Imaginez un mini-théâtre de marionnettes. Ajoutez-y du son ambiophonique et une tonne d'effets spéciaux qui feraient passer Bobinette pour une statue momifiée. Voilà l'effet visuel - plutôt réussi - offert par le Samsung C7000, premier téléviseur 3D à envahir les magasins d'électronique.

Tristan Péloquin LA PRESSE

Arrivé sur le marché à la fin mars, ce pavé LCD de 55 pouces, vendu environ 4000$ (quand on inclut les accessoires indispensables), recrée un effet 3D grâce au même vieux principe de stéréoscopie qu'utilisait le cinéma 3D qui a marqué les années 50. Mais la différence, c'est qu'elle le fait mieux. Beaucoup mieux. L'effet de profondeur que génère le téléviseur n'a absolument rien à voir avec celui des films que vous avez vus avec des lunettes bleu et rouge. Dans Monsters vs. Aliens, que nous avons visionné sur le Samsung C7000, les personnages étaient si définis qu'on aurait cru qu'on pouvait les prendre dans nos mains. Dans d'autres scènes, des objets jaillissaient carrément hors de l'écran, d'un bon demi-mètre.

Pour recréer cet effet 3D dans le confort du salon, le Samsung C7000 diffuse successivement, à une fréquence extrêmement rapide, deux images dont la prise de vue a été légèrement décalée (un peu comme si elles avaient été captées par deux yeux humains). Impossible de distinguer ces deux images ni l'effet 3D qu'elles créent à l'oeil nu. Pour «voir» la 3D, il faut impérativement porter des lunettes spéciales dites «actives», qui bloquent successivement la vision de l'oeil gauche et de l'oeil droit.

À 250$ la paire, ces lunettes sont la clé du fonctionnement des télés 3D. Les fabricants Sony, LG et Panasonic s'apprêtent tous à mettre en marché des écrans 3D semblables utilisant sensiblement la même technologie. Mais ces lunettes, aussi efficaces soient-elles, risquent aussi de limiter la popularité des télés 3D. Après tout, qui voudra porter d'affreuses lunettes de plastique, qui fonctionnent à piles de surcroît, pour regarder la télé?

Pour l'instant, les lunettes ne sont cependant pas le seul irritant des télés 3D. Le véritable problème reste la disponibilité des contenus en trois dimensions. Car pour arriver à voir un effet 3D véritable, il faut que le film ou l'émission de télé ait été préalablement tourné avec une caméra 3D. Et pour l'instant, hormis Avatar et quelques films d'animation de Disney/Pixar, le catalogue cinématographique est peu garni. C'est encore pire pour les émissions de télé. Le 24 mars dernier, la Ligue nationale de hockey a diffusé aux États-Unis un match 3D entre les Rangers et les Islanders. Le câblodistributeur Comcast a aussi diffusé le Masters de golf en 3D. Mais les initiatives s'arrêtent là pour le moment. Et personne ne peut dire quand des émissions 3D seront retransmises par les télédiffuseurs canadiens. Tant chez Bell que chez Vidéotron, nous nous sommes heurtés à un «pas de commentaire».

Les acheteurs précoces risquent donc de trouver le temps long.