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Le terrain de jeu de Beenox

À l'âge de 11 ans, Dominique Brown annonçait à sa mère qu'un jour, il aurait un studio de développement de jeux vidéo et qu'il ferait tout pour y arriver. Dix ans plus tard, il créait Beenox. Aujourd'hui, le jeune entrepreneur de 28 ans a de quoi se réjouir.

«C'est incroyable, c'est un plaisir chaque matin de rentrer au boulot, lance-t-il. Je pense que la clé de notre succès, c'est que, depuis le début, j'ai une vision claire : atteindre le développement de jeux sur consoles.»

Objectif qui sera atteint à Noël prochain lorsque Beenox sortira son premier jeu vidéo entièrement développé dans son studio à Québec.

«On fait vraiment toutes les plates-formes de jeu, les concepts, les story-boards, les animations, les personnages, les 3D (trois dimensions), tous les éléments qui composent un jeu vidéo», dit M. Brown sans vouloir dévoiler le titre du film, sur lequel s'appuiera le jeu, qui sortira simultanément.

Pour le président de Beenox, c'est l'aboutissement du virage entrepris depuis le passage du studio dans le giron du deuxième géant mondial du jeu vidéo, Activision, en mai 2005.

«On a eu énormément de succès avec des licences connues comme celle du Seigneur des anneaux: le retour du roi, la version Mac du film The Incredibles, ou encore Madagascar. Ça a permis à l'éditeur Activision d'étendre son marché» dit-il.

Le studio de Québec s'apprête d'ailleurs à sortir la version PC du jeu Spider-Man 3, le 4 mai prochain, en même temps que la sortie du film sur les écrans.

Dominique Brown n'a pas vendu son entreprise parce qu'elle allait mal.

«Quand on a été achetés, on allait atteindre les 3 millions de chiffre d'affaires avec de 35 à 40 % de profitabilité. On n'était vraiment pas à plaindre. Mais j'avais l'impression d'être étiqueté conversion de jeux vidéo, notre spécialité de départ. Activision nous a permis d'en sortir.»

L'acquisition s'est faite en douceur. «Activision achète des studios avec une philosophie orientée vers l'indépendance des studios et décentralisée au niveau de la responsabilité créative, dit-il. On reste maître de nos décisions et de notre avenir. Nous nous considérons encore comme une entreprise québécoise.»

Depuis son achat, l'entreprise est passée de 30 à 80 employés. Et Dominique Brown se prépare à prendre de l'expansion dans les 24 prochains mois. Une expansion «énorme» dans la ville de Québec, dont il donnera officiellement les détails le 1er mai prochain.

«On veut rajouter des équipes de développement à l'entreprise et par le fait même, créer des emplois», se borne-t-il à dire.

Québec pour toujours

Sa plus grande fierté est d'avoir réussi à créer un studio d'envergure internationale à Québec et surtout d'y trouver sa main-d'oeuvre.

Pourquoi a-t-il décidé de rester à Québec? «Je suis en amour par-dessus la tête avec la ville de Québec, répond-il sans hésiter. J'ai toujours voulu travailler et vivre ici. Même si je suis VP chez Activision, je gère mes choses de Québec. Je vais à Los Angeles seulement à l'occasion.»

Les 80 employés de Beenox, dont la moyenne d'âge ne dépasse pas les 28 ans, sont majoritairement originaires de la Capitale nationale. Selon Dominique Brown, la croissance économique de la ville passe par l'industrie des jeux vidéo.

«L'industrie du jeu vidéo est un super bon véhicule, ça conserve les jeunes à Québec.»

Autre petite revanche sur le destin, l'entreprise a même réussi à déloger beaucoup d'anciens résidants de Québec qui avaient déménagé à Montréal.

«C'est très facile de les convaincre, car généralement ils avaient dû quitter Québec, faute d'emplois», dit le fondateur de Beenox.

Et pour pallier le manque de main-d'oeuvre, l'entreprise a créée ses propres programmes de formation.

«La concurrence avec Montréal nous a laissés dans une situation précaire, explique M. Brown. On voulait prendre de l'expansion, se développer, mais on avait de la misère à trouver de la main-d'oeuvre.»

Beenox forme des étudiants qui deviendront ensuite des programmeurs spécialisés en jeux vidéo au sein du studio. «Ça nous a permis de baisser beaucoup nos critères à l'embauche et d'élargir notre bassin de main-d'oeuvre potentielle», souligne-t-il.

L'entreprise s'est aussi tournée du côté des cégeps de la région pour les aider à monter une année de spécialisation en programmation de jeux vidéo. Une façon de boucler la boucle, estime Dominique Brown, qui rappelle ironiquement ses études interrompues au cégep de Sainte-Foy, faute de programme adéquat.

«Des années plus tard, je reviens au cégep. Si j'avais eu un programme comme ça à l'époque, j'aurais capoté», s'exclame-t-il.

Au-delà des clichés

Afin de faire connaître la profession auprès des jeunes, Beenox participe au site internet Ma carrière en jeux. Il s'agit d'expliquer les métiers de l'industrie des jeux vidéo.

«La majorité des gens pensent que notre travail consiste à jouer à des jeux toute la journée, dit M. Brown. C'est comme si on demandait à quelqu'un qui fabrique des baignoires s'il passe son temps à prendre des bains au boulot!»

Le jeune entrepreneur considère d'ailleurs qu'il faut cibler les parents autant que les enfants.

«Ils font tout pour mettre des bâtons dans les roues de leurs enfants qui veulent s'en aller dans l'industrie des jeux vidéo, dit-il. Ils ont l'impression que ce n'est pas une vraie carrière. Pourtant, c'est une carrière fantastique qui est en croissance, qui offre énormément de possibilités et d'excellentes échelles salariales, et où contrairement à ce que l'on pourrait penser, le monde travaille.»

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