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Heureux d'un printemps arctique

En mai, l'hiver n'a pas encore dit son dernier mot à Iqaluit, la... (Photo Stéphanie Morin, La Presse)

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Photo Stéphanie Morin, La Presse

(Iqaluit) En mai, l'hiver n'a pas encore dit son dernier mot à Iqaluit, la capitale du Nunavut, à 2000 km au nord de Montréal, même si les froids ne sont plus aussi mordants. Et le soleil brille déjà de longues heures chaque jour. Une saison idéale pour découvrir les splendeurs du Grand Nord.

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Quand il pêche, Ainaq guette les plus gros poissons afin de les harponner.

Photo Stéphanie Morin, La Presse

«Aputii.» Le mot est impossible à traduire pour James Nookiguak. Aputii, c'est la neige souple de cette fin d'avril. Une neige aux flocons plus ronds que lors des grands froids, quand les flocons deviennent durs comme de la poussière de cristal.

D'ici la grande débâcle du mois de juin, qui libérera la baie Frobisher de ses glaces, la neige va encore plusieurs fois changer de forme. Et d'appellation.

En attendant, la neige est assez abondante, et la glace plus qu'assez épaisse pour porter notre caravane de motoneiges sur Koojesse Inlet, une anse large comme un fleuve.

James nous guide vers un de ses sites de pêche favoris, dans le parc territorial de Katannilik, à 60 km d'Iqaluit. Sans lui, on se perdrait à coup sûr dans le paysage fantomatique du Grand Nord. Au gré des marées (les deuxièmes plus importantes au pays après la baie de Fundy), les blocs de glace de l'anse s'entremêlent pour former un dédale bleuté. Et le vent qui souffle sans cesse transforme chaque jour les dunes de neige comme l'harmattan modèle le sable du Sahara.

Une fois sur la terre ferme, le labyrinthe devient montagneux, avec une succession de gorges, de pics usés par le passage des glaciers et de vallées. Des rochers dénudés laissent apparaître un manteau de lichen orangé, sans doute millénaire. La croissance est ardue sous cette latitude...

Un congélateur bien rempli

Au volant de sa motoneige, James scrute les montagnes, à la recherche de gibier. On a beau partir pêcher, notre guide reste un chasseur invétéré. Son congélateur est bien garni: viande de caribou, ours polaire, lièvre arctique, phoque, baleine...

Ainaq, Iqalummiuq* d'origine, est déjà au travail à notre arrivée. Couché à plat ventre sur le sol, le visage au-dessus d'un trou, il attend de voir passer les ombles chevaliers au bout du tunnel de glace. Seuls les gros spécimens l'intéressent; les imprudents se font illico hameçonner.

«J'aimais mieux venir pêcher qu'aller à l'église. Et les aînés du village m'ont demandé de leur apporter du poisson...» En trois heures à peine, il a sorti de l'eau assez de poissons pour nourrir sa famille (et les aînés) pendant une semaine.

Notre pêche sera moins fructueuse, mais à défaut de poissons, on fait le plein d'histoires. James et Ainaq nous racontent la vie sur le toit de l'Amérique: les ours polaires qui s'égarent parfois jusque dans les rues d'Iqaluit, le blizzard qui peut frapper sans qu'on s'y attende, la chasse à la baleine et le goût de sa viande (que la mère de James fait sécher... assaisonnée d'épices à steak de Montréal!)

Onze belles bêtes au poil épais, tous des... (Photo Stéphanie Morin, La Presse) - image 2.0

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Onze belles bêtes au poil épais, tous des chiens esquimaux canadiens, l'animal emblématique du Nunavut, sont au service de Louis-Philippe Pothier.

Photo Stéphanie Morin, La Presse

Douze saisons différentes

La journée est parfaite pour cette jasette arctique. Le mercure est tout juste sous le point de congélation et le ciel a pris ce bleu éclatant qu'on ne voit que lors des grands froids

Pour les «gens du Sud», ça ressemble drôlement à l'hiver. Pour les Inuits, c'est le printemps. Enfin pas vraiment. Dans la culture inuite, six saisons distinctes se partagent les 12 mois de l'année. Nous sommes tout juste à la croisée d'Upingarqsaq, l'hiver tardif, et d'Upingaaq, la saison des fontes. L'été, tel qu'on l'imagine au Sud, n'arrive qu'en juillet.

