La planète ne manque pas de villes splendides où les églises et les monastères rivalisent de beauté avec les places publiques et les musées. Pourtant, c’est une ville somme toute peu connue de l’Amérique du Sud, Quito, qui, la première, a vu son centre historique inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. C’était il y a 40 ans.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Il faut dire que les colonisateurs espagnols se sont surpassés lorsqu’au XVIe siècle, ils ont entrepris de construire Quito sur les ruines d’une cité inca. Enclavée au milieu des sommets andins, bordée par des volcans toujours actifs, la capitale équatorienne possède l’un des Centro Historico les plus étendus et les mieux préservés de l’Amérique latine. Ni l’usure du temps ni les fréquents tremblements de terre n’ont réussi à en altérer la beauté. Or, la capitale est plus accessible que jamais pour les Canadiens, puisque Air Canada a lancé, à la mi-janvier, une liaison directe entre Quito et Toronto.

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Quito est une ville dense et étendue, nichée au milieu des Andes.

Errer dans la vieille ville, c’est avoir le souffle coupé à chaque coin de rue (et pas seulement en raison des 2850 m d’altitude et des rues en pente qu’aucun plat ne vient rompre). Ici, une église jésuite baroque à la façade tarabiscotée dont l’intérieur miroite sous l’effet de milliers de feuilles d’or. C’est l’Iglesia de la Compania de Jesus. Plus loin, un monastère jouxte l’église la plus ancienne du pays, l’Iglesia de San Francisco, celle-ci à la façade d’un blanc immaculé. Plus loin encore, les colorées maisons en rangée de La Ronda, une étroite rue pavée dont les balcons fleuris surplombent les nombreux passants qui viennent s’y promener en soirée. Puis, aux limites de la vieille ville, se dresse une basilique encore en construction, la Basilica del Voto Nacional. Il a fallu un référendum national pour aller de l’avant avec la construction de ce vaste bâtiment néo-gothique, dont les étonnantes gargouilles adoptent la forme des animaux du pays : tortues géantes, singes, iguanes, fourmiliers… Selon la légende, lorsque la dernière pierre de l’église sera posée, la fin de monde s’abattra sur la Terre. Les Équatoriens ont le sens du drame…

  • Dans le centre historique, les vendeurs de tout acabit abondent, comme cette femme qui offre du ceviche.

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    Dans le centre historique, les vendeurs de tout acabit abondent, comme cette femme qui offre du ceviche.

  • Le plafond doré de l’église jésuite La Compania de Jesus témoigne de la richesse de la décoration intérieure. 

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    Le plafond doré de l’église jésuite La Compania de Jesus témoigne de la richesse de la décoration intérieure. 

  • L’Iglesia San Francisco, qui jouxte un monastère, est la plus ancienne église du pays. 

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    L’Iglesia San Francisco, qui jouxte un monastère, est la plus ancienne église du pays. 

  • Une femme transporte des légumes sur la rue La Ronda, aussi appelée calle Morales.

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    Une femme transporte des légumes sur la rue La Ronda, aussi appelée calle Morales.

  • Dès le lever du soleil, l’animation reprend dans le quartier historique.

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    Dès le lever du soleil, l’animation reprend dans le quartier historique.

  • Ce marchand ambulant sillonne le quartier historique pour vendre du ponche,
un cocktail à base de bière arrosé de jus de mûres.

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    Ce marchand ambulant sillonne le quartier historique pour vendre du ponche,
un cocktail à base de bière arrosé de jus de mûres.

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L’évocation de ces trésors architecturaux peut donner l’impression, pour qui n’a jamais posé les pieds à Quito, que le centre historique n’est qu’un vaste musée à ciel ouvert, déserté par les 2,6 millions d’habitants du Grand Quito. Qu’il s’agit d’un centre aseptisé et sans vie, comme un joli décor de carton-pâte abandonné aux seuls touristes.

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El Panecillo est l’une des nombreuses collines qui bordent la ville. 

Rien n’est plus éloigné de la vérité.

