(Bruxelles) L’agent de joueurs serbe Dejan Veljkovic est devenu jeudi le premier « repenti » de l’histoire judiciaire belge, dans un dossier de corruption qui fait trembler le soccer professionnel en Belgique et devrait déboucher sur un procès l’an prochain. Le nom du directeur sportif de CF Montréal Olivier Renard est d'ailleurs cité dans cette histoire.

Agence France-Presse

La chambre des mises en accusation de la cour d’appel d’Anvers a validé l’accord qui avait été négocié entre l’agent et le parquet fédéral, compétent en Belgique dans les affaires de criminalité organisée et de blanchiment d’argent, et qui représente l’accusation.

Cette décision, qui constitue la dernière étape de la procédure concernant M. Veljkovic et lui permet d’échapper au procès, a été confirmée à l’AFP par un porte-parole du parquet fédéral.

Agents, arbitres, joueurs, dirigeants de clubs de Pro League : plusieurs dizaines de personnes ont été mises en cause dans ce scandale qui a éclaté en octobre 2018.

L’enquête, qui devrait déboucher sur un procès en correctionnelle en 2022, porte sur des soupçons de fraude liée au versement de salaires et de commissions à des agents de joueurs, ainsi que sur deux matchs présumés truqués au bénéfice du FC Malines.

Dejan Veljkovic, considéré comme un agent influent en Belgique, comme Mogi Bayat, également mis en cause, est soupçonné d’avoir élaboré des montages financiers frauduleux pour échapper au fisc belge, en concertation avec plusieurs clubs dont le FC Bruges et le Standard de Liège.

Inculpé pour blanchiment d’argent, corruption et participation à une organisation criminelle, le Serbe a choisi dès l’automne 2018 de livrer des informations aux enquêteurs pour faire progresser les investigations, en échange de la perspective d’une peine réduite.

Il a ainsi inauguré le statut de « repenti », un nouveau régime juridique permis en Belgique par une loi votée à l’été 2018.

L’accord validé par la justice lui inflige une peine de cinq ans de prison avec sursis et 80 000 euros d’amende, également avec sursis.

Les informations de Veljkovic jugées « crédibles et vérifiées » par la justice font trembler le football belge car, selon plusieurs médias, au moins 12 clubs professionnels sont impliqués.

Selon Kris Luyckx, avocat de Dejan Veljkovic, des malversations ont été mises en évidence lors d’une cinquantaine de transferts.

La fraude porterait sur au moins 31 millions d’euros et s’ils devaient être condamnés à rembourser le fisc, certains clubs risqueraient la faillite, rapportait récemment un documentaire diffusé par la télévision belge RTBF.

Le dossier est d’autant plus épais que Dejan Veljkovic a été entendu « une cinquantaine » de fois par les enquêteurs, pendant environ 200 heures, selon une source proche de l’enquête.

Olivier Renard cité dans cette histoire

Le directeur sportif du CF Montréal, Olivier Renard, a fortement nié en février 2020 son implication dans ce scandale qui ébranle le soccer belge et qui a mené son ancien employeur - le Standard de Liège - à déposer une plainte contre lui auprès de la police belge.

Selon les informations de la RTBF, les faits remontent aux saisons 2016 à 2018. Olivier Renard était alors directeur sportif du Standard. Son rôle consistait à trouver et embaucher des joueurs pour l’équipe. À ce titre, il s’est entendu avec plusieurs clients de l’agent serbe Dejan Veljkovic.

Pendant des années, Veljkovic a vendu des joueurs à des équipes belges. En marge de ces transactions, il facturait le gros prix aux clubs pour des rapports de dépistage bidon. Les dirigeants qui achetaient ces faux rapports recevaient ensuite une commission secrète de Veljkovic.

Le Standard de Liège reproche à Olivier Renard d’avoir participé à ce système. Selon la RTBF, qui cite le « carnet noir » de Veljkovic, Olivier Renard aurait touché au moins deux commissions de 20 000 euros chacune.

Le président du Standard de Liège, Bruno Venanzi, a donc porté plainte contre Renard, Veljkovic et quatre autres personnes pour infractions d’escroquerie, abus de confiance, faux et usages de faux.

« Aucune des accusations portées arbitrairement contre moi n’est correcte, a répondu Olivier Renard dans une déclaration envoyée à l'époque par le CF Montréal. Je n’ai jamais perçu la moindre [rétro] commission sur quelque transfert que ce soit. L’entièreté des rémunérations obtenues durant ma carrière provient de versements réalisés par les clubs qui ont fait appel à mes services et constitue la stricte conséquence de mon travail. Ces informations diffamatoires et calomnieuses me portent préjudice. Elles affectent mes proches et nuisent à mon image. Je me réserve donc une réaction judiciaire à ce sujet. »