Même si 13 mois la séparent de son dernier match, Bianca Andreescu a le potentiel pour reprendre là où elle en était, selon son entraîneur Sylvain Bruneau.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Comme tout le monde, Sylvain Bruneau a dû s’adapter.

Le 28 novembre, après un test de dépistage de la COVID-19, l’entraîneur québécois s’est envolé pour Dubaï, où il a rejoint Bianca Andreescu. Dans les mois précédents, il avait coaché sa talentueuse protégée à distance. Elle à Monaco, où elle a acheté une résidence, lui à Montréal.

Il minutait chaque séance et l’envoyait à la préparatrice physique Virginie Tremblay, qui était sur place. Andreescu échangeait avec un partenaire de calibre. Bruneau communiquait quotidiennement avec elle et recevait de la rétroaction par vidéo.

En temps normal, il l’aurait accompagnée sur le terrain, cet automne. Mais avec la quarantaine obligatoire au retour à la maison, chaque voyage doit être choisi avec minutie, surtout pour un père de famille. L’incertitude par rapport à la reprise de la saison 2021 a également pesé.

Est-ce exactement la même chose que d’être sur place ? Bien sûr que non. Mais je savais que j’aurais suffisamment de temps par la suite.

Sylvain Bruneau, entraîneur de Bianca Andreescu

Il avait donc décidé de retrouver la gagnante des Internationaux des États-Unis de 2019 au Moyen-Orient, où elle profite de la clémence du climat, d’installations de première classe et de la présence de joueuses de bon niveau pour échanger.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Sylvain Bruneau et Bianca Andreescu lors d’une séance d'entraînement au Stade IGA, en septembre 2019. Les deux, qui ont travaillé ensemble à distance durant la pandémie, se sont retrouvés à Dubaï dans le but de préparer le retour au jeu de l’Ontarienne de 20 ans.

Malgré l’obligation de porter le masque en tout temps, sauf sur le terrain, le contexte sanitaire aux Émirats arabes unis est aussi favorable.

« Normalement, il y a un tournoi d’importance qui a lieu ici après [les Internationaux d’Australie], en février, et avant Indian Wells. Plusieurs joueurs européens utilisent Dubaï pour venir s’entraîner pendant la saison morte, en novembre et en décembre, à cause de la température relativement chaude. Federer est toujours ici et il y en a plusieurs autres. »

Treize mois plus tard…

L’entraîneur de l’année au Canada en 2019 n’avait pas revu Andreescu depuis juin, au moment où elle pensait toujours pouvoir défendre son titre à Flushing Meadows.

Mais la récidive d’une vieille blessure l’a forcée à déclarer forfait. Un mois plus tard, elle a annoncé que sa saison, qui aurait dû commencer en mars à Indian Wells avant le début de la pandémie, n’aurait tout simplement pas lieu.

Le dernier match de l’Ontarienne de 20 ans remonte donc à la fin d’octobre 2019 aux finales de Shenzhen, où un genou récalcitrant l’avait convaincue de jeter l’éponge.

Treize mois plus tard, elle trépigne. « C’est clair, d’autant plus que c’est une joueuse qui carbure à la compétition, a rappelé Sylvain Bruneau. Elle s’entraîne très bien, elle fait ce qu’il faut, mais c’est une fille qui aime jouer des matchs et compétitionner. C’est ce qui la fait vibrer. Elle a été privée de ce qu’elle aime le plus au tennis. »

Les blessures des dernières années incitent cependant tout le monde à la prudence. En 2019, entre son titre à Indian Wells et ceux à Toronto et à New York, Andreescu avait été éprouvée par des maux à une épaule. Dans son bilan de fin d’année, Bruneau avait indiqué que la santé de l’athlète était sa principale priorité pour 2020.

Je pense que l’une des raisons pour lesquelles elle a eu des blessures, c’est que son ascension tennistique a été tellement rapide. Elle est passée de matchs contre des filles qui étaient 300e, 400e dans les challengers à des affrontements avec Kerber ou Svitolina.

Sylvain Bruneau

« L’intensité des matchs, à quel point ils étaient physiques, leur enchaînement, je pense que ça l’a rattrapée. Sur le plan de la condition physique, je ne pense pas qu’elle était vraiment préparée [à ça]. »

Bruneau juge que la forme actuelle d’Andreescu est « mieux que jamais ». Il espère éviter les écueils du passé grâce à un suivi « vigilant » de la programmation de ses tournois.

Avec le report de trois semaines des Internationaux d’Australie, qui s’ouvriraient le 8 février selon toute vraisemblance, il n’était donc pas question qu’elle participe au tournoi ITF qui se déroule actuellement à Dubaï.

Le coach vise potentiellement le premier évènement de l’année qui aurait lieu à Abou Dabi à partir du 4 janvier. Le duo a pensé s’y rendre ces derniers jours pour se familiariser avec les installations, mais l’obligation de subir un autre test de dépistage de la COVID-19 l’en a dissuadé.

« Je veux qu’elle soit en bonne forme tennistique et mentale au bon moment. C’est pendant [les Internationaux d’Australie] et pas trois ou quatre semaines avant. Il faut bien doser la progression. »

« Ultra motivée »

Chose certaine, le maintien de son classement mondial ne sera pas un facteur déterminant l’an prochain. En vertu du système mis en place par la WTA, qui considère toujours les résultats de 2019, Andreescu occupe le septième rang mondial (elle était quatrième en février 2020).

« Le classement, c’est la dernière de mes priorités, a averti Bruneau. Si jamais il diminue, ce sera ça. »

La priorité, comme je l’ai mentionné, ce sera sa forme physique, la santé et qu’elle reprenne son niveau de jeu. Le classement va suivre, même si ce n’est pas à court terme.

Sylvain Bruneau

Le plus grand défi d’Andreescu sera de retrouver son niveau de compétition. « Rien ne remplace les matchs officiels, a souligné l’entraîneur. Ça lui est déjà arrivé dans le passé de très bien commencer son retour après avoir raté quelques mois à cause de blessures. Là, c’est sûr que c’est plus long.

« Je ne veux pas m’avancer dans des prédictions et dire que ça n’aura pas d’impact. Il y en aura un. Mais s’il y a une joueuse qui peut passer 15 mois sans jouer de matchs, elle a démontré qu’elle a ce qu’il faut pour reprendre les choses [où elle les avait laissées]. On verra. »

« Ultra motivée », la principale intéressée fait preuve de patience. « Elle sent que les choses vont se placer et que 2021 sera différent. Elle a donc super hâte, mais elle est dans un bon état d’esprit. Ce n’est pas comme si elle ne se pouvait plus et qu’elle était découragée, vraiment pas. Elle regarde vers l’avant et elle est pleine d’espoir. »

De son côté, Bruneau jongle encore avec l’idée de rentrer à la maison avant le tournoi de Grand Chelem australien, sans quoi il passera pratiquement trois mois loin des siens. « Je n’ai jamais fait une séquence comme ça. Je ne le cache pas, ce n’est pas facile. »

PHOTO CHARLES KRUPA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

En septembre 2019, Bianca Andreescu a remporté les Internationaux des États-Unis en battant la redoutable Serena Williams.

Bianca Andreescu en bref

Âge : 20 ans

Lieu de naissance : Mississauga

Taille : 1,70 m

Rang mondial : 7e (4e en février 2020)

Titres : US Open 2019

Coupe Rogers Toronto 2019

Indian Wells 2019

Fiche en 2019 : 48-7

Gains carrière : 6 720 038 $US