Les autorités soudanaises ont accusé des mannequins masculins, arrêtés après un premier défilé mixte, d'offense à la moralité publique pour avoir porté du maquillage ou des vêtements indécents, des crimes passible de coups de fouet, a dit l'un d'eux lundi à l'AFP.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Ils m'ont dit que j'étais accusé d'avoir porté du maquillage. Ils disent que les garçons ne peuvent pas porter du maquillage dans la rue. Je leur ai répondu que j'avais porté du maquillage sur la scène, mais pas dans la rue», a déclaré Rashad el-Nimeiry.

La police des moeurs avait arrêté dans la nuit de jeudi à vendredi dernier quelque 25 jeunes adultes à la sortie du premier défilé de mode mixte organisé à Khartoum, capitale soudanaise où est en vigueur la loi islamique (charia).

Les personnes ont été libérées vendredi. Dans plusieurs cas, les charges initiales ont été abandonnées. Six jeunes hommes avaient toutefois été convoqués dimanche à la cour du quartier populaire de Sajana, puis ont été transférés au siège de la police des moeurs à al-Mogran, près du centre-ville où ils sont été détenus jusque vers 02H00 lundi matin.

«Ils (la police) tentent de faire toute une histoire autour de ça, c'est très étrange», a ajouté M. el-Nimeiry, metteur en scène et mannequin de ce défilé où de jeunes hommes et femmes ont paradé devant devant parents et amis dans un club populaire de la capitale.

Les mannequins portaient les vêtements de boutiques soudanaises vendant les grandes marques occidentales comme Pierre Cardin ou Diesel, mais aussi des créations de designers locaux qui ont adapté à leur façon les habits traditionnels portés dans les mariages soudanais.

Certains mannequins ont été accusés dimanche d'avoir porté des vêtements «indécents» à l'instar de la «journaliste au pantalon» Loubna Ahmed al-Hussein arrêtée en juillet 2009.

L'article 152 du code pénal soudanais de 1991, imposé dans la foulée du coup d'Etat militaire du président Omar el-Béchir soutenu par les islamistes en juin 1989, prévoit une peine de 40 coups de fouet pour quiconque porte des vêtements «indécents».

Mme al-Hussein, dont le cas avait défrayé la chronique, avait été reconnue coupable d'avoir porté un pantalon «indécent» mais elle avait échappé aux coups de fouet.

Dans le cas d'au moins un des mannequins, l'article invoqué est le 153 qui condamne les personnes participant ou organisant la tenue dans une salle de spectacle de comportements contraires à la moralité publique. Les peines peuvent varier de 60 coups de fouets à trois ans de prison pour ce type de crimes, selon le code pénal.

«Ils nous ont dit aussi qu'ils ne veulent pas la mixité entre les hommes et les femmes. Je leur ai répondu que les loges des artistes étaient séparées - homme/femme. Les mannequins sont seulement apparus sur scène ensemble» a fait valoir M. el-Nimeiry, né au Soudan mais aujourd'hui détenteur d'un passeport américain.

La nouvelle de l'arrestation des jeunes adultes à la sortie du défilé de mode a été reprise dans plusieurs journaux soudanais. Les six jeunes mannequins masculins doivent comparaître à nouveau cette semaine.