El Centro, comme l’appellent les Quiténiens, grouille de vie dès que le soleil se lève. Les rues sont prises d’assaut par des vendeurs ambulants qui vous proposent du tabac, de l’eau embouteillée, des journaux. Ils poussent des chariots où cuisent du plantain (qu’ils farciront de fromage frais) ou des œufs de caille sur lesquels ils jetteront une pincée de sel. Ils s’installent à même le sol pour étaler devant eux la récolte de fruits et de légumes de la journée, ou encore pour offrir leur version du ceviche traditionnel de la région (crevettes, jus d’orange et tomates) qu’ils serviront dans de petites pochettes de plastique.

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Le soleil se lève sur les toits de Quito

Le gouvernement municipal voudrait bien endiguer ce déversement de vendeurs ambulants et dégager les rues en regroupant les marchands dans des marchés couverts, comme le marché San Francisco au cœur du centre historique. Rien n’y fait. Les « Quitenos » comme les touristes sont nombreux à s’offrir un en-cas salé ou sucré à même le trottoir pour un dollar ou deux (américains, les dollars, car le pays a abandonné sa monnaie nationale, le sucre, en 2000), pendant que des chiens errants de tout poil les observent d’un œil implorant.

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La Casa Gangotena, un hôtel boutique de 31 chambres, est logé dans un bâtiment néoclassique qui domine la Plaza San Francisco. 

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Cet homme vend des pommes de terre depuis 40 ans dans son échoppe du quartier historique. 

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Un homme et son fils nourrissent des pigeons sur la Plaza San Francisco.

Il ne faut pas croire pour autant que la cuisine quiténienne se résume à ces saveurs dégustées à la va-vite. Les restaurants — et des bons — poussent comme des champignons. De fait, la capitale est en pleine révolution des papilles, explique Emilio Dalmau, chef exécutif au restaurant de l’hôtel historique Casa Gangotena. « Depuis 10 ans, il y a un fort mouvement de nationalisme dans les cuisines. On découvre ou redécouvre des ingrédients locaux avec lesquels travailler, comme le cacao blanc, les noix de l’Amazonie, les fèves macambo. Les produits sont de plus en plus locaux et bios. » Avec l’Amazonie et le Pacifique tout près, les ressources sont inestimables pour les restaurateurs, dont le cacao Arriba, considéré comme l’un des meilleurs au monde. Mieux, le pays étant situé sur la ligne d’équateur qui lui a donné son nom, les saisons telles qu’on les connaît n’existent pas ; les fruits et les légumes frais sont offerts 12 mois par année.

Otavalo et ses marchés

  • Une vendeuse de chapeaux (et sa fille) croquée à Otavalo, sur la Plaza de los Ponchos

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    Une vendeuse de chapeaux (et sa fille) croquée à Otavalo, sur la Plaza de los Ponchos

  • Une vendeuse de chapeaux (et sa fille) croquée à Otavala, sur la Plaza de los Ponchos

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    Une vendeuse de chapeaux (et sa fille) croquée à Otavala, sur la Plaza de los Ponchos

  • Au marché aux légumes d’Otavalo, les étals débordent de fruits et de légumes de toutes les couleurs. 

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    Au marché aux légumes d’Otavalo, les étals débordent de fruits et de légumes de toutes les couleurs. 

  • Cette femme vend du mote (maïs bouilli) et du porc au marché d’Otavalo.

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    Cette femme vend du mote (maïs bouilli) et du porc au marché d’Otavalo.

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Il est facile de constater l’immense diversité des ingrédients équatoriens en visitant le marché aux légumes d’Otavalo, situé à deux heures au nord de Quito. La ville est surtout célèbre pour son marché d’artisanat qui se tient chaque jour sur la place principale, surnommée la Plaza de los Ponchos, parce que, oui, des artisans venus des quatre coins de la région y vendent moult ponchos, mais aussi des couvertures tissées, des hamacs, des œuvres d’art populaire, des chapeaux tressés. La qualité et les prix varient beaucoup, mais le samedi, il y a peu d’endroits aussi pittoresques à visiter, si ce n’est le marché au bétail (aussi le samedi). Les visiteurs fréquentent ce dernier pour y acheter par sacs entiers des cochons d’Inde à faire griller, des pieds de porc et d’autres délices carnés. Ou un lama, si besoin est…

Au marché aux légumes, on trouve des étals remplis d’une étonnante variété de bananes (dont une banana rosado au goût légèrement floral), des capuli (cerises des Andes) ou des concombres sucrés en forme de mangue vendus pour la plupart par des autochtones qui, une fois la glace cassée, vous font déguster avec fierté leurs produits.

