Un site japonais permet de dénoncer le harcèlement

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Les images qui accueillent les visiteurs de Sorehara, un site japonais où on peut dénoncer anonymement le harcèlement et évacuer d'autres insatisfactions, sont attachantes.

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Nicola Shannon
Agence France-Presse
TOKYO

Un chat illustré et vêtu de la robe pourpre d'un juge agite un minuscule marteau tout en réconfortant un autre chat qui pleure après avoir été maltraité : les images qui accueillent les visiteurs de Sorehara, un site japonais où on peut dénoncer anonymement le harcèlement et évacuer d'autres insatisfactions, sont attachantes.

« Vous n'avez pas à souffrir seul, demandez l'aide du chat qui cherche la justice », peut-on y lire.

Sorehara, une abréviation de « C'est du harcèlement » en japonais, a été conçu par un étudiant de 21 ans. Comme plusieurs applications et sites web nés du mouvement #moiaussi, il est destiné à aider les victimes d'abus à riposter en toute sécurité à leurs bourreaux.

Il permet aux utilisateurs d'envoyer des plaintes anonymes par courrier électronique, sans enregistrer la moindre information personnelle, et gagne en popularité au Japon, en dépit de certaines inquiétudes sur le potentiel de son utilisation abusive.

Le harcèlement au travail attire de plus en plus l'attention alors que le mouvement #moiaussi s'enracine lentement au Japon. Les allégations de harcèlement sexuel ont récemment détrôné de hauts fonctionnaires, des vedettes de la pop et des professeurs.

Mais le site ne se concentre pas uniquement sur les comportements sexuels inappropriés. Sorehara bouscule la société japonaise en permettant aux utilisateurs d'exprimer électroniquement leur désapprobation à ceux qui les offensent de toutes sortes de façons, y compris parce qu'ils ont mangé trop d'ail, qu'ils portent un parfum déplaisant ou qu'ils empestent la fumée de cigarette.

Selon Tatsuki Yoshida, le jeune de 21 ans qui a développé Sorehara et fondé son entreprise en démarrage Quaerere l'année dernière, l'anonymat est essentiel pour que les utilisateurs se sentent en sécurité.

« Au Japon, les entreprises n'aiment pas gérer les problèmes de harcèlement : les personnes qui osent dénoncer un harcèlement sont généralement transférées dans un département différent ou reçoivent une augmentation de salaire, ou sont licenciées », a-t-il récemment déclaré à l'Associated Press lors d'une entrevue à Fujisawa, au sud-ouest de Tokyo.

Un comportement inapproprié et des avances sexuelles non désirées, aussi répugnantes et dangereuses qu'elles puissent l'être, ne sont qu'une dimension d'un univers de plaintes que les gens pourraient avoir à propos de leurs collègues.

Ainsi, Sorehara offre aux utilisateurs diverses options, y compris le « harcèlement par le pouvoir », l'intimidation, le harcèlement à l'alcool, le harcèlement sexuel et même le « harcèlement par les odeurs ».

Ensuite, l'utilisateur choisit le niveau de gravité, allant du simple ennui à une menace d'action en justice. Il fournit le courriel, le nom ou un surnom de la personne accusée de mauvaise conduite, mais pas son propre courriel ou nom. Le site de langue japonaise offre la possibilité de retarder l'envoi du message jusqu'à deux mois, afin de réduire la possibilité que l'accusateur soit identifié.

Les destinataires reçoivent un courriel les informant poliment de la plainte de harcèlement, leur demandant s'ils la reconnaissent et leur donnant un choix de réponses telles que : « Je réfléchirai à mon comportement » ou « Je n'ai rien fait de mal ».

Une version anglaise a été publiée récemment et une version en coréen est en préparation.

L'ère #moiaussi a inspiré les entreprises, les écoles et les groupes de soutien à concevoir toutes sortes d'applications et d'autres formes de soutien en ligne pour les victimes de harcèlement sexuel et d'autres abus.

Certains - comme Protibadi au Bangladesh, HarassMap en Égypte et bSafe - utilisent la cartographie et la technologie GPS pour aider les gens à identifiant les endroits potentiellement dangereux ou pour informer les amis d'un utilisateur si la personne semble être en difficulté. Les assistants virtuels alimentés par l'intelligence artificielle - comme Spot, développé en Californie - automatisent les rapports de harcèlement. D'autres se concentrent sur le soutien et le conseil aux victimes. Rares sont ceux qui combinent anonymat et plaintes directes en ligne comme le fait Sorehara.

Certains s'inquiètent que cet anonymat puisse entraîner des abus parce que les affirmations ne peuvent être vérifiées, et parce que plusieurs Japonais ont tendance à considérer des problèmes aussi simples que l'odeur corporelle comme de graves transgressions sociales.

« Il y a une possibilité que la personne que vous accusez de harcèlement ne soit pas vraiment harcelante », a déclaré Yoko Iwasaki de Cuore C Cub, une société de conseil en gestion d'entreprise à Tokyo qui se concentre sur le harcèlement et la diversité.

« Cette personne qui reçoit ce courriel de Sorehara peut se sentir très bizarre et attaquée. Envoyer ce genre de message peut aussi être du harcèlement », a-t-elle dit.

Mais Hiroaki Morio, un professeur à l'Université de Kansaï, croit qu'on ne doit pas prendre ce site web trop au sérieux.

« Ils essayent de rendre le harcèlement plus facile à gérer », a-t-il expliqué.

Bien que le harcèlement sexuel soit de plus en plus reconnu, la mentalité japonaise n'a pas beaucoup évolué. Comme la plupart des gens se sentent encore incapables de parler, des sites anonymes comme Sorehara peuvent aider, dit Mayumi Haruno, qui est devenue la première femme japonaise à intenter des poursuites pour harcèlement sexuel au travail après avoir été forcée de quitter son emploi dans les années 80.

Elle a gagné 1,65 million de yens (15 000 $ US) en dommages-intérêts dans une poursuite qu'elle a déposée en 1989.

Les médias sociaux qui permettent l'anonymat, comme Line, Twitter et Mixi, sont populaires au Japon et en Corée du Sud, où Blind, une application anonyme destinée aux employés, a lancé un babillard électronique  moiaussi au début de l'année.

« Je pense que les gens ont encore peur de rendre les choses publiques parce qu'ils craignent le contrecoup, a expliqué Kyum Kim, le cofondateur de TeamBlind, qui a lancé l'application Blind en 2013 et qui possède des bureaux à San Francisco, Séoul et Tokyo. Je pense que c'est la culture actuelle au Japon et en Corée. »

Sorehara dit qu'il envoie environ 50 plaintes par jour. La plupart des personnes qui les reçoivent les acceptent ou au moins les reconnaissent, ce qui permet de conclure que la plupart des allégations sont bien fondées, a dit M. Yoshida.

Il explique que Sorehara vise davantage à ouvrir les voies de communication et à sensibiliser qu'à fournir un moyen officiel de signaler ou de résoudre les cas de harcèlement. M. Yoshida dit que les normes sociales acceptables diffèrent d'un individu et d'un endroit à un autre, alors il souhaite que Sorehara aide les gens à s'éduquer les uns les autres.

Plusieurs entreprises, dont une qui compte environ 200 employés, travaillent avec Sorehara pour utiliser le service à l'interne, et M. Yoshida dit qu'il collabore également avec des services de conseil.

« Je ne pense pas que les entreprises changent vraiment à l'interne, a-t-il dit. Mais elles ont peur pour leur image, alors au moins elles font plus attention. »




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