Pour Louis-Philippe Pothier, un Québécois établi au Nord depuis 10 ans, cette période de l'année est l'une des plus agréables pour visiter la capitale du Nunavut.

La veille, nous avons découvert la côte d'Iqaluit en compagnie de ce géant à barbe rousse et de ses 11 chiens de traîneaux. Il y avait Yéti, le mâle alpha qui fait régner l'ordre dans la meute, Baïla, chien de tête qui garde ses compagnons sur le droit chemin, Bunny qui avait décidé de n'en faire qu'à sa tête, Mammouth qui s'est fait gronder pour son manque d'ardeur à l'ouvrage...

Bref, 11 belles bêtes au poil épais, tous des chiens esquimaux canadiens, l'animal emblématique du Nunavut. Et pour diriger la troupe avec des dji (droite) et des yap (gauches) bien sonores: Louis-Philippe, baptisé Inukpak (le gentil géant) par les Inuits.

Avec comme seul fond sonore le halètement des chiens et le bruit du traîneau sur la neige, on a quitté Iqaluit, ses 7000 habitants, son église anglicane en forme d'igloo et son «centre-ville» (l'unique carrefour avec un panneau d'arrêt aux quatre coins!).

On a croisé les bâtiments de bois presque centenaires de la Compagnie de la Baie d'Hudson, dépassé Apex (la «banlieue» d'Iqaluit) et deviné, tout au fond du paysage, une des attractions les plus connues d'Iqaluit: la «Road to Nowhere». Le panneau de signalisation de cette route de 3 km - qui ne mène littéralement nulle part - est si populaire auprès des touristes qu'il doit constamment être remplacé, pour cause de vol!

On a poussé l'exploration jusqu'à l'anse de Tarr, à l'est d'Iqaluit. On aurait pu poursuivre encore plus loin; les chiens étaient en jambes. Mais Thomas, le cuisinier, nous avait promis des burgers au boeuf musqué et au bacon de baleine pour souper.

*Habitant d'Iqaluit.

Les frais de voyage de ce reportage ont été payés par Arctic Kingdom, Carrefour Nunavut et l'Office de tourisme du Nunavut. Transport aérien fourni par First Air.

***

Comment y aller?

La compagnie aérienne First Air offre des vols directs entre Montréal et Iqaluit (avec un arrêt de 30 minutes à Kuujjuaq) les lundis, mercredis et vendredis. Départs de l'aéroport Dorval-Trudeau à 10h, arrivée à Iqaluit à 14h16. À partir de 1100$ pour un aller-retour. Il est aussi possible d'utiliser des points Aéroplan pour voler sur First Air.

Quand y aller?

Avril et mai sont les meilleurs mois pour profiter de la blancheur du Grand Nord sans avoir à subir de froids sibériens. Le soleil se couche plus tard (vers 21h30) et le mercure ressemble à celui des hivers du Sud.

Combien ça coûte?

Cher. Absolument tout - de la pomme au clou - doit être acheminé à Iqaluit par avion ou par bateau. Résultat: les prix sont au moins deux fois plus élevés que dans le Sud. Deux litres de lait 2% coûtent 8$, une nuit à l'hôtel, autour de 250$, et un petit-déjeuner au restaurant (deux oeufs, bacon, patates...), 16$.

Quoi faire?

Il peut être compliqué d'organiser soi-même un séjour à Iqaluit sans passer par un voyagiste local. Artic Kingdom propose plusieurs forfaits d'une ou de plusieurs journées. Safari, traîneau à chiens, pêche blanche, plongée sous-marine...

www.artickingdom.com

Comment se déplacer?

Iqaluit compte plus de 50 taxis, conduits par des chauffeurs venus du monde entier. Peu importe la durée du trajet, un déplacement coûte 6$ par personne. À savoir: les rues ont des noms, mais peu de gens s'en servent; ils se réfèrent seulement au numéro du bâtiment.

Où dormir?

Iqaluit compte environ 300 chambres, réparties dans une dizaine d'hôtels et de gîtes.

Où prendre un verre?

Avec Rankin Inlet, Iqaluit est la seule ville du Nunavut où la vente d'alcool est autorisée, mais seulement dans les bars ou les restaurants.




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