La yapa

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L’artisan German Campos maîtrise à merveille
la technique du métal repoussé. Son atelier, à Quito,
est toujours ouvert au public. 

Lorsque vous achetez quelque chose dans un marché de l’Équateur, le marchand ajoutera souvent gratuitement un petit plus au panier, sans exiger un sou de plus : une tomate de arbol (ou tomarillo), une grenadille, une poignée supplémentaire de mûres… « On appelle ce petit extra la yapa ! Pour l’obtenir, il suffit de demander ! », lance notre guide chez Metropolitan Touring, Ramiro Astudillo.

Quito-la-moderne

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Murales dans le quartier bohème de la Floresta

De retour à Quito, il faut faire un saut dans le nord de la ville. Dans cette partie que les locaux surnomment la ville moderne, les églises du XVIe siècle cèdent la place à des tours bétonnées, des hôtels vitrés, des avenues larges, mais aussi à une foule de bars, de discothèques, de restaurants branchés. Le quartier de La Mariscal attire les noctambules qui veulent fêter jusqu’au bout de la nuit ; les Quitenos l’ont baptisé Gringolandia — le pays des Gringos. Ce n’est pas pour rien. Les touristes y affluent. Celui de la Floresta baigne dans une douce ambiance bohème avec ses œuvres murales géantes, ses cafés invitants et ses restaurants végétaliens.

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La Capilla des Hombres abrite des toiles monumentales du peintre Oswaldo Guayasamin.

La plus belle trouvaille de Quito-la-moderne reste toutefois pour nous la Capilla del Hombre — la chapelle de l’Homme —, vaste projet artistique imaginé au milieu des années 80 par l’un des peintres les plus célèbres du pays, Oswaldo Guayasamin.

Installé au sommet d’une colline du quartier Bellavista, ce vaste monument est situé à un jet de pierre de la résidence de l’artiste, transformée en musée. Il regroupe plusieurs fresques géantes, qui rendent hommage à la résilience des peuples autochtones d’Amérique latine. Des œuvres coup de poing qui nous hantent longtemps. Dans la résidence de Guayasamin, intouchée depuis sa mort en 1999, on peut admirer des Chagall, des Goya, des Picasso, mais aussi une importante collection d’art sacré.

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Une vendeuse de foulards offre sa marchandise aux passants de la Plaza Grande. 

Passer du Centro Historico à la ville moderne peut prendre une heure en taxi ; comme plusieurs capitales d’Amérique du Sud, la ville est célèbre pour ses bouchons de circulation. Toutefois, la situation va grandement s’améliorer avec la mise en service d’un réseau de métro long de 22 km, qui passera par le quartier historique. L’ouverture a été maintes fois repoussée, mais les Quiténiens ont espoir de le voir en service pour décembre 2020… Ce projet d’envergure s’accompagnera d’une piétonnisation de certaines rues de la vieille ville, qui rendra Quito encore plus accessible. Il faudra donc y retourner pour retrouver la belle patrimoniale un peu moins encombrée, mais toujours aussi vivante, vibrante et, disons-le, parfois étourdissante…

Une partie des frais de ce voyage a été payée par Pro Ecuador, qui n’a exercé aucun droit de regard sur le contenu du reportage. Transport aérien fourni par Air Canada.

À savoir

Comment y aller ?

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Une vierge ailée, toute faite d’aluminium, veille sur Quito depuis les hauteurs d’El Panicillo.

Air Canada offre des liaisons directes entre Quito et Toronto trois fois par semaine, jusqu’au 11 mai 2020. À savoir, le vol Toronto-Quito est un vol de nuit.

Quand y aller ?

L’Équateur ne possède pas de saisons telles qu’on les connaît. La météo y est d’une prévisibilité étonnante : ciel dégagé le matin, ennuagement en après-midi suivi d’une courte averse, nuits fraîches. De juin à septembre, il pleut un peu moins et la température tend à grimper un peu. À savoir : à Quito, le soleil se lève et se couche grosso modo à la même heure, 365 jours par année (vers 6 h 30 et 18 h 30 respectivement).

Pour des visites guidées

Metropolitain Touring est la plus ancienne et la plus importante entreprise de tourisme guidé au pays. Elle offre des visites à la journée, notamment Quito à la manière des locaux, ou des circuits de plusieurs jours.