Le séjour de Thierry Henry à Montréal n’aura duré qu’un an. Le principal argument qui justifiait de prendre au sérieux les récentes rumeurs à propos de son départ est précisément celui qu’il a évoqué jeudi : l’éloignement familial dû à la pandémie.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

« La dernière année a été extrêmement difficile pour moi, personnellement. En raison de la pandémie mondiale, je n’ai pas pu voir mes enfants », a rappelé Thierry Henry par communiqué.

Ajoutant avoir pris sa décision « le cœur lourd », il a fait valoir que le début de la saison à venir serait disputé dans le même type de conditions que la fin de la dernière. Une relocalisation aux États-Unis, pour quelques mois minimum, est inévitable.

« La séparation est trop douloureuse pour mes enfants et moi », a-t-il justifié.

Henry retourne donc à Londres. Remerciant les fans, les joueurs, le personnel et la direction du club, il a résumé ainsi sa saison passée avec l’équipe.

« Nous avons vécu une année impossible ensemble et faire les séries éliminatoires avec ce groupe a été une expérience que je n’oublierai jamais. »

« Malheureux et prématuré »

Henry était revenu à Montréal depuis la fin du mois de janvier pour préparer la saison, a révélé le directeur sportif Olivier Renard, en visioconférence avec les médias, jeudi midi.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Olivier Renard

Le 9 février, il a demandé la permission de rentrer à Londres. Puis, lors d’une discussion, une semaine et des poussières plus tard, Renard a senti « que la situation était plus négative que positive ».

Précisant que « ça n’avait rien à voir avec le sportif », on a tenté de trouver des solutions. Mais, dès lors, Olivier Renard a commencé à réfléchir à la succession. Sans joindre qui que ce soit, cependant, « par respect pour Thierry ». Lundi dernier, le 22, c’était « définitif ».

« Le départ de Thierry est malheureux et prématuré, car c’était très prometteur », avait réagi le directeur sportif par communiqué, un peu plus tôt. « Nous voulions faire grandir ce club, et il est sur le bon chemin. »

Parlant quant à lui d’une « journée difficile », le président Kevin Gilmore a dit, en visioconférence, avoir été « surpris, mais pas choqué » par la demande de départ de Thierry Henry, en raison des circonstances créés par la pandémie. Il comprend sa décision. Les deux parties se laissent en bons termes, a-t-il assuré.

N’empêche que cette perte s’ajoute à un début d’année difficile, marqué par du mécontentement face au changement d’identité de l’équipe.

D’abord un choix sportif, Henry « venait aussi avec une présence », a reconnu le président.

Si jamais Henry se trouvait un boulot d’entraîneur ailleurs à court terme, le CF Montréal obtiendrait une forme de compensation. Les rumeurs, comme celle l’envoyant récemment à Bournemouth, en deuxième division anglaise, avaient incité la direction montréalaise à la prudence.

Mais ce n’était qu’un « au cas où ». Jamais cette rumeur n’a été fondée, ont indiqué Gilmore et Renard.

« Personne ne nous a contactés pour une permission de discuter », a dit le premier. Et l’ex-joueur jurait aussi ne pas être en contact avec l’organisation anglaise.

« Je peux vous assurer qu’il y a eu beaucoup de blabla pour rien », a affirmé Olivier Renard.

Henry avait été nommé entraîneur-chef le 14 novembre 2019.

En 2020, en vertu après d’une fiche de 8-13-2, il a mené l’équipe aux séries éliminatoires de la MLS pour la première fois depuis la saison 2016.

Sous sa gouverne, l’équipe a aussi accédé aux quarts de finale de la Ligue des champions de la CONCACAF.

Le successeur

Le départ du coach survient donc à une semaine et demie du début du camp d’entraînement.

« Est-ce que c’est un bon timing ? Absolument pas, a lancé Kevin Gilmore. Mais il n’y a pas de date butoir pour une décision personnelle. »

PHOTO CATHERINE PAQUETTE POUR LE CLUB DE FOOT MONTRÉAL

Kevin Gilmore

Le directeur sportif croit quant à lui qu’il y a de pires scénarios pour un tel changement.

« Quand c’est pendant la saison et que tu remercies ton entraîneur, tu as un match qui arrive trois jours plus tard. Là, tu as une situation d’urgence », souligne-t-il.

Or, en l’occurrence, le premier match de la saison est dans sept semaines. Ce qui ne veut pas dire qu’il attendra tout ce temps pour procéder à l’embauche.

Il prendra le temps de choisir la meilleure personne possible, mais ne se voit « pas attendre des semaines pour prendre une décision », a-t-il précisé.

Olivier Renard comptait commencer à joindre des candidats dès la fin du Zoom avec les médias…

Le directeur sportif a « plusieurs personnes en tête », mais n’a pas voulu donner de noms pour le moment.

Certains s’ajouteront sans doute à sa liste, a-t-il laissé tomber, en évoquant son cellulaire assailli de textos d’agents pendant la conférence de presse.

Seul nom qu’il a prononcé : Laurent Ciman, nommé adjoint la veille. Mais pour affirmer que ce ne serait pas lui.

Simplement, Renard souhaite trouver « un successeur dans cette même philosophie déjà tracée » avec Thierry Henry. Un coach qui, bien qu’il sera le patron sur le terrain, devra donc « s’adapter au club et à l’effectif, pas le contraire ».

« Si j’avais pris plusieurs joueurs dont je n’étais pas convaincu parce que Thierry les voulait, je serais en difficulté. Ce n’est pas le cas », a expliqué le DS.

L’adjoint Wilfried Nancy assurera l’intérim.

Ciman d’abord sollicité… comme joueur

Olivier Renard tenait à rapatrier Laurent Ciman à Montréal. « Thierry était d’accord avec moi de prendre Laurent, même en tant que joueur. Pour différentes raisons, ça ne s’est pas fait », a indiqué Renard, qui a déjà joué en équipe nationale belge avec Ciman. « Donc, j’ai exploré la possibilité de lui offrir autre chose. » Encore là, avec l’accord de Henry. Rappelant l’amour de Laurent Ciman pour Montréal, il a également souligné sa fougue, qualité qu’il a cherché à renforcer sur le terrain. « Son tempérament va bien se fondre dans le club et il va parfois secouer le cocotier », a imagé Olivier Renard. Ciman, a-t-il précisé, aurait été engagé même si Patrice Bernier n’avait pas quitté son poste il y a quelques jours. « Ça a été un plaisir de travailler avec Thierry, d’échanger avec lui sur sa façon de voir le soccer », a d’ailleurs dit ce dernier à La Presse. À Montréal, Bernier aura joué avec Alessandro Nesta et Didier Drogba, puis coaché avec Thierry Henry. « J’ai pu côtoyer de grandes stars mondiales. Si on m’avait dit ça il y a une quinzaine d’années, j’aurais ri. »