Ce « mouchoir de pays » qu’est le Belize, comme l’écrit le journaliste et auteur français Alain Dugrand dans son livre sur l’ancien Honduras britannique, attire de plus en plus l’attention des Québécois. Un Montréalais, Daniel Lighter, y possède même deux hôtels, l’un à la mer, l’autre dans la forêt tropicale. Nous avons découvert les deux charmants visages d’un territoire encore peu défiguré par le tourisme.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

Forêt tropicale

Le voyage commence dans la réserve forestière Mountain Pine Ridge, à quelques kilomètres du Guatemala. Se rendre au Gaïa Riverlodge n’est pas une sinécure. Deux vols internationaux (Montréal-Miami, Miami-Belize City), un court vol intérieur (Belize City-San Ignacio), puis une heure et demie de route sur des chemins de terre ocre, plus cahoteux qu’une petite rue du Plateau en plein dégel. Mais lorsqu’on sort du 4 x 4 empoussiéré, un peu crayeux soi-même, la vue de la rivière en cascades, l’intense roulement de la chute, les arbres exotiques et le chant des oiseaux font oublier le périple.

Le Gaïa, c’est l’endroit parfait pour pratiquer l’approche thérapeutique du moment, le forest bathing (shinrin-yoku dans son pays d’origine, le Japon). Ici, l’effet bénéfique de la nature se fait sentir dès les premiers instants. Les épaules redescendent de trois crans en une seule longue expiration. Ce n’est pas surprenant que Francis Ford Coppola et plusieurs autres amoureux de la nature sauvage possèdent également des lodges à quelques kilomètres d’ici.

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Le 4 x 4 est indispensable pour se promener sur les routes de terre cahoteuses du Belize.

Une journée au pied des chutes du Gaïa, avec son maillot de bain, un bon livre, un lunch livré par funiculaire, un personnel dont l’accueil est d’une gentillesse et d’un professionnalisme inégalés, puis c’est la détente totale. Au deuxième jour, on est déjà prêt à profiter de toutes les activités que cette riche région offre aux aventuriers.

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Si la côte est peuplée de créoles et de Garifunas (peuple métissé d’ascendance ouest-africaine) plus au sud, le district de Cayo, où nous sommes, est principalement habité par les Mayas et les Mestizos. Il y a même des communautés mennonites, qui surprennent lorsqu’on les aperçoit en habits traditionnels, dans leur carriole tirée par des chevaux. Rappelons que la langue officielle de cette ancienne colonie britannique, affranchie depuis 1981, est l’anglais. 

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Au Gaïa Riverlodge, on peut nager au pied de la chute Five Sisters. 

La majorité des « attractions » dignes d’intérêt sont liées à la culture maya, dont il existe trois grands groupes au pays (Yucatèques, Mopans et Kekchis). Ici, c’est le fief des Yucatèques, descendus du Mexique. Anciennes cités avec leurs pyramides (Caracol, Xunantunich), monticules mayas, cavernes sacrées et coops d’artisanat peuvent facilement meubler un séjour de trois ou quatre jours, voire plus.

« Tout le monde me déconseillait d’y aller, parce qu’il n’y avait rien à y faire, rien à y voir, et c’est évidemment pour ça que j’y suis allé », avait déclaré Alain Dugrand, cofondateur du quotidien français Libération, à la sortie de son livre Belize, en 1993. Plus de 25 ans plus tard, le farniente a toujours la cote dans ce pays, mais les structures touristiques sont bien en place pour ceux et celles qui veulent en profiter.

Prix Gaïa : à partir de 205 $ US en saison basse et de 250 $ US en saison haute

> Consultez le site du Gaïa Riverlodge (en anglais) : https://www.gaiariverlodge.com/

Activités : Actun Tunichil Muknal (ou ATM Cave)

