Source ID:; App Source:

Stupidshow.com: on joue à «sonne-décriss»

Fini l'époque où, une fois la journée d'école terminée, il fallait attendre patiemment l'heure de notre émission préférée. De nos jours, une foule de vidéos, tous plus loufoques les uns que les autres, sont visibles sur Internet. Certains sont professionnels, comme les Têtes à Claques. D'autres plus improvisés, comme Le Stupid Show. Le stupid quoi ? Demandez à vos enfants : une série de sketchs débiles, créés par et pour les jeunes. À lui seul, le site incarne le changement profond qui s'opère ces jours-ci dans le monde de la consommation des médias.

Connaissez-vous l'histoire du jeune qui s'est amusé à jouer à «sonne-décriss» (un jeu qui consiste à sonner à toutes les portes de la rue pour s'enfuir en courant) ? Ou de celui qui s'est déguisé en gorille pour s'introduire dans les cuisines d'un Burger King ? Vous, non, mais vos enfants, sûrement.

Et parions qu'ils trouvent ça drôle, très drôle même. Parce que tout le monde rêve un jour ou l'autre de faire ce genre de niaiseries. Mais peu osent. La gang du Stupid Show (lestupidshow.com), oui. D'où le succès.

«On fait beaucoup de conneries que les gens aimeraient faire. Et c'est nous qui mangeons la m... pour eux!» résume Jitan Forcier, webmestre, scénariste, acteur et fondateur du groupe.

Depuis à peine plus d'un an, la joyeuse bande, composée de Jitan Forcier, Michaël Larouche, David Hénaire, Sébastien Cloutier et Simon Demers, tous âgés de 17 ans et originaires de Sainte-Julie et Saint-Bruno, s'amuse à faire des mauvais coups du genre et à se filmer en prime.

Au départ, ils pensaient faire un DVD de leurs conneries pour leurs amis. Faute de matériel, ils ont ouvert un site et y ont mis quelques sketchs rigolos. Le succès a été fulgurant : d'une centaine de visiteurs par jour l'an dernier, ils reçoivent désormais plus de 4000 personnes quotidiennement, 6000 les fins de semaine.

Sur le site, non seulement on peut visionner leurs sketchs débiles, mais on peut lancer des défis à la bande. Pas n'importe lesquels, toutefois : «Veuillez noter que les défis proposés ne doivent pas nécessiter un budget plus haut que 10 $ (à moins que vous ne soyez prêts à fournir la différence) et ne doit contenir aucune nudité ni de gestes trop dangereux. Gardez aussi en tête qu'on fait des trucs stupides, et non des Jackass», prennent-ils la peine de préciser.

Jitan Forcier était invité la semaine dernière à une journée organisée par le magazine Infopresse portant sur les jeunes de 15-25 ans, dits de la «génération participation». Loin de se formaliser de jouer ainsi le«jeune de service», le jeune homme à la tête rasée semblait plutôt ravi de toute cette pub. «Je suis seul dans ma gang à penser qu'on va un jour faire de l'argent avec ça», a-t-il glissé, en marge de la conférence.

Mais pour les publicitaires, les niaiseries de fin de semaine de la bande de Jitan ne sont pas à prendre à la légère. Bien au contraire. Car elles incarnent une tendance de fond : les jeunes ne sont plus rivés devant leur écran de télévision comme jadis. Ils font plus que simplement absorber. Désormais, ils contournent les médias traditionnels. Ils créent leur propre contenu. Le tout en interagissant avec leurs spectateurs. Exactement comme Jitan et son Stupid Show.

«C'est fort inquiétant pour les diffuseurs. Les jeunes passent à côté des réseaux traditionnels», a aussi commenté Patrick Élie, directeur de Musique Plus Interactif.

Musique Plus, pour ne pas rater le tournant, s'est engagé depuis maintenant un an dans cette direction plus «participative». On se rappellera que, l'an dernier, plus de 2000 auditeurs ont ainsi réalisé leur propre clip de Jean Leloup dans le cadre d'une campagne baptisée Réanimons Leloup. Tout récemment, les auditeurs étaient invités à créer leur propre clip de Pierre Lapointe. Plus de 1200 vidéos ont été réalisées, et le tout a été diffusé la semaine dernière.

