Pendant longtemps, Joannie Rochette a eu du mal à composer avec la pression de patiner à la maison. Jusqu'au jour où elle a compris que les gens étaient là pour l'encourager, et non pour la voir tomber. Hier soir, ça n'a jamais été aussi vrai.

Mis à jour le 24 févr. 2010
Simon Drouin LA PRESSE

Trois jours après la mort soudaine de sa mère, Rochette s'est sublimée. La patineuse de l'île Dupas a réussi ce que plusieurs croyaient impossible: faire son programme court aux Jeux olympiques de Vancouver en dépit de son profond chagrin. Et de quelle façon.

Devant toute une nation qui la regardait à la télévision, Rochette a réussi une performance sans faille, avant de recevoir une formidable décharge d'amour de la part des 11 700 spectateurs présents au Pacific Coliseum.

Rochette ne s'est laissé gagner par l'émotion qu'à la dernière note de son entraînant tango. La foule s'est levée d'un bloc. La patineuse endeuillée a mis la main droite sur son coeur. Le visage défait, elle a salué. Beaucoup de gens ont pleuré.

La vice-championne du monde s'est ensuite écroulée en sautant dans les bras de son entraîneuse, Manon Perron. Les larmes ont coulé.

Les deux complices se sont ensuite assises dans la bien nommée zone du Kiss-and-cry pour attendre les notes. «Merci tout le monde à Berthierville pour le soutien», a lancé Rochette à la caméra.

On a annoncé les notes. Rochette a à peine écouté. Résultat: 71,36 points. Rien de moins que son meilleur score à vie. L'an dernier, elle avait obtenu 67,90 points aux Mondiaux de Los Angeles, en route vers la médaille d'argent.

Rochette occupe le troisième rang avant le programme libre de demain. Mais ça n'avait plus aucune importance.

«Je me sens bien. Difficile d'être précise, mais dans 10 ans, j'aimerais revenir et l'essayer encore. Je n'ai pas de regrets», a ensuite déclaré Rochette à Mike Slipchuk, directeur de la haute performance à Patinage Canada.

L'appui de la foule l'a profondément touchée. «C'est un accueil très chaleureux, difficile à soutenir. Je m'en souviendrai toute ma vie.»

Arrivée aux Jeux samedi dernier, Thérèse Rochette est morte subitement aux petites heures le lendemain, au Vancouver General Hospital. Normand Rochette, père de Joannie, s'est rendu au Village des athlètes pour annoncer la triste nouvelle à sa fille unique et à Manon Perron.

Après avoir été réconfortée par ses proches, Joannie Rochette a demandé à voir son ancien copain, le patineur de vitesse François-Louis Tremblay. Ce dernier était encore secoué quand il a rencontré les journalistes lundi, à l'issue d'un entraînement.

«C'est con, ce que je vais dire, mais quand j'étais avec elle, j'essayais d'être le plus fort. Quand elle n'est pas là, c'est plus dur, a-t-il dit, tentant de maîtriser des sanglots. J'espère que Joannie va être forte. Ce que je veux vraiment dire, c'est que j'espère qu'elle pourra passer du temps avec sa famille et ses proches. C'est la chose la plus importante, pas une compétition.»

Un record

La Coréenne Yu-Na Kim, immense favorite, a été à la hauteur des attentes. La championne du monde a survolé la patinoire comme une feuille de soie, enchaînant les éléments avec sa maestria habituelle. L'élève de l'entraîneur canadien Brian Orser a totalisé 78,50 points, un record. Son rêve de devenir la première Coréenne médaillée d'or en patinage artistique semble en bonne de voie de se réaliser.

La Japonaise Mao Asada a pris le deuxième rang avec un score de 73,78 points.