Préparez-vous un café noir. Il y a deux grosses bouchées à digérer ce matin.

Alexandre Pratt
Alexandre Pratt La Presse

La Coupe du monde de soccer à Montréal.

Et les Jeux olympiques d’été à Montréal.

Deux projets ambitieux. Peut-être trop.

Commençons par la Coupe du monde de soccer de 2026, qui sera présentée au Canada, aux États-Unis et au Mexique. C’est un évènement formidable, chapeauté par un groupe qui l’est pas mal moins. La Fédération internationale de football association. Mieux connue sous son acronyme : la FIFA. Une organisation minée depuis 10 ans par des scandales de fraude, de corruption et de blanchiment d’argent.

Des exemples ? Il y en a plein. Tenez, je vous ai préparé un petit tableau. Que sont devenus quelques-uns des 22 dirigeants de la FIFA qui ont attribué les Coupes du monde de 2018 et de 2022 à la Russie et au Qatar ? -

Sepp Blatter, président : banni du soccer pour six ans ;

Rafael Salguero : coupable de corruption pour avoir vendu son vote ;

(Feu) Chuck Blazer : coupable de blanchiment d’argent, d’évasion fiscale, de recel et de fraude ;

Jack Warner : banni à vie, condamné aux États-Unis pour fraude ;

Ricardo Teixeira : banni à vie pour corruption, soupçonné d’avoir touché 37 millions en pots-de-vin ;

Mohammed Bin Hamma : banni à vie pour corruption ;

Michel Platini : banni du soccer pour quatre ans ;

Nicolas Leoz : mort avant de connaître l’issue de son procès pour corruption ;

Worawi Makudi : banni cinq ans pour usage de faux ;

Vitaly Mutko, ministre des Sports de la Russie : impliqué dans le scandale de dopage des athlètes russes.

Depuis, la FIFA affirme avoir fait du ménage dans ses rangs. On veut bien la croire. Sauf que son président actuel, Gianni Infantino, fait l’objet de procédures criminelles en Suisse. Il a rencontré en secret le procureur général de la Suisse, dont l’équipe enquêtait sur des allégations de corruption… envers la FIFA.

M. Infantino est aussi réputé pour son allocation de dépenses extravagante, pour laquelle il a par exemple réclamé le remboursement d’un matelas de lit de 14 000 $.

Mettons que je serais prudent avant de confier mon NIP à la FIFA.

* * *

Lorsque la FIFA a accordé la Coupe du monde aux pays de l’Amérique du Nord, en 2018, la Ville de Montréal a démontré un intérêt pour devenir une ville hôtesse. Elle en a glissé un mot à Québec et à Ottawa.

Rapidement, les trois gouvernements se sont entendus sur les grandes lignes de la candidature : 150 millions pour six matchs. La facture allait être divisée en trois parts égales. Les retombées économiques étaient évaluées à 210 millions.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le gouvernement du Québec a décidé de ne pas soutenir financièrement la candidature de Montréal pour accueillir des matchs de la Coupe du monde de soccer en 2026.

Sauf qu’au fil des mois, le montant de la facture a gonflé. L’automne dernier, Québec a refait ses calculs, en tenant compte des exigences de la FIFA. Le projet coûtait désormais 300 millions… pour seulement trois matchs. Les retombées, elles, avaient chuté à 105 millions. Pas mal moins tentant.

Et d’autres dépenses s’en venaient. Québec prévoyait une autre augmentation des coûts d’ici le dépôt final du cahier de charges, en 2023. Le tout, à la discrétion de la FIFA.

Ouain…

C’est un peu si vous alliez dans un magasin de meubles. Que vous donniez votre carte de crédit au vendeur. Puis qu’il pouvait choisir tous les meubles qu’il souhaitait que vous achetiez, sans tenir compte de votre limite de crédit.

Attendez, ce n’est pas fini.

Le comble ?

Autour des matchs dans les villes hôtesses, la FIFA exige un « vacuum événementiel ».

Trois sources impliquées dans le dossier m’ont indiqué que cette mesure forcerait l’annulation ou le report du Grand Prix de Formule 1 du Canada, du Festival international de jazz de Montréal, des Francos et peut-être de Juste pour rire.

Le gouvernement québécois craignait de fragiliser davantage les évènements phares de l’été montréalais. Il a donc retiré ses billes. Avec raison. Montréal et Ottawa étudient maintenant leurs options. Investiront-ils plus de 300 millions à deux, plutôt qu’à trois ? J’en doute très fortement.

Qu’on me comprenne bien. La Coupe du monde de soccer est un évènement spectaculaire. Une compétition qui encouragera sans doute la pratique du soccer au pays. Sauf que pour accueillir des matchs, il y a un prix à payer. Chaque ville s’impose une limite.

Et celle de Montréal me semble déjà avoir été largement dépassée.

* * *

Parallèlement, La Presse a révélé mardi que le Comité olympique canadien (COC) étudiait la possibilité de présenter une candidature commune de Montréal et de Toronto pour de futurs Jeux olympiques d’été.

Quelle a été la première réaction de pas mal tous les Québécois ?

« Non, merci. »

Ou pire.

C’est vrai, on a déjà joué dans ce film-là. Ça s’était mal terminé. Pour les Québécois de plus de 55 ans, la plaie est encore vive. Maintenant, c’était en 1976. Il y a 45 ans.

Depuis, le mouvement olympique a bien changé. Après une phase de croissance sauvage, qui a culminé avec la folie des Jeux de Sotchi (50 milliards !), le Comité international olympique a révisé sa stratégie. Il souhaite maintenant organiser des Jeux plus modestes. Utiliser des installations existantes, plutôt qu’imposer la construction de nouveaux stades. Ce sera d’ailleurs le cas pour les Jeux de Paris (2024) et de Los Angeles (2028).

C’est dans ce contexte que le COC voit une occasion pour Montréal et Toronto. Ensemble, les deux villes ont un portfolio impressionnant de stades et de centres sportifs. De quoi couvrir largement tout le spectre des compétitions. Juste à Montréal, en plus du Stade olympique, il y a le stade Percival-Molson, le stade Saputo, la Place Bell (Laval), le centre Claude-Robillard, le centre Pierre-Charbonneau, les installations du parc Jean-Drapeau et le mont Royal, pour le cyclisme.

De plus, les deux villes ont récemment accueilli – avec succès – plusieurs évènements sportifs majeurs, comme les Jeux panaméricains (Toronto, 2015) et les Championnats du monde de gymnastique (Montréal, 2016).

L’enjeu ? L’acceptation sociale. Les finances publiques sont malmenées par la pandémie. Il y a de toute évidence d’autres enjeux prioritaires au pays. Ne vous inquiétez pas, le COC le sait. C’est pourquoi il ne fait pas de vagues. Qu’il ne sollicite pas encore les gouvernements. Le moment n’est pas propice.

Le sera-t-il dans trois, quatre ou cinq ans ?

Peut-être que oui. Peut-être que non. Mais d’ici là, avant de fermer la porte à double tour, laissons au moins la chance au COC d’étudier la viabilité de cette candidature surprenante.

Après tout, ça ne coûte pas cher de rêver.