La semaine dernière toujours, Musique Plus a ressuscité son fameux guichet Vox Pop d'antan, en ligne cette fois. «Parce que c'est notre façon à nous d'aller chercher des commentaires et des suggestions», a résumé Patrick Élie.

Il faut dire que les 15-25 ans d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec ceux des générations précédentes, est aussi venu rappeler Max Valiquette, président de Youthography. Son agence, établie à Toronto, se spécialise dans l'analyse de tendances chez les jeunes. Elle sonde pas moins de 1200 jeunes par semaine.

Conclusions ? Les jeunes ont de moins en moins de frères et soeurs, «d'où l'importance des amis». Plus de la moitié des mères (60 %) travaillent, «laissant plus de temps libre que jamais aux jeunes», et ce, pendant de nombreuses années puisque ces derniers restent de plus en plus longtemps à la maison (67 % des jeunes célibataires de 20-24 ans vivent toujours sous le toit familial). Que font-ils de tout ce temps libre? Beaucoup vont sur Internet. «Quatre-vingt-cinq pour cent des jeunes sondés ont une page sur My Space» a fait valoir le sondeur torontois.

Par ailleurs, les jeunes ont une «vie préadulte» prolongée : les enfants entrent plus tôt à l'école (souvent dès 4 ans, en prématernelle), les jeunes filles ont leurs règles à un âge précoce (vers 10-11 ans), les jeunes fument leur première cigarette dès 13 ans et ont leurs premières relations sexuelles dès 16 ans. Inversement, ils entrent plus tard dans la vie adulte : l'âge du premier mariage est désormais de 29 ans, et celui du premier enfant, de 29 ans également.

«Les jeunes de 15 ans, d'un côté, et ceux de 25 ans de l'autre n'ont jamais eu autant de choses en commun.» Des exemples? Ils sont tous nés dans un monde où l'information est globale, gratuite et, surtout, à la portée de la main, au moment même où ils la cherchent. Ils ont vu la technologie évoluer à une vitesse fulgurante et savent s'y adapter mieux que quiconque. Enfin, ils veulent tous avoir leur mot à dire. Ils veulent regarder ce qu'ils veulent, où ils veulent et, surtout, quand ils le veulent. Que ce soit sur My Space, YouTube, Wikipédia ou leurs blogues personnels. «C'est eux qui créent la culture, qui lancent les modes que tout le monde va copier», conclut Max Valiquette. Exactement comme Jitan et son Stupid Show.

La voix du jeune consommateur

La publicité de Doritos diffusée hier pendant le SuperBowl n'a pas été conçue par une agence à prix d'or. Tout le contraire. Frito Lay, fabricant de Doritos, a lancé un concours il y a quelques mois (www.crashthesuperbowl.com), invitant les amateurs à concevoir leurs propres spots, le meilleur raflant l'honneur d'être diffusée pendant l'événement publicitaire de l'année.

- Les amateurs de Lego peuvent désormais confectionner et même commercialiser leurs propres jouets. Le fabricant suédois a en effet lancé le Lego Factory (www.legofactory.com), invitant les amateurs à concevoir de nouveaux jouets. Ceux-ci sont non seulement fabriqués et vendus, mais 5 % des recettes sont versées aux inventeurs en herbe.

- La marque Coke a invité dernièrement quelques designers montréalais à exprimer le slogan «le monde est petit» sur des t-shirts.

- Dans un restaurant de Melbourne, la carte ne mentionne pas de prix. Ce sont les clients qui paient le montant qu'ils jugent juste, selon leur appréciation du repas.

- Selon la même philosophie, dans un restaurant de Salt Lake City, les portions sont conçues en fonction du montant que les consommateurs sont prêts à payer.

- Un site Internet (www.demandeurs.net) réunit toutes les demandes formulées par les consommateurs aux fabricants de ce monde (un enregistreur de rêves, des pneus de vélos increvables, etc.)

Sources : Thierry Maillet, auteur français de Génération Participation, et Mathieu Roy, directeur de groupe chez Cossette.

Sur le Web:

- lestupidshow.com




la boite: 4391933:box; tpl: 300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer