Amérique du Sud, Afrique, Océanie, Europe: les soutiens déclarés affluent en faveur de Joseph Blatter, président en exercice de la Fédération internationale de football, qui semble se diriger, sauf coup de théâtre, vers un quatrième et dernier mandat aux élections le 1er juin.

Publié le 23 mai 2011
Philippe Grélard AGENCE FRANCE-PRESSE

Quand le seul adversaire du Suisse, le Qatariote Mohammed Bin Hammam, président de la Confédération asiatique, avait officialisé sa candidature le 18 mars, l'élection semblait pourtant plus que jamais ouverte.

Bin Hammam surfait alors sur les révélations en octobre de cas de corruption touchant le Comité exécutif de la Fifa et sur l'attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar.

Mais les vents favorables furent de courte durée. Début mai, le comité exécutif de l'UEFA, et le président de cette instance européenne --qui représente 53 fédérations-- Michel Platini, ont donné leur soutien à M. Blatter.

C'est un signe fort et une prise de position qui était très attendue. L'UEFA est l'autre place forte financière du football mondial avec l'Asie chère à Bin Hammam.

L'UEFA possède la compétition de club la plus prestigieuse, la Ligue des champions. Platini, réélu triomphalement par acclamation à Paris en mars, fait figure de favori pour les élections à la Fifa en 2015.

L'Amérique du Sud, où aura lieu le Mondial-2014 au Brésil, et l'Afrique se sont également rangées derrière le président en exercice depuis 1998.

Le «soutien total» des principales fédérations africaines s'est d'ailleurs exprimé samedi dans le cadre d'une réunion à Johannesburg, tout un symbole: c'est dans la capitale d'Afrique du Sud que s'était déroulée en juillet la finale de la première Coupe du monde organisée sur le sol africain.

Vieux routier

Et les dernières accusations de corruption portées par l'Angleterre, si elles ont bien fait la Une des journaux du monde entier, n'ont pas fait vaciller Blatter.

L'artillerie lourde était pourtant de sortie avec une commission d'enquête parlementaire britannique menée par l'ex-président du comité de candidature anglaise pour le Mondial 2018, Lord David Triesman, et des révélations du Sunday Times.

Mais l'enquête de l'hebdomadaire anglais avançait que deux hauts responsables du football mondial avaient monnayé leur vote pour... le Qatar, fief de Bin Hammam, en échange de 1,5 million de dollars.

Et voilà l'homme d'affaire qatari, qui s'était fait le chantre de la lutte anti-corruption dans cette campagne, obligé de démentir en utilisant les mêmes arguments que son adversaire suisse sur le refrain: «où est la preuve ?»

Les derniers messages lancés depuis Singapour lundi par Bin Hammam --»il est l'heure d'une nouvelle approche», «il est temps de redonner sa fierté à la Fifa»-- ont dès lors un moindre impact.

Le mode de communication agressif choisi par Bin Hammam n'a pas réussi à faire sortir Blatter de ses gonds. Le Qatariote a d'abord joué sur son âge, 62 ans, et celui du président en exercice, 75 ans: «Blatter est usé». Puis il a brodé sur un thème voisin, celui d'un mandat qui s'éternise: «Pour le bien du football, personne ne doit rester 15 ou 20 ans à la tête».

Mais Blatter, vieux routier de la politique du football, en a vu d'autres, lui qui a déjà vaincu deux concurrents de poids, le Suédois Lennart Johansson (président de l'UEFA à l'époque) en 1998 et le Camerounais Issa Hayatou en 2002 (président de la Confédération africaine).

Usé ? Blatter arpente la planète pour prouver le contraire. Lundi, il s'exprimait depuis Tokyo, apportant son soutien au Japon pour l'accueil de la Coupe du monde des clubs en dépit des ravages causés par le tsunami.