Cette activité nous avait été présentée comme un incontournable. « On se sent comme dans un reportage de National Geographic ! », avait affirmé un client du Gaïa ayant exploré la grotte sacrée quelques années auparavant. Les Mayas considéraient Actun Tunichil Muknal comme un accès au monde souterrain, qu’ils appellent Xibalba. À partir de l’an 600 av. J.-C., les Mayas seraient allés communiquer avec leurs dieux dans ces chambres souterraines, souvent remplies d’eau. Ils y ont laissé un grand nombre de contenants en céramique (cassés, pour en libérer l’âme) et quelques restes humains. Aujourd’hui, on l’appelle par son petit nom, ATM. Les guides, peu nombreux à avoir l’autorisation d’accompagner des groupes dans cet ancien lieu cérémonial — surtout depuis qu’un visiteur a échappé son appareil photo sur le crâne d’un sacrifié —, aiment bien se payer la tête de leurs clients. Ils ont rebaptisé les lieux Another Tourist Missing (un autre touriste perdu). L’expédition n’est pas particulièrement difficile, mais elle peut être inconfortable : on se mouille jusqu’au cou dès les premiers mètres, certains passages de la grotte se font à la nage, tandis que d’autres sont déconseillés aux claustrophobes. Au retour, les randonneurs sont récompensés par un repas et du punch au rhum.

Coût : entre 100 et 200 $ US, selon le point d’où l’on part

Agence recommandée par Gaïa, mais il y en a d’autres, comme MayaWalk Tours et Pacz Tours.

> Consultez le site de Belize Family Adventure (en anglais) : https://belizefamilyadventure.com/

Activités : Barton Creek

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L’entrée de la grotte de Barton Creek

Pour une visite de grotte beaucoup plus accessible, calme et contemplative, Barton Creek est tout indiquée. Ça se passe en canot, mais c’est le guide qui pagaie, tandis qu’on illumine les parois avec sa lampe frontale pour y découvrir de magnifiques stalactites, stalagmites et autres formations. Cette grotte aurait été utilisée par les Mayas entre les années 250 et 900. Elle a été découverte à la fin des années 60 par des membres de la communauté mennonite, qui travaillaient la terre non loin. En 1990, les archéologues y ont trouvé les ossements de 28 sacrifiés, inaccessibles aux canoteurs, puisque situés sur une plateforme rocheuse en hauteur. Beaucoup moins fréquentée qu’ATM, cette grotte est un havre de paix qui vaut vraiment le déplacement plus court de 40 minutes, surtout si votre guide est l’excellent Calbert, employé du Gaïa. Cet élégant Maya est un des gardiens des croyances et traditions de son peuple, qu’il enseigne d’ailleurs aux jeunes de sa communauté, à San Antonio.

À partir de 85 $ US par personne, selon l’agence ou l’hôtel où vous restez, incluant parfois une visite de la communauté mennonite, une baignade et un repas.

Artisanat

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Timotea Mesh, fondatrice de la coop des femmes de San Antonio, écrase le maïs nixtamalisé sur sa pierre à moudre, pour faire des tortillas. 

Les guides du Gaïa et quelques agences touristiques offrent des immersions dans la culture maya des villages de San Antonio et de San Ignacio. On fait un premier arrêt à la coopérative des femmes de San Antonio, fondée en 2001 par Timotea Mesh. Celle-ci s’est donné pour mission d’encourager les femmes à sortir de la maison, de valoriser leur travail et de préserver la culture maya. La broderie, la poterie et la cuisine sont les trois occupations principales des membres de la coop. Elles reçoivent aussi de nombreux touristes curieux et prêts à mettre la main à la pâte de maïs.

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À la coop des femmes de San Antonio, la poterie traditionnelle maya est une des occupations principales. 

Pendant une visite, on apprend d’abord comment faire de la poterie en colombins. C’est laborieux, mais plus accessible au commun des mortels qu’un tour de potier ! Puis vient le moment d’écraser le maïs nixtamalisé (trempé dans l’eau alcaline) sur pierre, pour faire des tortillas que l’on déguste par la suite. Ajoutez un peu d’eau, de cannelle et de sucre à cette pâte et vous avez une boisson qui s’appelle atole. On retourne alors dans le 4 x 4 pour rouler jusqu’à San Ignacio, où une petite virée au marché local s’impose, suivie d’un atelier sur le chocolat, chez AJAW. Ici, on fait plus que du chocolat « de la fève à la tablette ». Les cabosses arrivent fraîches et entières — il y aurait environ 1100 plantations de cacao au Belize. On fait fermenter les fèves, qui sèchent ensuite au soleil, puis sont rôties. Comme le maïs, la fève concassée passe ensuite au métate, la pierre à moudre précolombienne, pour devenir une pâte à laquelle on ajoutera de l’eau, un peu de miel local et des épices. C’est sur ce délicieux chocolat à boire maya que se conclut la visite culturelle.

