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En France, le facteur s'occupe des vieux

La factrice Aurore Raguet ne fait pas que... (PHOTO JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE, LA PRESSE)

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La factrice Aurore Raguet ne fait pas que livrer le courrier à Jacqueline Allaire, 73 ans. Elle prend aussi de ses nouvelles et lui fait la conversation dans le cadre du service «Veiller sur mes parents».

PHOTO JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE, LA PRESSE

(REVIN) La porte n'est pas fermée à clé. Après avoir cogné trois petits coups, Aurore entre dans l'appartement en criant: «Coucou!» Jacqueline l'attend dans le salon, bien assise dans son fauteuil.

C'est aujourd'hui, mercredi, jour de la visite hebdomadaire. Jacqueline Allaire, 73 ans, a un problème d'infection de peau. Aurore regarde le bobo et lui demande si ça va mieux, ce que ferait d'emblée n'importe quel médecin dans une consultation à domicile.

Sauf que voilà, Aurore Raguet n'est pas médecin, elle est factrice.

Il y a plus d'un an, maintenant, que la Poste française offre le service «Veiller sur mes parents». Pour la somme de 20 euros (30 $) par mois, le facteur peut désormais rendre visite aux personnes âgées qui se trouvent sur son parcours, à raison d'une fois par semaine, voire plus pour une dizaine d'euros supplémentaires.

Loin de se contenter de livrer le courrier, celui-ci tient désormais compagnie au «client» en prenant de ses nouvelles et en lui faisant la conversation. Quelques questions de base sont inscrites sur une fiche. Mais bien souvent, la «jasette» déborde sur les enfants, la politique, la vie en général.

La visite dure une quinzaine de minutes. Parfois plus. Quand l'affaire est conclue, le facteur envoie un texto à la famille pour lui faire son rapport. Dans certains cas, il peut aussi apporter des ordonnances de son client à la pharmacie, poster son courrier, même aller faire une course au coin de la rue pour ceux qui ont des problèmes de mobilité. Non négligeable: le service inclut aussi un système de téléavertisseur, qui permet au client de demander de l'aide en cas de problème.

Résidante de Revin, petite ville à la population vieillissante au passé industriel, située à quelques kilomètres de la frontière belge, Jacqueline Allaire, 73 ans, a été une des premières à faire appel au service. Elle ne le regrette pas. Diabétique et porteuse d'un stimulateur cardiaque, elle ne se sentait pas en sécurité toute seule à la maison, même si l'un de ses enfants vit dans la région. Elle a donc commandé le service. 

«Au moins, on sait que quelqu'un va passer. C'est rassurant. Pas seulement pour moi, mais aussi pour mes enfants.»

Depuis, Aurore Raguet vient la voir une fois par semaine, pour faire un brin de causette et voir si tout se passe bien. Cette nouvelle tâche rallonge un peu sa routine, certes. Mais elle semble s'en acquitter avec l'aisance d'une aidante naturelle.

«J'aime ce travail. Il y a un facteur humain. Je serais contente, moi, d'avoir quelqu'un plus tard pour m'offrir ce service, dit-elle, avant de remonter sur son reconnaissable vélo jaune. Mais ce ne sont pas tous les facteurs qui ont le même enthousiasme...»

S'adapter au XXIe siècle

À la Poste française, on ne s'en cache pas: ce nouveau service s'inscrit dans une stratégie de diversification, qui inclut aussi la livraison de légumes à domicile, l'examen pour le permis de conduire et bientôt le portage de repas à domicile.

Il faut savoir qu'à cause de l'internet, le courrier distribué en France a diminué de moitié entre 2008 et 2018. Une baisse de revenus qui force aujourd'hui la Poste à se redéfinir, de préférence en exploitant ses atouts: son capital de sympathie et sa prise directe sur le territoire.

C'est cette nécessité d'adaptation, combinée aux besoins d'une France vieillissante, qui a mené à la création de «Veiller sur mes parents».

Une évidence, peut-être, mais qui n'a pas empêché le service d'être fortement décrié lors de son lancement. Certains ont accusé la Poste de monnayer un service que les facteurs assuraient de toute façon, de manière informelle.

Le syndicat des postiers, lui, s'est inquiété de la surcharge de travail engendrée, ajoutant que les facteurs n'avaient pas été formés pour un travail de ce genre.

Il est vrai que ce nouveau mandat exige des talents de psychologue et d'assistant social que tous les facteurs ne possèdent pas. Mais le responsable du service, Eric Beaudrillard, tient à souligner qu'une formation auprès de gérontologues est offerte aux facteurs concernés.

Quant au fait de monnayer l'échange, la Poste y voit plutôt l'avantage que la rencontre soit régulière et programmée, plutôt que soumise au bon vouloir du facteur. «Ce n'est pas un service de courtoisie aléatoire», tranche Eric Beaudrillard.

Cinq mille, c'est moins que l'objectif fixé initialement par la Poste. Mais selon Eric Beaudrillard, c'est que le «service n'est pas encore entré dans les moeurs». Ce que l'entreprise tente de corriger, en faisant notamment sa promotion par des pubs à la télé.

Chose certaine, l'initiative n'est pas passée inaperçue. Outre les médias européens, qui ont abondamment parlé de ce nouveau service un peu inusité, les postes de plusieurs pays ont aussi manifesté leur intérêt, notamment en Angleterre, en Belgique, en Suisse, en Allemagne et même au Japon, où est offert un programme semblable.

Un jour le Canada?




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