. À mi-parcours, la pluie froide se met de la partie. Heureusement, Éric, notre guide pour le reste du voyage, avait tout prévu. Sur le faîte du mont du Milieu, à 950 m d'altitude, il dresse une bâche afin qu'on puisse manger à l'abri de la pluie. «C'est la première fois, en cinq ans, que je l'utilise», raconte-t-il avec étonnement. Chacun a droit à sa portion de soupe pour garder son corps à une température agréable.

Les derniers kilomètres de randonnée se font sous la pluie battante. Si bien que lorsqu'on arrive au refuge La Paruline, on est trempés. Vite, on bourre le poêle à bois pour nous réchauffer et faire sécher nos vêtements. En soirée, trois braves se jettent dans les eaux froides du lac Haymard, face au refuge, juste pour le plaisir d'affronter les éléments naturels.

Jour 4

8h

Au programme de cette ultime journée, l'ascension, la traversée puis la descente du mont Albert. C'est la plus longue épreuve de notre voyage: 20,5 km. Constitué d'une roche orangée renfermant des métaux lourds, qu'on appelle la serpentine, le mont Albert affiche une végétation tout à fait unique au Québec. Sur son plateau sommital complètement dénudé, on a l'impression de se promener en très haute montagne. Des caribous fréquentent ce milieu de vie exceptionnel.

Dans la cuve du mont Albert, la randonnée prend des allures de supplices. On doit cheminer à travers un champ ininterrompu d'immenses pierres. On avance à un rythme très lent. Il faut faire attention aux chevilles. Un faux pas et on contemple la végétation de très près. Toutefois, l'effort est mille fois récompensé par la beauté des lieux. Un décor que l'on ne contemple nulle part ailleurs.

17h30

À l'approche du Gîte du Mont-Albert, qui marquera la fin de notre expédition, une autre belle surprise nous attend. Une maman orignal et son faon posent pour nous, légèrement à l'écart du sentier, nullement effrayés par notre allure de randonneurs exténués.

Bilan final: des points de vue fantastiques à l'infini, de la tranquillité en abondance, quatre merveilleux orignaux et aucun mal de dos. Vive la longue randonnée guidée!

Les frais de voyage de ce reportage ont été payés par Tourisme Gaspésie, le Sentier international des Appalaches (SIA) du parc national de la Gaspésie et Gaspésie rando nature.