Il y a de plus en plus d'agriculteurs célibataires, essentiellement des hommes. Les jeunes quittent la campagne, et les filles qui restent ne sont pas nécessairement attirées par la vie à la ferme.

Mis à jour le 8 juin 2009
Stéphanie Bérubé LA PRESSE

Presque un agriculteur québécois sur cinq est célibataire. C'est deux fois plus qu'il y a 30 ans et c'est très inquiétant, déclare Frédéric Marcoux, président de la Fédération de la relève agricole du Québec, lui-même célibataire. Faudrait-il en venir à faire des séances de rencontres express pour aider les jeunes dans leur quête d'amour? Excellente idée, croit l'agriculteur, car la plupart des jeunes qui reprennent la ferme familiale sont plutôt introvertis - ce qui n'est apparemment pas son cas. «En plus, quand un producteur travaille 75 heures par semaine à la ferme, le samedi soir, il n'a pas nécessairement envie d'aller veiller dans un bar de la Grande-Allée, dit ce producteur laitier de la Beauce. En Europe, il y a une émission de téléréalité pour que les agriculteurs rencontrent l'âme soeur.»Un réseau de rencontres en ligne pour le milieu rural, agrirencontre.com, permet aussi aux célibataires québécois d'entrer en contact avec des amoureuses potentielles et déjà intéressées par la vie agricole. Ce qui est déjà une première étape difficile à franchir. Car l'image de l'agriculteur n'est pas au mieux par les temps qui courent, dit Frédéric Marcoux. Une jeune femme lui a d'ailleurs récemment demandé pourquoi il ne sentait pas la vache puisqu'il est producteur de lait. La rencontre n'a pas eu de suite. Les préjugés sont tenaces, dit-il.

«Les agriculteurs ont été ébranlés par les histoires d'environnement, on les tient coupables de tous les maux», explique Diane Parent, professeure à la faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval. La profession doit être revalorisée, même si, dans les médias, on l'idéalise beaucoup en présentant des productions de créneau ou du bio, dit-elle. Une jolie image bucolique, mais qui ne représente pas la réalité sur le plancher des vaches. «Disons que ça doit être plus facile de rencontrer quelqu'un pour un producteur de légumes que pour un producteur de porcs», explique Diane Parent, qui travaille à une recherche dont le sujet est l'isolement social de la relève en agriculture.

Dans un sondage réalisé pour cette recherche auprès des jeunes producteurs, plus de 95% des agriculteurs ont répondu que leur profession était un obstacle aux rencontres amoureuses. Et, selon des résultats préliminaires, les agriculteurs célibataires se sentent davantage isolés.