Longtemps réticents à l’idée de reporter les Jeux olympiques malgré la pandémie de COVID-19 qui sévit aux quatre coins du monde, le Comité international olympique (CIO) et le gouvernement japonais ont finalement convenu, mardi, de reprogrammer l’événement « au plus tard à l’été 2021 ».

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Pour la première fois depuis 1944 et donc, pour la première fois en temps de paix mondiale, les Jeux olympiques ne se tiendront pas à la date fixée (24 juillet-9 août). La mesure concerne également les Jeux paralympiques qui devaient avoir lieu entre les 25 août et 6 septembre.

La décision a été dévoilée, mardi, après une conférence téléphonique réunissant notamment le président du CIO Thomas Bach et le premier ministre japonais Shinzo Abe. À la demande du Japon, les partis ont approuvé de décaler le rendez-vous olympique de quelques mois.

« Dans la conjoncture actuelle et sur la base des informations transmises par l’Organisation mondiale de la Santé, le président du CIO et le premier ministre japonais sont arrivés à la conclusion qu’afin de préserver la santé des athlètes, de toutes les personnes associées à la préparation des Jeux olympiques et des membres de la communauté internationale, les Jeux devaient être reprogrammés après 2020, mais au plus tard à l’été 2021 », peut-on lire dans un communiqué.

La pression autour du CIO et des instances japonaises augmentait de jour en jour. Dimanche, le Comité olympique canadien (COC) avait annoncé qu’il n’enverrait aucun athlète à Tokyo en cas de maintien des Jeux cet été. L’Australie, l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou encore la Norvège ont délivré le même message ou fait part de leurs propres doutes. Plusieurs fédérations nationales et internationales, dont celle d’athlétisme (IAAF), avaient également pressé le CIO de revoir sa position.

La situation était particulièrement difficile pour les athlètes en raison de l’annulation de nombreux événements qualificatifs et du confinement total dans de nombreux pays. Comment bien se préparer, physiquement et mentalement, quand le monde tourne au ralenti ?

La semaine dernière, Hayley Wickenheiser, sextuple olympienne et membre de la Commission des athlètes du comité olympique, avait jugé que le CIO agissait de manière irresponsable en maintenant les Jeux. Au Québec, l’ancien spécialiste des bosses et cofondateur de B2dix Dominick Gauthier avait aussi exhorté le CIO à remettre les athlètes au cœur de ses priorités. Il avait reçu l’appui de nombreux olympiens.

« Ce n’est pas parce que nous sommes olympiens que nous sommes immunisés contre la maladie, pestait alors la sprinteuse américaine Lolo Jones. Chaque fois que nous sortons pour trouver des gymnases et des lieux d’entraînements, je me dis : « Vraiment ?  » Le gouvernement nous dit de rester à la maison, mais nous ne pouvons pas le faire parce que le CIO tient absolument à la tenue des Jeux. »

Changement de cap

Inflexible dans les dernières semaines, malgré le report d’autres grandes compétitions estivales – comme le Championnat d’Europe de soccer, le CIO avait entrouvert la porte, dimanche, à une reprogrammation des Jeux. Il s’était donné une fenêtre de quatre semaines pour évaluer la situation. « Ensemble, avec toutes les parties, nous avons commencé des discussions détaillées pour compléter notre évaluation de l’évolution rapide de la situation sanitaire mondiale et de son impact sur les Jeux olympiques, dont un scénario de report », écrivait Thomas Bach.

Lundi, ce scénario a pris davantage de poids lorsque Shinzo Abe a finalement admis qu’un report « pourrait devenir inévitable » si l’organisation des Jeux « devenait difficile, en tenant compte en priorité des athlètes » Le Montréalais Dick Pound, ancien vice-président et influent membre du CIO, avait lui aussi avancé que la quinzaine allait être déplacée.

« Sur la base des informations dont dispose le CIO, un report a été décidé, disait-il au USA Today. Les paramètres n’ont pas été établis, mais les Jeux ne commenceront pas le 24 juillet, autant que je sache. […] Nous allons reporter cela et commencer à traiter toutes les ramifications de ce changement, qui sont immenses. »

Le casse-tête pour les autorités et le comité organisateur japonais est vaste et varié. Il comprend les renégociations de contrats avec le personnel, les commanditaires et les chaînes de télévision, l’impossibilité de vendre à temps les logements du village olympique bâtis sur un polder ou l’entretien des installations pour une année supplémentaire.

Le report des Jeux aura aussi plusieurs conséquences sur le calendrier sportif mondial. Les Fédérations d’athlétisme et de natation, qui organisent leurs Championnats du monde lors de l’été 2021, ont déjà promis de faire preuve de flexibilité et de collaborer avec le CIO.

Les Jeux de Tokyo devaient réunir, cet été, 11 000 athlètes issus de 206 comités nationaux olympiques, ainsi qu’une équipe olympique des réfugiés.