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Des fans pas si virtuels

Marc Allard
Le Soleil

Depuis quelques mois, c'est une salutation obligée en Europe. Qu'elles jouent en Allemagne, au Luxembourg ou en France, les filles de DobaCaracol doivent crier : «Y'a-t-il des gens de MySpace ici ?»

Sur le Vieux Continent, environ 20 % des gens qui assistent aux spectacles des Doba sont là grâce au populaire site de réseautage social, estime René Leblanc, le gérant du groupe. «On demande aux artistes de leur souhaiter la bienvenue, et il y a toujours une réaction. Y'en a même qui arrivent avec des bannières. À la table de dédicaces, on en rencontre toujours», détaille-t-il.

Étonnant ? Pas tant que ça. MySpace.com compte maintenant 130 millions d'utilisateurs enregistrés et prévoit que d'ici le milieu de l'année prochaine, le cap des 200 millions sera franchi. Tous possèdent leur page personnelle et peuvent y insérer des photos, de la musique et des vidéos. Mais surtout établir une liste «d'amis» qui permet aux visiteurs de naviguer d'une page à l'autre selon leurs affinités.

Court-circuit

Pour les artistes, c'est une occasion de se faire connaître en court-circuitant les canaux traditionnels de diffusion. Avec MySpace, plus besoin d'avoir le soutien d'une grosse boîte, d'être diffusé par la radio et la télé. «Tu crées une communauté autour de toi, de tes chansons et des spectacles, explique René Leblanc. C'est comme créer des relations personnelles, mais avec l'effet domino en plus parce que chaque personne a aussi sa communauté d'amis.»

«Aujourd'hui, tous les bands sont sur MySpace», confirme Hugues Sweeney, chef des émissions de Bandeapart.fm, le site Web de Radio-Canada dédié aux musiques émergentes. Même des grandes vedettes comme Madonna et REM y diffusent des morceaux exclusifs. D'ailleurs, pour évaluer la popularité d'éventuelles recrues, certaines compagnies de disques vont jusqu'à compter le nombre de fans virtuels qu'un artiste possède.

Est-ce là l'avenir des industries culturelles ? Depuis que le partage de fichiers existe, Internet semble la voie du futur. Comme DobaCaracol, plusieurs groupes pourraient en témoigner. L'exemple des Cowboys fringants qui, en avril 2004, ont rempli l'Élysée Montmartre à Paris sans faire la moindre publicité est souvent cité. On pourrait aussi mentionner la flopée de groupes que Bande à part, la radio alternative sur le Web de Radio-Canada, a aidé à sortir de l'ombre, tels Les Trois Accords, Karkwa, DJ Champion et Numéro. Sans oublier, à l'échelle internationale, les bands comme Artic Monkeys et Clap Your Hands Say Yeah, qui ont vendu des centaines de milliers de disques après avoir fait l'objet d'énormes buzz sur le Web.

Frontière abolie

«Internet abolit la notion de frontière ou de territoire, explique Hugues Sweeney. Ça permet de rassembler tous les tripeux d'une affaire autour d'un contenu qui devient super accessible. (...) Si je tripe sur le doom métal et que j'habite à Amqui, je peux quand même trouver du monde qui va aimer ça.»

Selon lui, depuis environ cinq ans, Internet a contribué à accroître la place de la musique émergente au Québec. «On l'a vu dans le nombre d'albums vendus, dans le nombre de shows bookés et le nombre de billets vendus pour les shows.»

En même temps, cela ne signifie pas que le Web 2.0 élimine tous les intervenants entre les artistes et le public. Avant de vendre des milliers de disques, ces derniers continuent à dépendre des grands médias et des compagnies de disques. Ceux qui percent seulement grâce au Web sont très rares, surtout dans un petit marché comme le Québec.

D'autant qu'à mesure que les artistes investissent le Web, la compétition s'accroît. Par conséquent, il faut consacrer plus de temps à l'amélioration de son site Internet et, à sa page MySpace, les mettre à jour et répondre aux demandes des visiteurs, sinon ils se lassent. Ce qui complique la tâche des aspirants. «Si t'as un groupe qui commence, qui a pas d'album, pas de tournée, pas de dates, t'as pas grand salade à vendre, note René Leblanc. Mais si t'es un groupe plus connu comme les Doba, c'est sûr que ça aide à faire tourner les roues de la machine.»

Résultats d'un sondage «NETendances CEFRIO - Léger Marketing» réalisé parmi les adultes québécois en décembre 2006:

68,4 % ont navigué sur Internet au cours des sept derniers jours ;

66,5 % sont branchés à Internet ;

57,5 % sont connectés à la haute vitesse ;

24,8 % sont abonnés à une liste d'envoi ou à un bulletin électronique envoyé par courriel ;

60,3 % ont communiqué par courriel ;

30,2 % ont discuté en direct sur Internet ;

25,8 % ont écouté ou téléchargé de la musique sur Internet ;

16,0 % ont participé à des jeux en réseau ou joué en ligne ;

15,8 % ont écouté ou téléchargé des vidéos sur Internet.

Les sites Web les plus visités par les internautes québécois s'avèrent :

39,5 % visitent les sites sur l'information et l'actualité ;

22,1 % visitent les sites de divertissement et de loisirs ;

18,6 % visitent les sites de courriel gratuit.

À lire aussi:

- La deuxième vie d'Internet

- Québec 2.0

- Quand l'exception change la règle




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