Le président de la Fédération allemande de football (DFB) a fait jeudi un premier mea culpa après des jours de polémique autour du joueur Mesut Özil qui a quitté l'équipe nationale en se disant victime de racisme.

Antoine Lambroschini AGENCE FRANCE-PRESSE

Le patron de la DFB, Reinhart Grindel, avait été directement mis en cause dimanche par le milieu de terrain d'origine turque qui estime avoir été malmené par la fédération après sa rencontre controversée en mai avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Dans un communiqué, le chef de l'instance «regrette beaucoup» que le rappel à l'ordre adressé à Özil dans l'affaire Erdogan «ait été détourné pour des discours racistes», une référence aux insultes, sifflets et quolibets qui ont visé le joueur et l'un de ses coéquipiers, Ilkay Gündogan, avant le Mondial en Russie.

Özil, longtemps un modèle d'intégration par le sport, a aussi essuyé des critiques très véhémentes et parfois douteuses dans les médias après l'élimination historique et humiliante de l'Allemagne, championne du monde en titre.

«Avec le recul, j'aurais dû dire sans aucune ambiguïté ce qui est une évidence pour moi et pour toute la Fédération: toute forme de harcèlement raciste est insupportable, inacceptable et intolérable», écrit M. Grindel.

C'est la première fois qu'il s'exprime directement sur cette affaire qui a suscité un énorme émoi dans un pays où vit la plus importante communauté turque dans le monde. Le sélectionneur Joachim Löw est resté muet depuis le déclenchement de l'affaire, tout comme les stars de la Mannschaft.

Le joueur d'Arsenal a justifié dimanche sa rencontre avec le chef de l'État turc en mai par son héritage familial et culturel, alors que le DFB lui reprochait un acte politique en période électorale en Turquie.

Pas de racisme, pas d'excuses

M. Grindel a promis par ailleurs que «le travail d'intégration» sera une priorité dans le foot, alors que l'image de diversité de la Mannschaft a été écornée.

Le chef du football allemand a en revanche rejeté «fermement» les accusations de racisme portées contre lui et n'a pas présenté d'excuses au milieu de terrain.

Il a dit avoir «été touché» par ces attaques et avoir «de la peine pour les bénévoles et les employés de la DFB qui sont ainsi mis en relation avec le racisme».

Le joueur aux 23 buts en 92 sélections avait estimé que «Grindel et ses soutiens» le considéraient comme allemand «quand nous gagnons» mais comme «un immigré quand nous perdons». Il a aussi rappelé des propos controversés du chef de la DFB sur le multiculturalisme alors qu'il était député conservateur.

La charge de Mesut Özil, né dans la Ruhr de parents et grands-parents vivant en Allemagne, a donc provoqué un vaste débat sur le racisme, à l'heure où l'extrême droite avec le parti AfD connait un essor sans précédent depuis 1945. Le scandale a aussi été exacerbé par le soutien bruyant de M. Erdogan au joueur.

Personne intelligente

Le président conservateur de la chambre basse du Parlement et pilier de la vie politique allemande, Wolfgang Schäuble n'a pas mâché ses mots sur la DFB, lui reprochant d'avoir laissé la situation dégénérer en «affaire d'Etat».

«Une personne intelligente aurait pu et dû empêcher tout ça», a-t-il dit à RND, un groupe de presse.

Özil avait déjà rencontré à plusieurs reprises le dirigeant turc par le passé sans que cela ne suscite de remous.

Face à de premiers appels à la démission, M. Grindel était dans une position d'autant plus inconfortable que l'Allemagne et la Turquie sont candidates pour l'organisation de l'Euro-2024 dont l'attribution sera annoncée fin septembre.

Des politiques ont dit craindre que le président turc n'utilise la polémique Özil pour saboter la candidature allemande.

Dans son communiqué, M. Grindel tente donc de tourner la page et promet de reconstruire l'équipe nationale «après une coupe du monde décevante» pour jouer dans six ans l'Euro à domicile.

«Ce tournoi pourrait marquer une nouvelle page dans l'histoire du football, (...) rapprocher les gens. Qu'ils soient d'origine étrangère ou non», écrit-il.