Pas besoin d'embaucher un détective pour suivre des gens pas à pas. L'engouement que suscitent les applications de géolocalisation sur les téléphones intelligents pousse les utilisateurs à diffuser beaucoup de renseignements à leur sujet. Beaucoup trop?

Judith Lachapelle LA PRESSE

Depuis quelques mois, les applications comme FourSquare ou Gowalla permettent à leurs utilisateurs d'indiquer rapidement et facilement à leur réseau d'amis («amis» étant un concept assez vague) à quel endroit ils se trouvent. Plus besoin de téléphoner pour demander le classique: «T'es où?» La géolocalisation dit tout: le frérot mange au resto, le copain est encore au boulot, maman est coincée dans la circulation... Et ainsi de suite.

L'application permet aussi d'afficher non seulement les bons restos dans un rayon rapproché, mais aussi les commentaires et l'identité des utilisateurs qui les fréquentent. Une option notamment fort utile en voyage.

Le tout est enrobé d'un aspect ludique et compétitif qui permet de gagner des points lorsque, par exemple, on fréquente souvent le même endroit.

«C'est le plus intime de tous les réseaux sociaux, dit l'un de ses adeptes, Stéphane Bousquet. Il permet de partager ce qu'on a de précieux dans la vie privée, soit où on se trouve.»

Allo, les voleurs!

Stéphane Bousquet s'est intéressé à FourSquare au cours de l'hiver. Il s'est mis à annoncer qu'il était à la garderie de ses enfants, qu'il se trouvait à la gare ou qu'il allait manger à tel resto. FourSquare étant lié à son compte Twitter, ses 500 abonnés ont tous reçu en même temps des nouvelles de ses déplacements.

Puis, trois semaines plus tard, il est tombé sur le site PleaseRobMe (SVP, cambriolez-moi). En consultant les annonces FourSquare publiées sur Twitter, les auteurs du site indiquait publiquement que tel internaute était hors de chez lui à tel moment. Une aubaine pour les voleurs... (PleaseRobMe, qui visait justement à démontrer les dangers du partage de renseignements personnels, a depuis cessé ses activités.)

Selon Pierre Trudel, de la faculté de droit de l'Université de Montréal, les usagers ont en effet de la difficulté «à bien évaluer les risques liés à ces technologies». «Dans la conception européenne, l'État devrait intervenir pour empêcher leur usage compte tenu des risques. L'autre approche, qui a plus de sens à mon avis, est d'investir davantage pour aider les gens à mieux connaître le fonctionnement de ces outils et les possibles perversions qui pourraient les affecter. C'est un grand défi.»

Outil utile pour vie de fou

Ébranlé par la démonstration, Stéphane Bousquet a diminué le nombre d'annonces de ses déplacements sur Twitter et réduit le cercle de ses abonnés FourSquare à sa famille et ses amis proches. N'empêche: mercredi matin, par exemple, il a annoncé à ses 500 abonnés Twitter qu'il se trouvait à la gare avant de se rendre à une conférence, rue Mansfield, au centre-ville...

Mais maintenant, se défend-il, il le fait en toute connaissance de cause. «C'est vrai que si on utilise cet outil de façon très nonchalante, on s'expose au danger», dit-il, en précisant que s'il était une personnalité connue ou controversée, il ne s'exposerait pas autant.

«Mais FourSquare est un outil à l'image de notre époque. On a une vie de fou. Des enfants, des carrières, des études, des amis... Rester connecté a une grande valeur. Ces outils, pour moi, c'est une occasion de créer des rencontres.»