Minimiser le gaspillage de nourriture, voler en fonction des courants de vent, retarder le démarrage des moteurs. Grâce à une série de mesures, un avion de la compagnie aérienne Air France a réduit de moitié les émissions de CO2 de son vol Paris-Montréal.

Publié le 4 mai
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Mardi 17 h 45. L’Airbus A350 se pose à l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal. L’équipage se réjouit. « C’est l’avenir. Pour survivre, il faut qu’on montre qu’on est écoresponsable et qu’on préserve la planète du mieux qu’on peut », lance le commandant de bord, François Guérin, à sa sortie de l’avion.

L’objectif de cette série de mesures ? Réaliser le vol commercial longue distance le plus écoresponsable du monde dans le cadre d’un défi proposé par l’alliance des compagnies aériennes Skyteam. Du 1er au 14 mai, 16 compagnies aériennes s’affrontent pour réaliser le vol le plus durable possible.

Afin d’y parvenir, de nombreuses initiatives ont été mises en place avant et pendant le vol reliant Paris et Montréal. D’abord, les passagers ont été invités à limiter le volume et le poids de leurs bagages et encouragés à présélectionner leur repas afin de limiter le gaspillage alimentaire, indique le directeur expérience client d’Air France, Fabien Pelous.

Le commandant de bord a également pratiqué l’écopilotage, ce qui inclue notamment la planification de sa trajectoire en fonction des courants de vent et l’utilisation d’un seul moteur avant le décollage. Ces mesures ont permis de réduire de 3 à 4 % la consommation de carburant.

Par ailleurs, les opérations au sol incluant le repoussage de l’avion, le transport des équipages en bus et le déplacement des bagages ont été réalisés grâce à des véhicules électriques, détaille la directrice d’Air France KLM Canada, Catherine Guillemart.

Enfin, un avion de type Airbus A350 a été utilisé, puisqu’il consomme 20 à 25 % de carburant en moins que les avions de génération précédente, soutient l’entreprise. L’empreinte sonore est également réduite d’un tiers.

« Un bon geste, mais beaucoup de marketing »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Catherine Guillemart, directrice d’Air France KLM Canada, les commandants de bord François Guérin et Julie de Haas ainsi que Fabien Pelous, directeur expérience client d’Air France

Selon Mehran Ebrahimi, professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile, le défi de vols écoresponsables de Skyteam est « un bon geste », mais basé sur « beaucoup de marketing ».

« Il faut s’assurer que ce genre d’initiative ne sert pas juste à s’acheter une bonne conscience. Il faut s’assurer que l’avion du futur soit réellement responsable », affirme M. Ebrahimi.

Il soutient qu’avec la conscientisation de la population aux enjeux environnementaux ces dernières années, l’aviation n’avait pas le choix de redorer son image. « Les gens ont commencé à se poser questions, donc le milieu de l’aviation a entamé des démarches pour rendre son empreinte écologique moins grande », dit-il.

L’utilisation de technologies plus avancées et d’intelligence artificielle, comme dans le vol d’Air France, est un bon début, soutient l’expert. « Des compagnies aériennes et des fabricants mettent beaucoup d’efforts pour penser et développer ces nouvelles technologies », dit-il.

Mais il faut également repenser complètement notre rapport à l’avion et aux voyages, ajoute-t-il. « Si on prend un vol d’avion de Montréal à Toronto, même s’il y a toutes les mesures écologiques possibles à bord, ça n’a pas de sens. Les trajets qu’on peut faire en train ou en transport collectif, on ne doit pas le faire en avion », dit-il. Ces réflexions sont parfois oubliées et cachées derrière des initiatives de marketing, conclut le spécialiste.