À première vue, ce gars-là semble trop gentil pour survivre longtemps dans l’univers coupe-gorge de l’Impact.

Philippe Cantin
Philippe Cantin La Presse

Il s’exprime d’une voix douce, rappelle l’importance de l’humilité et dit vouloir écouter les autres avant de prendre des décisions significatives. Voilà de belles qualités, qui l’aideront sûrement à rester zen quand Joey Saputo fera irruption dans le vestiaire après une défaite embarrassante.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @IMPACTMONTREAL

Olivier Renard, nouveau directeur sportif de l’Impact

À son entrée officielle dans la grande famille de l’Impact hier, Olivier Renard a créé une impression correcte. Ni plus, ni moins. Rien à voir avec le côté « star » de Rémi Garde à l’automne 2017 lorsque Saputo lui a confié des pouvoirs étendus. Nous étions alors devant une grosse pointure et les yeux perçants de l’entraîneur français accentuaient cette impression. On connaît la suite : Garde, qui devait donner un nouveau souffle à l’organisation, a été congédié moins de deux ans après son embauche.

Était-ce si surprenant ? Pas du tout ! Comme on le sait tous, l’ensoleillement ne dure jamais longtemps au pays de l’Impact. Et les orages font des dommages. J’ai tout de même été renversé par la vitesse à laquelle est survenu celui ayant emporté Garde. Comme j’ai été étonné par le K.-O. servi à Mauro Biello après la saison 2017.

L’Impact décrochera-t-il un jour de cette impatience malsaine ? Non, monsieur Saputo, le respect des traditions n’est pas toujours un atout.

Compte tenu de l’ADN de l’Impact, parier sur la durée du mandat d’Olivier Renard est une entreprise hasardeuse. Une seule chose est sûre : une somme de travail ahurissante l’attend. Sauf pour le pénible épisode Frank Klopas en 2014, je n’ai jamais vu l’organisation en si piètre état.

Cette saison, l’Impact a raté les séries éliminatoires pour la troisième fois de suite. Son effectif n’inspire pas la crainte chez l’adversaire ou l’enthousiasme chez les partisans. Résultat, l’Impact a perdu une partie du capital de sympathie obtenu lors du séjour de Didier Drogba en ses rangs. Et on aperçoit de nombreux sièges vides au stade Saputo à chaque match, ou presque.

L’absence de « buzz », pour reprendre les mots jadis utilisés par Joey Saputo, n’a jamais été aussi nette. Et la conquête du championnat canadien dans des matchs qui — hélas pour l’Impact — n’ont pas été diffusés sur les réseaux traditionnels de sport ne redressera pas la situation. Difficile d’obtenir du retentissement quand on gagne dans la discrétion.

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Après avoir connu du succès en Belgique, Olivier Renard impressionnera-t-il à Montréal ?

On en aura une meilleure idée dans trois mois, lorsque les contours de l’édition 2020 de l’Impact seront dessinés. Ce court délai, assure-t-il, est suffisant pour agir. « Quand j’entends [que j’ai] peu de temps, ça me surprend, dit-il. On n’a malheureusement pas de playoffs, on a donc un stop de deux mois et demi. Dire que je n’ai pas le temps, ce serait une excuse complètement ridicule. »

Cette pugnacité est intéressante. Tout comme la manière dont il décrit son rôle : « Je ne suis pas ici pour me faire des amis. Je suis ici pour obtenir les meilleurs résultats. Et croyez-moi : quand vous obtenez des résultats, vous avez plusieurs amis. »

C’est sous la recommandation de Walter Sabatini, bras droit de Joey Saputo en matière sportive pour ses deux équipes (l’Impact et Bologne FC), que Renard a été embauché. Il répondait à presque tous les critères établis par Kevin Gilmore, président de l’Impact : la capacité de s’exprimer en français, en anglais et en italien, ainsi que de l’expérience en soccer international et comme directeur sportif.

Seule ombre au tableau : la Major League Soccer (MLS) et ses secrets ne lui sont pas familiers. Gilmore ne s’en formalise pas : « Olivier rencontre cinq des six critères établis, dit-il. Et si on gagne cinq de nos six matchs régulièrement, c’est une bonne fiche. »

La convention collective de la MLS est complexe, et Olivier Renard devra se montrer futé pour en assimiler rapidement les paramètres. Mais si complexe soit-il, ce document n’est tout de même pas de la physique nucléaire. Bien appuyé par les gens déjà en place, Renard sera en mesure de vaincre cette difficulté.

D’autant plus qu’il semble confiant en ses moyens et que les ratés occasionnels sur le plan du recrutement ne l’effraient pas. « Il y a des échecs dans tous les clubs », dit cet ancien gardien de but. « Et j’en ferai aussi. L’important, c’est que le pourcentage [de réussite] soit au-dessus de la moyenne et que tout le monde soit heureux. »

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Gilmore a présenté le directeur sportif de 40 ans comme un membre de la « nouvelle génération de dirigeants ». Avec raison, ses attentes à son endroit sont grandes.

« Je favorise l’innovation, les nouvelles idées, les grandes idées, les pensées différentes où on ne regarde pas les choses de la même façon, dit Gilmore. Olivier a déjà six ans d’expérience comme directeur sportif. Mais j’ai remarqué qu’il pense encore un peu comme un joueur. Il prend ça en ligne de compte. Et j’ai vraiment aimé ça. »

Olivier Renard aura-t-il les coudées franches pour travailler ? Avec un propriétaire qui demeure très près de l’équipe, un président qui a pris des décisions sportives majeures au cours des dernières semaines (renvoi et embauche d’un entraîneur) et un directeur sportif tout-puissant à Bologne, souhaitons qu’il ait un don pour la diplomatie. « Il faut rester cool », a-t-il dit hier, en levant le voile sur une facette de sa personnalité.

Dans cette organisation où les coups de tonnerre se succèdent, cette conviction sera vite mise à l’épreuve. Souhaitons-lui bonne chance…