À partir de 85 $ US selon l’agence ou l’hôtel où vous restez.

Mer des Caraïbes

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Pour se promener d’une région à l’autre du Belize, beaucoup de gens prennent de courts vols intérieurs avec la compagnie aérienne locale Tropicair. 

Le Belize étant un petit pays (avec ses 23 000 km2, il entre 86 fois dans le Mexique voisin et 5 fois dans le Guatemala !), se rendre de la forêt à la côte se fait facilement. En un court vol de 45 minutes, avec la compagnie Tropic Air, on passe de San Ignacio à San Pedro, sur Ambergris Caye (prononcé « ki » ou « key » en anglais). C’est la plus grande et la plus développée des nombreuses îles du Belize.

PHOTO ADRIEN WILLIAMS, FOURNIE PAR MATACHICA

Le petit complexe hôtelier Matachica, qui appartient au Montréalais Daniel Lighter, est constitué de petites huttes colorées qui portent toutes un nom de fruit, plutôt qu’un numéro. 

De l’aéroport, une voiturette de golf nous conduit avec nos valises jusqu’à la navette d’eau de l’hôtel Matachica. À bord, notre capitaine Charlie prend la commande d’apéro, pour que celui-ci soit prêt à notre arrivée, de 15 à 20 minutes plus tard.

PHOTO EVE DUMAS, LA PRESSE

L’illustratrice montréalaise Cécile Gariépy a peint un mur dans chaque hutte du Matachica.

Mojito au lait de coco ou margarita à l’hibiscus (la carte est signée par le mixologue consultant montréalais Lawrence Picard, tout comme celle du Gaïa) à la main, on admire d’abord la déco récemment refaite par les jumeaux (aussi montréalais) Byron et Dexter Peart, fondateurs de la boutique virtuelle goodeeworld.com. L’illustratrice Cécile Gariépy a fait une fresque dans chacune des 30 huttes de luxe, ainsi que la signalisation du petit complexe hôtelier de Daniel Lighter. Matachica est donc le plus montréalais des hôtels du Belize, mais il n’en est pas moins dépaysant.

PHOTO ADRIEN WILLIAMS, FOURNIE PAR MATACHICA

Le Mambo, restaurant du Matachica, sert des spécialités locales et aussi quelques classiques internationaux. 

La tranquillité règne ici. Les enfants de moins de 16 ans ne sont pas admis. Le restaurant Mambo sert une excellente cuisine, qui marie spécialités locales et classiques internationaux. On peut écouler ses jours sur une chaise longue au bord de la piscine d’eau salée ou sur la longue jetée, avec ses stations octogonales meublées de canapés-lits d’extérieur et de parasols. Mais l’eau et la barrière de corail, avec les infinies possibilités de ravissement qu’elles proposent, finiront par vous appeler.

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La jetée du Matachica est d’un grand confort.

Il est question de vols directs plus fréquents de New York et de Los Angeles. Daniel est prêt à recevoir cette clientèle raffinée. Aucun autre hôtel de l’île — nous avons étudié à peu près tous les sites web des concurrents ! — ne maîtrise le « bon goût » comme le Matachica, plus dans le registre « Tulum » que « Cancún ». À quand le vol direct Montréal-Belize City ?

Prix : à partir de 205 $ US en basse saison et de 295 $ US en haute saison

> Consultez le site du Matachica : https://matachica.com/

Activités : snorkeling et plongée

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L’ambiance dans l’île de Caye Caulker est particulièrement décontractée. 

Lorsqu’on se trouve à Ambergris Caye, la deuxième barrière de corail au monde en matière de longueur est à moins d’un kilomètre de la plage et donc très accessible. À partir de l’hôtel Matachica, par exemple, il suffit de pagayer (en kayak ou en planche) pendant une dizaine de minutes pour avoir accès à un monde sous-marin éblouissant. Le légendaire Blue Hole, lui, est beaucoup plus loin, à au moins deux heures de bateau.

