La pression monte pour Aleksandra Wozniak à Roland Garros, mais la jeune Québécoise y est désormais habituée et la perspective d'affronter la redoutable Serena Williams au quatrième tour des Internationaux de France ne la perturbe pas particulièrement.

Michel Marois LA PRESSE

«Je crois en mes chances, a-t-elle lancé spontanément, quelques minutes après avoir battu l'Espagnole Lourdes Dominguez Lino, 6-2, 3-6, 6-3, en troisième ronde. Je fais maintenant partie de l'élite du tennis féminin, j'ai joué des gros matchs contre des filles du top 20, du top 10. J'ai appris comment elles font quand la situation est plus tendue.» La leçon l'a bien servie, samedi, contre une spécialiste de la terre battue. Avec des balles brossées et très lourdes, Dominguez Lino a souvent forcé Aleksandra à disputer de longs échanges de 20 à 25 coups du fond du terrain. Grâce à sa patience, la Québécoise en a remporté sa large part.

«Elle variait bien ses coups et j'ai parfois dû rentrer dans son jeu, accepter d'échanger et rester patiente, a expliqué Wozniak. En première manche, j'ai très bien joué, mais j'ai commis plus d'erreurs en deuxième manche et elle en a profité. Je me suis accrochée au début de la troisième et j'ai pu hausser mon jeu, frapper de meilleures premières balles de service et gagner le match.»

Encore une fois, la Québécoise était la favorite du public. «La foule m'a encouragée tout au long du match (de plus de deux heures) et ça m'a beaucoup motivée, a reconnu Aleksandra. Il ventait beaucoup et c'était difficile de servir d'un côté du terrain.»

Des pages d'histoire

En huitièmes de finale d'un tournoi du Grand Chelem pour la première fois de sa carrière, Wozniak est la première canadienne en 10 ans à atteindre cette étape. Il faut en effet revenir à 1999, quand Maureen Drake avait atteint le 4e tour des Internationaux d'Australie. À Roland Garros, Patricia Hy-Boulais l'avait fait en 1992.

«Je suis fière de représenter le Canada à ce niveau et de montrer qu'on peut y arriver. Tant mieux si ça peut aussi aider d'autres joueuses canadiennes à m'imiter.»

En un an, la progression de Wozniak a été phénoménale. Désormais 24e du classement mondial, elle est tout près de son prochain objectif. Avec les 280 points qu'elle est déjà assurée d'obtenir au classement WTA, elle est aux portes du top 20. Et financièrement, elle est déjà certaine de toucher un chèque de plus de 105 000$ (68 400 euros).

Pour Aleksandra, ces chiffres ne représentent toutefois que des jalons dans une progression qu'elle entend bien poursuivre.

«Depuis un an, mon jeu est plus solide, mais je suis surtout plus forte mentalement. À ce niveau, la pression, tu la sens dans tous les coups. Il faut garder sa concentration, rester forte. C'est la plus tough mentalement qui s'en sort. Aujourd'hui, par exemple, j'étais prête à tout pour gagner et je savais que j'avais en moi les ressources pour le faire.»

Wozniak reconnaît aussi qu'elle contrôle mieux ses nerfs. «C'est évident que je suis plus stable émotivement.»

À un pas des quarts de finale

Face à Serena Williams, lundi, Wozniak aura de toute évidence fort à faire. L'Américaine a dû se battre, samedi, pour venir à bout de l'Espagnole Maria Jose Martinez Sanchez en trois manches de 4-6, 6-3, 6-4.

Peu à l'aise cette saison sur la terre battue, l'ancienne numéro 1 mondiale est néanmoins deuxième favorite à Roland Garros. «C'est une grande joueuse, a souligné Aleksandra. Elle est très forte, même si la terre battue n'est pas sa surface préférée.

«Je devrai imposer mon jeu, rester avec elle dans les échanges. C'est certain que c'est de plus en plus difficile à mesure que j'avance dans le tournoi, mais je sens que je suis à ma place.»

Et comment meublera-t-elle les prochaines heures?

Samedi, après son match, elle s'est encore entraînée, a pris part à une conférence de presse, puis a suivi le match de Williams dans les gradins du stade Suzanne Lenglen, où elles pourraient bien se retrouver lundi.

Aujourd'hui, elle va encore s'entraîner, subira des traitements à l'épaule (blessée l'hiver dernier) et préparera un plan de match avec son entourage. «Je vais travailler sur ma concentration, me préparer mentalement, explique Aleksandra. Je vais rester dans ma bulle.»

Dans sa bulle, comme les 15 autres filles qui peuvent encore rêver d'une victoire à Roland Garros cette année.