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Sur Youtube, les «armes de propagande» virales de la Russie

Esthétique de jeu vidéo, slogans vantant le patriotisme russe et les diatribes... (Saisie d'écran)

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Anaïs LLOBET
Agence France-Presse
MOSCOU

Esthétique de jeu vidéo, slogans vantant le patriotisme russe et les diatribes anti-américaines: les vidéos d'«Okeyamnet», qui se présente comme un simple internaute, font un tabac en Russie, mais derrière ce compte YouTube se cache une agence de communications engagée par des structures proches du Kremlin.

Dernier succès en date: la vidéo intitulée «Je suis un occupant russe», qui essaie de décomplexer les Russes sur leur passé impérialiste, a accumulé plus de 5,5 millions de visionnages en deux semaines.

«Oui, je suis un occupant et j'en ai assez de présenter mes excuses», lance une voix grave alors que défilent à l'écran les cartes de l'Ukraine, des pays baltes et d'Asie centrale, qui ont fait partie de l'URSS jusqu'en 1991.

Après avoir vanté les mérites de la présence soviétique pour ces régions, le clip tance la «liberté hypocrite» et les «valeurs occidentales» en montrant la une de Charlie Hebdo ou des images de fierté gaie. Puis finit sur un avertissement: «Je vous le dis pour la dernière fois: ne me cherchez pas des ennuis! J'aime la paix, mais je fais la guerre mieux que quiconque».

Sous-titrée en plusieurs langues, la vidéo a suscité la curiosité au-delà des frontières de la Russie et a été reprise à haut niveau: le vice-premier ministre russe Dmitri Rogozine, connu pour ses diatribes contre l'Occident, l'a diffusée sur Twitter, se présentant lui-même comme «un occupant russe».

Les autres vidéos du compte utilisent la même recette -graphisme en 3D et phrases-chocs- avec une thèse récurrente: la volonté des États-Unis de déclencher une guerre d'ampleur pour doper leur économie.

Déclin moral de l'Occident, complot américain derrière le conflit en Ukraine: ces idées sont reprises fréquemment par les médias officiels et la presse populaire russe depuis l'éclatement de la crise ukrainienne.

Autant de clics que les chats

Sur YouTube, Okeyamnet se présente comme Evguéni Jourov. Et bien que le compte soit sous-titré «Propagande russe», il précise que ses vidéos n'ont «aucune relation» avec le Kremlin ou le FSB, le service de renseignement héritier du KGB.

Contacté par l'AFP, M. Jourov se présente comme un graphiste russe de 29 ans habitant à Novossibirsk et explique par courrier électronique: «Avant Maïdan, je m'en fichais de la politique en Russie! Mais maintenant, j'ai besoin de comprendre, et d'expliquer, ce que signifient les ''révolutions de couleur''», telle la Révolution orange pro-occidentale de 2004 en Ukraine.

Il relativise aussi les remous que suscitent ses vidéos, sous-titrées en plusieurs langues et citées jusque dans les colonnes du New York Times. «C'est vrai que tout ce succès, ça fait plaisir, mais vous savez je fais autant de clics que certaines vidéos de chats».

Mais loin de cette version d'un créateur autodidacte, quelques recherches permettent de remonter à une agence de communication:  My Duck's Vision, qui se présente comme un spécialiste des vidéos «virales», destinées à être partagées en masse par les réseaux sociaux.

«Nous nous efforçons d'être à l'origine le plus discrètement possible d'histoires retentissantes», indique la société sur son site internet, dont le compte YouTube présente des vidéos effectivement très ressemblantes de celles d'Okeyamnet.

«Arme de propagande»

Contactée par l'AFP, l'agence ne cache pas avoir conçu les vidéos d'Evguéni Jourov, qui se trouve être une fausse identité, et se montre fière du parcours de «Je suis un occupant russe». «Cela fait plus de cinq ans que nous faisons de la propagande russe sur YouTube, mais celle-ci est l'un de nos succès majeurs», reconnaît son directeur artistique, Iouri Degtiarev.

Cette vidéo, confie M. Degtiarev, a été commandée «par des organismes proches du parti au pouvoir». «Ah, c'est sûr, ça casse le mythe du jeune patriote prêt à tout pour la Russie», s'amuse-t-il.

Le pouvoir russe, qui a eu recours ces dernières années à de grandes agences de communications classiques pour défendre ses prises de position aux États-Unis ou en Europe, s'intéresse aussi à internet dans le cadre des méthodes nouvelles de «guerre hybride».

Selon la presse russe, il emploie des internautes chargés de commenter les articles des journaux ou de réagir sur les réseaux sociaux, comme à Saint-Pétersbourg où le journal Novaïa Gazeta a identifié une «usine à trolls» (créateurs de controverse) et recensé plus de 360 de ces personnes oeuvrant sur le net pour défendre le Kremlin.

Concernant ses vidéos, My Duck's Vision ne fait pas de mystère. «C'est la nouvelle arme de la propagande russe. Et ça marche toujours mieux quand la propagande semble spontanée et non pas réalisée sur commande», assure M. Degtiarev.




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