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Cet homme vend ses pâtisseries à Caye Caulker depuis des lustres… et elles sont délicieuses ! 

La majorité des plongeurs du dimanche préfèrent une sortie accompagnée à la réserve marine d’Hol Chan et à Shark Ray Alley. Grâce au flair et à l’expérience de notre excellent guide Charlie, employé du Matachica depuis pas moins de 20 ans, nous avons pu observer différents types de coraux, bien évidemment, des requins-nourrices (parfaitement inoffensifs), des raies, une murène, un barracuda et plusieurs jolis poissons colorés. C’était une première plongée avec masque et tuba pour notre accompagnatrice de 73 ans, qui n’avait jamais osé regarder sous l’eau. Avec un ravissement peu commun, elle y a découvert un monde nouveau ! 

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À Caye Caulker, on peut manger des langoustes sur le gril directement dans la rue. 

Il est aussi possible d’explorer les eaux cristallines de la mer des Caraïbes en plongée sous-marine, bien sûr. Et de là, l’île voisine plus petite, Caye Caulker, est très accessible. Nous y avons pris un lunch de poisson et de langoustes locales au très typique Rainbow Grill, avant de nous balader jusqu’au Lazy Lizard, le bar de plage où les jeunes vacanciers écoulent leurs journées.

À partir de 80 $ US par personne. Pour réserver un bateau, avec guide, pour la journée complète, avec plusieurs séances de snorkelling, un lunch et une visite de Caye Caulker, compter 650 $ pour 4 personnes.

Pêche

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Chris, employé du Matachica depuis 20 ans, emmène les clients de l’hôtel à la pêche. 

C’est le très expérimenté Chris, également employé du Matachica depuis 20 ans, qui nous a amenée à faire de la pêche aux récifs, dans les eaux du nord de l’île. Ici, on appâte surtout du vivaneau rayé et de la petite carangue. Peu d’expériences surpassent ces heures passées sur l’eau (avec un bon écran solaire !) à taquiner le poisson. D’autant plus que vous rapporterez vos prises à la cuisine, qui préparera un festin selon vos envies. Dans notre cas : ceviche, tacos de poisson, filets grillés au curry et vivaneaux entiers sur le gril. La pêche avait été bonne !

À partir de 295 $ US du Matachica, avec guide privé.

San Pedro

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Une rue de la ville de San Pedro, sur Ambergris Caye 

Le moyen le plus rapide et économique de se rendre à la (petite) ville d’environ 11 000 âmes est de passer par la mer. Mais c’est beaucoup plus divertissant en voiturette de golf ! À partir du Matachica, la route de terre est particulièrement mauvaise sur environ deux kilomètres. Quel soulagement lorsque l’asphalte commence ! C’est un tout autre visage d’Ambergris Caye qui se révèle par voie terrestre.

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Le Truck Stop est une collection de bouis-bouis dans des conteneurs maritimes, populaire auprès des expatriés et des touristes. 

On roule devant des dizaines d’hôtels et de restaurants. En fin de journée, les habitants rentrent du travail ou de l’école (aussi dans leur voiturette). Le centre lui-même est un chaos sans nom. Mieux vaut se garer le plus rapidement possible et se promener à pied. Pour souper, tout le monde nous a recommandé Elvi’s Kitchen. L’endroit est superbement kitsch, avec un arbre en plein centre de la salle à manger, qui est décorée pour le temps des Fêtes. Mais la cuisine est excellente dans ce drôle de restaurant qui attire autant les touristes que les gens du coin plus fortunés. 

Au retour, nous arrêtons au Truck Stop, collection de bouis-bouis dans des conteneurs maritimes. Vendredi, c’est la soirée Family Feud. Touristes et expatriés s’affrontent sur scène, les neurones un peu ralentis par l’alcool. Divertissement garanti !

> Consultez le site du Elvi’s Kitchen (en anglais) : http://www.elviskitchen.com/

Une partie des frais de ce reportage a été payée par le bureau du tourisme du Belize.