Il y a 200 ans, Napoléon Bonaparte est mort en exil sur l’île Sainte-Hélène, un îlot volcanique au beau milieu de l’océan Atlantique, entre la Namibie et le Brésil.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

Longtemps dépourvue d’aéroport, l’île britannique n’a pas vu beaucoup de touristes au cours des années. Ceux qui se sont lancés dans un long voyage pour visiter l’endroit étaient essentiellement des passionnés d’histoire napoléonienne. Comme l’ancien animateur et grand voyageur Gilles Proulx.

« J’étais fasciné par l’histoire de Napoléon, raconte-t-il. J’ai été à peu près partout où il est passé : champs de bataille, manoirs, etc., pour voir et palper l’influence de cet homme. »

M. Proulx a développé un intérêt pour Bonaparte à force de tomber sur ses traces ici et là. D’abord au Portugal, puis à Moscou, et enfin en Égypte. « Ça m’a envahi : je me suis mis à plonger là-dedans. À lire, lire, lire. »

Il a vu une publicité dans un magazine français qui annonçait un voyage commémoratif à l’île Sainte-Hélène en compagnie d’historiens, dont Jean Tulard, spécialiste de Napoléon.

C’était en 2005. Il n’y avait pas encore d’aéroport à l’île Sainte-Hélène (il faudra attendre à 2016 pour l’ouverture d’une telle infrastructure).

Nous sommes partis de Paris au Cap. Du Cap, nous avons pris un bateau qui a mis quatre jours avant d’arriver au Rocher maudit, après un petit arrêt en Namibie. Il n’y avait pas de quai : comme en octobre 1815 [à l’arrivée de Napoléon], il fallait débarquer avec les chaloupes de secours du bateau.

Gilles Proulx

L’animateur québécois a ressenti une vive émotion en gravissant les marches à l’arrivée, suivant le parcours de Napoléon. « Nous avons pris la route pour aller à Longwood House. À part le bitume qui recouvrait la terre, rien n’avait changé. » 

PHOTO GIANLUIGI GUERCIA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Longwood House, demeure dans laquelle Napoléon Bonaparte a passé ses dernières années en exil sur l’île britannique de Sainte-Hélène.

La résidence n’était pas très appropriée pour un empereur, même en exil. « On voit que la vie n’était pas facile : c’était une maison remplie de rats, il y avait des pluies incessantes. »

Les membres de l’entourage de Napoléon étaient en proie à des querelles et des jalousies. « En entrant dans le petit salon, on voit Napolélon crier son désespoir en voyant ces gens-là se chicaner entre eux. Il n’y a pas de doute, c’était un lieu pour faire des dépressions. »

PHOTO FOURNIE PAR GILLES PROULX

La chambre de Longwood House dans laquelle Napoléon Bonaparte a passé ses dernières heures.

En visitant Longwood, Gilles Proulx retrouve ces objets dont il a tant entendu parler : le billard, sur lequel jouait parfois Napoléon pour se distraire, sa redingote, son masque mortuaire, des bustes de Joséphine et de Marie-Louise. « On voyait même les trous dans les persiennes, à travers lesquelles il scrutait les alentours pour éviter de recevoir Hudson Lowe, le gouverneur britannique qui était mesquin, qui refusait de l’appeler “empereur” », indique-t-il.

Ailleurs sur l’île

Les visiteurs de 2005 explorent également le pavillon des Briars, la première demeure qui a accueilli Bonaparte à son arrivée sur Sainte-Hélène, en attendant qu’on ait fini de préparer Longhouse. Cette demeure était alors occupée par la famille de William Balcombe, qui s’est lié d’amitié avec le célèbre exilé français.

« Napoléon y découvre la vie familiale, une vie qu’il n’avait jamais connue parce qu’il avait constamment été accaparé par des problèmes politiques et militaires, raconte Gilles Proulx. Il considère cette période-là comme un baume sur sa plaie. »

PHOTO GIANLUIGI GUERCIA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le corps de Napoléon Bonaparte a reposé pendant 19 ans dans la vallée du Tombeau, tout près de Longwood House.

L’autre grand lieu napoléonien de Sainte-Hélène, c’est évidemment la vallée du Géranium, ou vallée du Tombeau, où le corps de Napoléon a reposé 19 ans avant d’être rapatrié en France, aux Invalides.

« Il avait dit qu’il voulait être enterré là s’il ne pouvait pas rentrer en France, indique Gilles Proulx. On y voit la dalle sur laquelle Hudson Lowe avait refusé qu’on inscrive le statut d’empereur de Napoléon. Les Français n’ont pas acquiescé et ils n’ont rien écrit du tout. »

Acquisition française

La France a fait l’acquisition de Longwood, de la vallée du Tombeau et du pavillon des Briars en 1858 et 1859, qui sont ainsi devenus les « domaines français de Sainte-Hélène ».

Touristiquement parlant, on peut se limiter à Napoléon. Si on est un amant de l’histoire, on en a plein les yeux.

Gilles Proulx, à propos de l’île Sainte-Hélène

La capitale, Jamestown, a toutefois son intérêt, même s’il ne s’agit que d’une petite ville. À l’heure actuelle, l’île en entier compte moins de 5000 habitants. « Jamestown, c’est une rue principale enclavée entre des rochers qui sont hauts à se casser le cou, les maisons sont toutes tassées les unes sur les autres. »

Après la mort de Napoléon, plusieurs curieux profitaient des longs voyages en bateau entre l’Europe et l’Asie, le long de l’Afrique, pour faire une escale à Sainte-Hélène. Toutefois, la construction du canal de Suez, imaginé notamment par le Français Ferdinand de Lesseps, a mis fin à ce trafic maritime en fournissant un lien plus direct avec l’Asie.

« L’île Sainte-Hélène a connu une célébrité à cause d’un Français et a connu un déclin à cause d’un autre Français », laisse tomber Gilles Proulx.