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Faut-il avoir peur de Google?

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Gilles Caporossi
La Presse

La création d'importantes bases de données est toujours susceptible de nuire à la liberté individuelle, et nous mettons généralement en oeuvre des mécanismes pour en limiter les risques.

Google est-il dangereux avec ses milliards de pages web indexées et analysées par des centaines de milliers d'ordinateurs? Que nous réserve le futur?

Si vous effectuez une recherche sur Google, il vous faudra une fraction de seconde pour obtenir l'information recherchée.

Pendant ce court laps de temps, votre requête est traitée par l'algorithme PageRank, une méthode particulièrement efficace de recherche qui ne se contente pas d'énumérer les pages correspondant aux quelques mots-clés indiqués, mais qui va aussi les trier selon l'importance du site d'où elles proviennent.

Ainsi, selon cet algorithme propre à Google, la position des pages dépend de leur cote, évaluée de manière très pragmatique par le nombre de pages qui y font référence, mais aussi par la cote de ces dernières.

Ceux qui étaient familiers avec l'internet avant l'ère Google se souviendront de la difficulté de faire une recherche alors que les moteurs nous donnaient de manière désorganisée une liste de pages web plus ou moins pertinentes.

Nul n'est surpris de constater que l'utilisation de PageRank a pour ainsi dire rendu Google incontournable.

L'apparence sobre de Google ajoute à son succès en mettant l'utilisateur en confiance. De fait, Google draine maintenant la très grande majorité des requêtes formulées sur les moteurs de recherche.

Intelligence d'affaires

Google est une entreprise cotée en Bourse qui doit générer des profits et qui, dans sa logique, met tout en oeuvre pour y parvenir.

Son champ d'expertise étant l'analyse massive d'informations (data mining), nous ne sommes pas surpris de constater qu'elle utilise au mieux la puissance croissante des ordinateurs.

La croissance exemplaire de son titre en Bourse nous indique que Google, qui propose la très grande majorité de ses produits gratuitement au grand public, possède des atouts.

Ce succès est dû sinon à l'intelligence artificielle, du moins à l'intelligence d'affaires ou au data mining, domaine de compétence de Google. C'est justement grâce à l'exploitation très pointue de l'information dont elle dispose que l'entreprise peut attirer des publicitaires en grand nombre, source croissante de ses revenus.

Une atteinte à la vie privée?

Il y a seulement quelques années, on se rassurait au sujet de la sécurité et de la préservation de la vie privée sur l'internet en se disant que des milliards de messages y circulaient et que personne n'était en mesure de complètement scruter cette gigantesque masse d'informations.

La performance de Google prouve désormais le contraire. Alors, qu'en est-il de notre vie privée? Doit-on faire confiance à Google?

Il est vrai que la philosophie de ses créateurs est rassurante, et nous devons sans doute nous réjouir que l'invention du PageRank n'ait pas été le fait d'une entreprise moins scrupuleuse.

L'ordinateur espion

Quelle que soit notre vision de l'intelligence artificielle, il nous faut admettre que Google a franchi une nouvelle étape très bien illustrée par la controverse autour de son service de messagerie gmail, controverse associée à l'analyse automatique du contenu des messages électroniques afin d'y insérer des publicités ciblées.

Cette controverse nous expose à une problématique nouvelle: est-ce que l'analyse du contenu d'un message par un ordinateur pour y insérer de la publicité doit être considérée comme une atteinte à la vie privée, alors que personne n'a pris connaissance du contenu du message (à part la machine)?

Autre exemple troublant lié à cette capacité de tout voir ce qui se passe sur le Net: à la suite d'une ordonnance de la justice américaine, Google a dû fournir une importante liste de sites web au gouvernement pour lutter contre la pédophilie, ce que Google avait toujours refusé de faire afin de préserver des informations confidentielles et des secrets commerciaux.

La question se pose à savoir quelle cause justifie de tels comportements et où se situe la limite de l'acceptable. S'il existe un consensus social pour certaines causes, sans doute peut-on voir dans ce cas l'amorce d'une dérive possible, l'infâme Big Brother.

Comment doit-on alors protéger notre vie privée et notre activité sur l'internet? Doit-on rendre les moteurs de recherche amnésiques (et accepter de voir leur performance réduite) ou bien mettre en oeuvre un mécanisme particulier?

Encore une fois, comme c'est souvent le cas avec les nouvelles technologies, nous pouvons sans doute appliquer le diction: «Ce n'est pas parce qu'on peut le faire que c'est une bonne idée de le faire.»

L'auteur est professeur adjoint au service de l'enseignement des méthodes quantitatives de gestion.

Sur le web:

https://www.hec.ca/profs/gilles.caporossi.html




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