(Toronto) Y croyez-vous ? Non, mais… y croyez-vous ?

Mis à jour le 27 mars
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

On va écrire les mots pour que leur sens devienne plus concret.

Le Canada s’en va à la Coupe du monde de soccer. Après une attente de 36 ans.

L’unifolié a confirmé sa qualification en l’emportant 4-0 face à la Jamaïque, au BMO Field de Toronto, dimanche. Et il l’a fait devant une foule de 30 000 partisans survoltés et bouillonnants d’énergie, malgré un froid bel et bien canadien.

Lisez la chronique d’Alexandre Pratt : « Des abysses à la Coupe du monde ! »

« C’est énorme ! a lancé l’attaquant Jonathan David pendant les célébrations, sur le terrain. Je n’ai même pas les émotions pour définir comment je me sens en ce moment. C’est un truc de fou ! »

« On y est, ostie ! s’est exclamé le gardien substitut Maxime Crépeau devant les médias francophones. C’est l’histoire qui est là en ce moment. Honnêtement, je suis sans mots. […] Je suis sous le choc. »

On attrape Mauro Biello, entraîneur adjoint, qui s’amène sur le terrain avec sa famille. On lui arrache quelques mots.

C’est incroyable, quel parcours ! Ce qu’on a fait, ce qu’on a accompli, pendant la pandémie et tout ça. Incroyable.

Mauro Biello, entraîneur adjoint de l’équipe canadienne

« Jamais j’aurais pu croire voir ça au Canada, a exposé Samuel Piette, blessé depuis janvier, mais présent pour cette rencontre. Ce sont des émotions très dures à décrire. Je ne pense pas que je réalise encore qu’on s’en va à la Coupe du monde. »

C’était un thème récurrent sur la pelouse du BMO Field. On ne les blâme pas. Parce que ce moment, il était quasi inespéré jusqu’à même l’année dernière. L’équipe masculine de soccer a été dans les bas-fonds de la CONCACAF tellement longtemps que sa participation à une Coupe du monde – avant celle que le Canada accueillera en 2026 – était à peine envisagée.

« En tant que jeune Canadien, c’était impossible de rêver à cela, a commenté Jonathan Osorio, grelottant devant la presse. De le voir se concrétiser, c’est incroyable. »

« Les gens avaient l’habitude de me parler de 2026 seulement, en me disant d’oublier 2022. Je leur disais : ‟Mais de quoi vous parlez ? On veut aller au Qatar ! » Maintenant, les gens y croient. On veut aller à la Coupe du monde et y faire une déclaration. »

John Herdman, cet Anglais qui a complètement changé le soccer au Canada, sait pourquoi les gens n’embarquaient peut-être pas dans le volet masculin jusqu’à maintenant.

« Ils ne croyaient pas en nous, parce qu’on ne leur donnait rien en quoi avoir foi, a-t-il commenté, avec la passion qu’on lui connaît. Ils y croient, maintenant. C’est un bon moment de s’unir à travers le football. On peut être une puissance. C’est le temps de l’être. »

PHOTO PATRICK WOODBURY, LE DROIT

L’équipe masculine de soccer a été dans les bas-fonds de la CONCACAF tellement longtemps que sa participation à une Coupe du monde – avant celle que le Canada accueillera en 2026 – était à peine envisagée.

L’humilité a fait partie du discours de Herdman et de ses hommes pendant tout le parcours des qualifications. Lorsqu’on lui indique qu’il a possiblement, à lui seul, modifié le paradigme de son sport au pays, il rejette l’idée du revers de la main.

« Non ! J’ai mon personnel, j’ai parmi les meilleures personnes dans le football à mes côtés. Je ne suis qu’un rouage dans un grand mécanisme. »

Ses joueurs l’encensent, toutefois.

« C’est une personne, et un entraîneur, extraordinaire, a souligné Osorio. Il a changé ce programme pour les hommes et pour les femmes. »

« Il a toujours des discours incroyables, a jugé Alistair Johnston. Mais aujourd’hui, il nous a laissés faire le travail. Le groupe est tellement concentré et déterminé, on savait ce qu’on avait à faire. »

Herdman les a amenés dans le vestiaire des Raptors de Toronto avant le match. Une équipe qui a, elle aussi, changé de mentalité en remportant un championnat après des décennies de médiocrité.

« C’était émouvant, a raconté le sélectionneur. C’était un moment spécial. J’avais des frissons, c’était… »

Il finit sa phrase avec un soupir de satisfaction.

Domination totale

Il faut le dire : le résultat de ce match était une formalité. Il suffisait de savoir par quelle marque le Canada allait l’emporter. Ce n’est rien à enlever à la Jamaïque. Mais avec le sort des visiteurs déjà scellé en qualifications, et un groupe canadien gonflé à bloc, la domination était totale.

Cyle Larin a ouvert la marque à la 13minute. Jouant la ligne du hors-jeu à la perfection, il n’a eu qu’à attendre la passe parfaite de Stephen Eustáquio dans l’axe. Larin a fini l’action du pied droit, enfilant ainsi son 13but des qualifications.

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Cyle Larin a ouvert la marque à la 13minute.

Le BMO Field tremblait. Et le soleil sortait.

Le Canada continuait d’attaquer, sans jamais laisser de répit aux visiteurs. Ces derniers semblaient être venus à Toronto comme un boxeur ne montant sur le ring que pour encaisser les coups et son cachet.

Le seul véritable enjeu pour les locaux, c’était leur manque de finition. L’écart aurait pu être encore plus important lors de ce premier engagement.

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Une foule de 30 000 partisans survoltés et bouillonnants d’énergie assistait au match, malgré un froid bel et bien canadien.

Mais après une superbe chance ratée quelques instants plus tôt, Tajon Buchanan a finalement fait mouche à la 43minute. Un ballon frappé sur un coup franc qu’il avait lui-même gagné a fait son chemin jusque dans la surface. Il a introduit le cuir dans le filet sur un tir à l’embouchure, du pied droit.

La marque commençait finalement à représenter l’allure du match.

On se sent presque mal de qualifier la deuxième mi-temps de sans histoire. Parce qu’elle était, dans les faits, historique.

John Herdman a fait entrer son plus grand leader Atiba Hutchinson, le cœur et l’âme de cette équipe, à la 62e. À 39 ans, et ayant vécu toutes ces années de misère de la sélection canadienne, il allait être sur le terrain pour sa qualification à la Coupe du monde.

Il restait 10 minutes au match, et les fans, bruyants comme tout au long de la rencontre, célébraient. Ils sautaient. Ils dansaient. Ils faisaient le « thunder clap », ce claquement de mains synchronisé. Et, encore, faisaient trembler l’enceinte.

Et ça, c’était avant le but du 3-0 de Junior Hoilett, à la 83minute. Il a obtenu le ballon dans la surface après la deuxième passe issue d’un corner. Et a fait s’éclater la foule, et des feux d’artifice.

Comme pour déposer la cerise sur le gâteau, la Jamaïque en a marqué un dans son propre but à la 88e. 4-0.

Y croyez-vous, chers lecteurs ?

Le Canada s’en va à la Coupe du monde.