« Vous [les journalistes], vous rappelez toujours les grands coups, mais je suis devenu un meilleur joueur dans les moments sombres, dans la noirceur… »

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Cette phrase, criante de vérité, émane de Thierry Henry, à sa première conférence de presse à titre d’entraîneur-chef de l’Impact, en novembre 2019.

Le plus jeune joueur de l’histoire de l’Impact à signer un contrat professionnel, à 16 ans seulement, Keesean Ferdinand, en comprend sans doute très bien le sens.

Ce défenseur latéral a vécu sa première grande déception sportive en 2014, à 11 ans. Membre de la première cuvée de la pré-académie de l’Impact à aspirer à l’Académie, le jeune homme a été boudé au profit d’une dizaine de ses coéquipiers jugés meilleurs que lui.

Keesean Ferdinand a donc été contraint de passer une saison supplémentaire dans la pré-académie, chez les U12, pendant que la plupart de ses anciens collègues commençaient déjà à voyager au Mexique et en France afin d’y affronter les meilleurs jeunes joueurs au monde.

« J’étais fâché, triste, j’ai vécu plein d’émotions de voir tous mes coéquipiers passer à la prochaine étape alors que je devais rester une autre année à la pré-académie, confiait-il cette semaine. Ensuite, de ne pas savoir si j’allais y entrer l’année suivante, c’était difficile. Mais je croyais en mes capacités, j’ai juste continué à travailler, je n’y ai pas trop pensé. »

Quand il a tenté sa chance à nouveau un an plus tard, à 12 ans, il s’est blessé dès le premier jour des essais. Son entrée à l’Académie de l’Impact a été repoussée à nouveau. On l’a fait s’entraîner pendant plusieurs semaines avec les joueurs de l’Académie, avant de finalement lui permettre de rejoindre le groupe.

« Le coach venait me parler à la fin des entraînements, je ne savais pas trop quels étaient leurs plans. Ils m’ont finalement annoncé la bonne nouvelle après deux semaines. Ça n’a pas été facile, mais je l’ai fait. »

Après avoir enfin rejoint ses coéquipiers chez les U14, Keesean Ferdinand a progressé à une vitesse phénoménale.

Six ans plus tard, c’est de la Floride, avec les Bojan, Taïder et Wanyama, qu’il a rappelé La Presse, à l’aube du tournoi de la MLS.

Cette année supplémentaire dans la pré-académie a été bonne pour ma confiance. J’ai joué un plus grand rôle avec l’équipe, ça m’a permis de bien me développer.

Keesean Ferdinand

Il remercie aujourd’hui son ancien entraîneur chez les U14 et les U15, Serge Dinkota. « Il a été un coach exceptionnel pour moi, je n’ai pas les mots, il m’a vraiment aidé. Il m’a permis de croire en moi. Ma polyvalence ne vient pas de n’importe où. Il m’a envoyé à plusieurs endroits sur le terrain et permis de montrer mes qualités. »

Malgré son jeune âge, il espère avoir la chance de jouer un peu lors du tournoi « MLS is Back ». « Pour l’instant, grappiller des petites minutes en fin de match serait idéal, je travaille dans ce but-là. »

Mais sinon, il profite pleinement de son expérience. « Je suis plus à l’aise avec les gars [comparativement à mon premier camp]. Je m’intègre peu à peu, je commence à m’habituer aux entraînements de haut niveau. »

Et le jeune homme a la chance d’être dirigé par le légendaire Thierry Henry. « Les longues discussions sont plus rares avec lui, mais sur le terrain, il donne ses indications. J’étais un peu trop jeune pour le voir à l’œuvre, mais j’ai regardé des vidéos et des reprises de matchs, c’est vraiment un phénomène. C’est impressionnant, ce qu’il a pu accomplir. »

Et le joueur le plus impressionnant de l’Impact à ses yeux ? « Victor Wanyama, répond-il spontanément. Il vient d’un gros championnat en Europe, une grosse équipe, Tottenham. Sur le terrain, il est imposant physiquement et très intelligent, il est très impressionnant. »

Quel message aimerait-il livrer aux jeunes qui, plus tôt, ont vécu des déceptions comme la sienne, des périodes de… noirceur ?

« Il faut croire en soi. C’est le plus important. Se fixer des objectifs quotidiennement, des petits objectifs qui vont te mener à d’autres. On doit persévérer et croire en soi. »