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Bouger pour motiver les jeunes

Le sport et les activités parascolaires sont essentiels... (Photo David Boily, Archives La Presse)

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Le sport et les activités parascolaires sont essentiels pour éviter le décrochage.

Photo David Boily, Archives La Presse

Le cours de français s'étire, mais ça fait déjà un moment que l'élève n'écoute plus. Enfin, la cloche sonne et il saute de sa chaise pour se précipiter dans le couloir, vers son casier, vers ses vêtements de sport. C'est l'heure de son cours préféré, l'éducation physique.

« Bien des élèves trouvent dans ces disciplines [l'éducation physique et le sport] ce qu'ils ne trouvent pas ailleurs », note Sébastien Rojo, chargé de cours au département de psychoéducation de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et directeur général d'Ex Situ Expérience, un organisme qui offre des programmes d'intervention psychosociale par la nature et l'aventure.

Ce qu'ils trouvent, ça peut être un sentiment d'appartenance, de dépassement, de fierté.

« Un jeune qui ne trouve pas sa place dans sa classe, qui voit d'autres jeunes qui sont compétents et qui aiment ça ; un jeune pour qui apprendre, c'est un peu plus dur ; un jeune qui n'a pas été exposé à des modèles de lecture de 0 à 5 ans et pour qui la lecture n'est pas aussi naturelle que pour d'autres enfants : c'est sûr qu'un tel jeune a hâte de mettre ses souliers de sport et ses shorts et d'aller montrer aux autres qu'il est bon », déclare Éric Morissette, professeur de formation pratique à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.

Il souligne que lorsque quelqu'un est compétent dans quelque chose, il ressent du bien-être et cherche à reproduire cette sensation. Pour certains élèves, cette compétence se retrouve dans le mouvement, dans le sport. « Les pairs reconnaissent le talent d'un tel élève, il est populaire », rappelle-t-il.

Mal adaptée aux garçons

Sébastien Rojo croit que l'école n'est pas adaptée à la diversité des élèves. « On a des jeunes qui se retrouvent mal dans un contexte scolaire », déplore-t-il.

Selon lui, l'école, avec ses paramètres actuels, répond mal aux besoins de bien des garçons. Le taux de décrochage, constamment plus élevé du côté des garçons que du côté des filles, semble indiquer un malaise. En 2012-2013, il s'élevait chez les jeunes du secondaire à 21,9 % chez les garçons et à 13,9 % pour les filles.

« Les garçons, par leur génétique, sont un peu plus kinesthésiques, plus moteurs », explique Éric Morissette. Demeurer assis et écouter un prof pendant des heures, ce n'est pas facile. Même pour les adultes.

« Je donne beaucoup de conférences à des enseignants, raconte M. Morissette. Trois fois sur quatre, l'organisateur de la conférence me fait savoir que la capacité de concentration de ses enseignants est d'une heure. Ça m'a toujours surpris de voir qu'une conférence de deux heures va au-delà des capacités de ceux qui demandent à des enfants de rester assis cinq heures par jour. »

En outre, il estime que l'école est de plus en plus aseptisée. « Toute manifestation d'agressivité est associée à la violence, ce qui n'est pas un lien toujours direct », affirme-t-il.

Il soutient qu'il y a de la place pour l'agressivité dans le sport collectif. « Ça prend de l'agressivité pour s'affirmer auprès de l'adversaire, pour lui enlever la rondelle ou le ballon et marquer. »

Évidemment, en classe, cette agressivité devient un défaut. D'où l'importance de la canaliser à bon escient dans le sport.

Jeu libre limité

Mais voilà, « la logique de la gestion de risque », pour reprendre les termes de Sébastien Rojo, est de plus en plus présente à l'école.

« Les jeux de ballon ne sont plus autant valorisés et les jeux un peu plus rudes sont totalement proscrits, déplore M. Rojo. On est de plus en plus limités dans les activités physiques et, surtout, dans le jeu libre. »

« L'activité physique peut avoir des effets dans plusieurs domaines de développement : cognitif, physique, affectif et social, souligne Félix Berrigan, professeur à la faculté des sciences de l'activité physique à l'Université de Sherbrooke. Ces effets sont différents d'un jeune à l'autre, selon leurs caractéristiques individuelles, leur genre, leur âge, leur statut pondéral, leur condition physique ou leur histoire d'activités physiques. »

Bouger permet notamment de tisser des liens. Pour certains jeunes, c'est ce qui les maintient à l'école, affirme M. Berrigan.

Et selon plusieurs études, l'activité physique aurait un effet positif sur la concentration. « Ça peut mener à de meilleurs résultats scolaires, et donc faire en sorte, peut-être, que le jeune reste plus longtemps à l'école », avance M. Berrigan. Il note qu'il est difficile d'isoler les différents facteurs qui peuvent entrer en jeu. Est-ce que c'est le cours d'éducation physique lui-même qui a un effet positif ? Est-ce que c'est le prof ? Est-ce que c'est tout l'environnement scolaire ?

« Il n'y a pas de lien de cause à effet. Ça devient difficile d'avoir une réponse très claire, mais il y a beaucoup d'études qui pointent dans cette direction. »




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