C'est l'histoire d'un projet un peu fou, archi ludique, et parfaitement inutile. Pensez-y: en pleine morosité économique, deux Parisiens ont réussi à faire rire des milliers de concitoyens. Mieux: si vous regardez leurs oeuvres, un des événements web de l'heure en France, vous risquez de vous faire prendre au jeu vous aussi. Fou rire garanti!

Mis à jour le 14 sept. 2011
Silvia Galipeau LA PRESSE

C'était en 2009. En pleine crise économique. Les mauvaises nouvelles se succédaient, le chômage atteignait des sommets, bref, pas de quoi rigoler. Et puis, pourquoi pas rigoler un bon coup, après tout, et retrouver un petit peu de légèreté dans cette lourdeur ambiante omniprésente?

C'est précisément la question complètement décalée que se sont posé deux collègues, le photographe David Ken, et le directeur de création William Lafarge, tous deux associés dans une agence de communication.

«Vous connaissez les Français, explique en entrevue téléphonique à Paris William Lafarge. Quand tout va bien, déjà, ils sont ronchons et ils râlent tout le temps, alors imaginez en pleine crise économique. C'était pire que tout...»

L'idée des deux collègues, qu'on imagine d'entrée de jeu moins ronchons et râleurs que la moyenne: le «LOL Project», un projet qui ne pourrait mieux porter son nom. Ils se mettent en effet en tête de prendre un maximum de portraits de volontaires... en plein fou rire. En plein fou rire? Mais pour quoi faire? Pour faire du bien, tout simplement. «On s'est dit que ça ferait chaud au coeur de voir comme ça des portraits de gens pris par un fou rire. L'idée étant ensuite d'exposer tous ces gens morts de rire. C'était une belle occasion de faire plaisir, et de se faire plaisir.»

Faire plaisir d'une part, précise-t-il, parce que les gens qui se font prendre leur portrait en tirent un plaisir évident: ils éclatent de rire. Et se faire plaisir, d'autre part, car pour le spectateur, la vision d'un tel fou rire a un petit quelque chose de contagieux qui ne se dément pas. Essayez, pour voir, de regarder l'une ou l'autre des vidéos réalisées sur YouTube du «LOL Project», et vous verrez: impossible de ne pas être contaminé par la bonne humeur!

Concrètement, une fois le projet dessiné, il a fallu recruter des cobayes. «Nous avons utilisé Facebook comme espace de recrutement. Avant Facebook et les réseaux sociaux, jamais nous n'aurions pu créer un tel engouement!» Il faut dire qu'aujourd'hui, tout près de 45 000 personnes «aiment» le «Lol Project», un chiffre énorme pour un projet lancé sans publicité ni financement, sans intérêt mercantile quelconque.

Au total, 1800 portraits ont ainsi été réalisés (et 3800 personnes patientent sur une liste d'attente), pour la plupart à Paris, puis grâce à une tournée (baptisée du titre très français: le «Lol Project Tour»!), partout France. Cet été, une expo a même permis aux amateurs de voir l'intégrale de l'oeuvre, à Paris. Un partenariat réalisé avec les Pages jaunes verra en prime les clichés des gens des régions publiés sur les prochains numéros des bottins régionaux.

Fait cocasse: si tous les participants se sont prêtés au jeu avec plaisir, et un lâcher-prise essentiel (sur 1800 portraits réalisés, un seul n'a pas fonctionné!), des différences notables se sont dessinées entre les hommes et les femmes. D'abord: les femmes se sont montrées manifestement plus intéressées. «Nous avons 65% de femmes. Par rapport à l'intime, les femmes ont moins de barrières. Nous avons eu de tout, mais surtout des femmes de 22 à 55 ans. Les hommes, eux, se montrent toujours plus en contrôle. Certains viennent même avec en tête un défi: on va voir s'ils peuvent nous faire rire!»

William Lafarge demeure d'ailleurs discret sur le truc de son photographe. À la question: comment diable fait-il pour faire rire tout ce monde? N'est-il pas épuisé? Il répond seulement: «Il rencontre les gens 20 minutes, il établit une complicité, et cela joue pour faire émerger un fou rire. C'est sûr qu'il a développé des astuces, mais l'important, c'est que les gens passent un bon moment.» Nous n'en saurons donc pas plus...

Et après? Les créateurs du «LOL project» militent pour un partenariat avec la mairie de Paris. William Lafarge rêve de voir les photos placardées sur les bus, les quais des métros, pourquoi pas le Louvre, ou la tour Eiffel. «Notre objectif, c'est I LOL Paris. Après si ça ne marche pas, on pourrait aussi faire I LOL New York, ou pourquoi pas I LOL Montréal, et offrir à une autre ville 100 ou 1000 portraits de gens morts de rire!»

En effet, pourquoi pas I LOL Montréal?

Sur le web: www.lolproject.com