(Tabarka) Le coronavirus, qui a mis à genoux le tourisme en Tunisie comme dans de nombreux pays, a relancé le débat sur la diversification de ce secteur clé qui vit sa troisième crise profonde en une décennie.

Akim REZGUI, avec Caroline Nelly PERROT à Tunis
Agence France-Presse

Le tourisme, qui pèse jusqu’à 14 % du PIB tunisien et représente plus de 400 000 emplois, avait repris des couleurs ces dernières années, avec 9,5 millions de touristes en 2019 — du jamais vu depuis la révolution de 2011.

Nombre d’hôtels restent néanmoins lourdement endettés, après des coups d’arrêts soudains, d’abord en 2011 en raison de l’instabilité qui a suivi la fuite du dictateur Zine el Abidine Ben Ali, puis en 2015, après deux attentats djihadistes ayant tué 59 touristes.

Certains pâtissent en outre d’une mauvaise gestion, après un développement anarchique du secteur dans les années 90.

Plus récemment, le coronavirus a de nouveau plongé dans la tourmente les hôteliers. La crise a mis en évidence la fragilité d’un secteur dominé par de gros complexes hôteliers de bord de plage, qui drainent la majorité de la clientèle pour des séjours tout-compris, très saisonniers et peu lucratifs.

Pour tenter de redresser le secteur, le gouvernement veut s’engager en faveur d’autres formes de tourisme, comme les gîtes ruraux qui ont fait le plein cet été.

« Nous avons eu quelques succès avec d’autres secteurs comme la thalassothérapie. Un succès mitigé avec le golf... Mais c’est très insuffisant », a reconnu Habib Ammar, le ministre du Tourisme.

« Parcours du combattant »

« Nous avons une campagne merveilleuse, magnifique, qu’il faut exploiter sur le plan touristique pour créer des emplois, pas seulement dans les zones côtières », a-t-il souligné.

Mais, comme pour de nombreux secteurs en Tunisie, les projets sont soumis à une multitude d’autorisations préalables, ouvrant la voie à des retards et à de la corruption.

« C’est plus qu’un parcours du combattant », reconnaît Mohamed Naceur Ayari, propriétaire d’un gîte rural à Tabarka, ville côtière dans une région rurale, à la frontière algérienne.

« Personne ne croyait à ce genre de produit. L’administration ne fonctionnait pas ou ne voulait pas fonctionner », se souvient cet entrepreneur.

Un peu plus d’un an après son ouverture, il manque de lits pour accueillir tous les clients intéressés par ses bungalows.

« On travaille pratiquement toute l’année », souligne-t-il. « Les producteurs (agricoles) ont commencé à comprendre la nécessité de ce projet-là pour leurs produits du terroir ».

Non loin de là, un autre projet lancé il y a dix ans est à l’arrêt après de multiples déboires, notamment administratifs.

« Situation catastrophique »

 Pour le moment, la Tunisie, qui a circonscrit avec succès la pandémie avant l’été, a rouvert les frontières à de nombreux pays, sans restriction de fin juin à fin août, pour éviter une saison blanche.

Les touristes arrivant via des voyagistes, qui représentent une large majorité des vacanciers européens, sont exemptés de quarantaine depuis que celle-ci a été réinstaurée à la fin de l’été. Mais cela n’a pas permis de remplir les hôtels.

Les premiers avions nolisés ne sont arrivés que fin juillet, et nombre d’Européens, échaudés par la fermeture soudaine des frontières en mars et freinés par divers restrictions mises en place par leurs gouvernements, n’ont pas quitté l’UE.

Au 20 septembre, seuls 330 000 Européens avaient séjourné en Tunisie, tandis que les Algériens et les Russes, deux autres gros marchés, ne pouvaient pas venir en vacances en raison de la situation épidémiologique dans leurs pays cet été.

Pour Khaled Fakhfakh, président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), « la situation est très mauvaise, pour ne pas dire catastrophique ».

Selon lui, « 60 % des hôtels n’ont pas ouvert cette année et risquent de ne plus rouvrir », notamment à cause de la pandémie.

Au 20 septembre, 1,7 million de touristes étaient entrés dans le pays, une baisse de 75 % par rapport à la même période en 2019 malgré un début d’année en fanfare, selon les chiffres officiels.

D’où l’importance de concrétiser une diversification réclamée depuis des années, dont le succès dépendra d’une politique gouvernementale forte, avec un appui des différents ministères, administrations et banques.