Six matchs. Six blanchissages.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Les débuts professionnels de Jonathan Sirois ne passent pas inaperçus en Première ligue canadienne (CPL). Le gardien québécois prêté par le CF Montréal au Valour FC de Winnipeg n’a cédé sur aucun des 21 tirs qu’il a affrontés depuis le début de la saison. Six jeux blancs de suite, c’est évidemment un record du jeune circuit national.

Dimanche, il a notamment bloqué un tir de pénalité à la 35e minute, protégeant à la fois sa séquence et la mince avance des siens devant le York United FC.

« C’est assez impressionnant, mais j’essaie de ne pas trop y penser, d’y aller un match à la fois. Ça permet de rester dans le présent et de garder la tête froide. De ne pas avoir l’esprit dans les nuages et me laisser emporter par le succès des matchs précédents », a-t-il expliqué en entrevue avec La Presse lundi.

Bien qu’il ne soit pas très porté sur les statistiques individuelles, Sirois, âgé de 20 ans seulement, sait bien qu’il fait forte impression en ce début de saison. Ses exploits trouvent écho jusqu’à Montréal. Mais sa tête est « à 100 % » au Manitoba pour l’instant.

« Je veux passer ma saison ici, faire des matchs, prendre de l’expérience, faire des erreurs aussi parce que c’est important pour la progression et l’apprentissage. »

On ne peut pas dire que les erreurs sont fréquentes en ce moment…

Cette saison lui permettra de situer son niveau, dit-il. De voir où il est rendu.

« Ça va me donner une ligne directrice pour corriger mes défauts ou mes points faibles », explique le gardien de 6 pi, qui a été grandement influencé par Evan Bush.

PHOTO ROBERT REYES/WILLIAM LUDWICK, FOURNIE PAR LA CPL

Jonathan Sirois fait forte impression cette saison.

« Après, l’année prochaine, c’est une autre question. Si je continue sur cette lancée, que je gagne en confiance et que je démontre mes qualités, c’est sûr que ce sera un objectif pour moi de me battre pour le poste de titulaire, de numéro un, que ce soit avec James [Pantemis], Clément [Diop]. Peu importe le gardien qui sera là, pourquoi ne pas me battre pour ce poste ? »

Sirois avait passé toute la saison dernière avec le CF Montréal après avoir signé son premier contrat professionnel le 6 mars 2020.

Après une dizaine d’années avec le club du Spatial Saint-Hubert, il avait rejoint l’académie de l’Impact en 2015.

« Les gars l’adorent »

À Winnipeg, Sirois est sous la houlette de Patrick Di Stefani, entraîneur des gardiens du Valour FC. Celui-là même à qui on avait également confié James Pantemis l’an dernier.

« Et comme le CF avait été content du travail que j’avais fait avec James, ils nous ont contactés pour nous dire qu’ils avaient un autre projet, Jonathan Sirois », raconte l’Italien ayant grandi en Belgique.

Di Stefani a donc commencé à regarder des vidéos de son nouvel élève, même si « c’était dur ». En raison de la pandémie, notamment, le rayon du jeune dans la vidéothèque était très peu fourni.

Après analyse, il a indiqué à Rémy Vercoutre [entraîneur des gardiens du CF Montréal qui a quitté le club il y a moins de deux mois] sur quoi il porterait son attention avec Sirois. Les deux hommes étaient sur la même longueur d’onde.

PHOTO ROBERT REYES/WILLIAM LUDWICK, FOURNIE PAR LA CPL

Jonathan Sirois totalise le plus grand nombre d’arrêts dans la Première ligue canadienne.

« Jo avait deux ou trois petites lacunes, il a travaillé très fort et ça se voit. Il est beaucoup plus puissant, on a travaillé énormément la pliométrie. Et ses angles, quand il vient cadrer un joueur, ça s’est fort amélioré », explique Di Stefani.

« C’est un garçon qui écoute. Et non seulement il écoute, mais [aussi] il adapte directement. Donc, si je lui dis : “Attention à ta position, projette les épaules plus vers l’avant”, je ne vais pas lui dire 50 fois. Dès la frappe qui vient après, il se force à s’améliorer. Et c’est un leader. »

Malgré son jeune âge, le Québécois a déjà la maturité d’un gardien établi, avec un certain bagage, indique Patrick Di Stefani. Il vante aussi sa lecture du jeu.

« Et ce que j’ai fort apprécié, c’est que, comme on dit en Europe, il n’a pas le melon, image le coach du Valour FC. Il ne se la pète pas. Il est arrivé, il s’est mis dans le groupe, à disposition, et les gars l’adorent parce qu’il est facile à travailler et à vivre. »

J’ai beaucoup de plaisir à travailler avec lui. Il a cette faculté à rester humble et il sait que s’il ne l’est pas, il va avoir affaire à moi !

Patrick Di Stefani, entraîneur des gardiens du Valour FC

Di Stefani, qui se décrit comme un entraîneur exigeant à tous points de vue, souligne que Sirois a une bonne équipe devant lui.

N’empêche que son protégé contribue grandement aux succès du club qui, avec une fiche de 6-1, trône au sommet de la CPL, six points devant le Forge FC, de Hamilton. En plus de mener la ligue pour les jeux blancs, il est premier pour le nombre d’arrêts.

« Plusieurs fois, il nous fait de super saves. Il sait ce que j’attends de lui, c’est de garder le zéro. Même si on mène, pour lui, c’est toujours 0-0 dans sa tête. Et il me faut un ou deux super saves par match », résume Di Stefani.

Jusqu’à maintenant, Sirois remplit le mandat.