Après avoir rassuré une horde de fans inquiets mais aussi, avouons-le, des centaines de pseudo-psychanalystes, hier soir à Calgary, Carey Price et le Canadien s'attaqueront aux Canucks de Vancouver demain.

Publié le 16 nov. 2018
Mathias Brunet LA PRESSE

La performance collective du Canadien contre les Flames n'a rien de rassurante. Sans cette performance éblouissante de Price, l'humiliation aurait été plus grande encore que celle à Edmonton.  

Le Canadien affronte cependant les Canucks au bon moment. Après un début de saison éclatant, Vancouver a remporté un seul de ses six derniers matchs. Les blessures à Brock Boeser, Alex Edler et Brandon Sutter font mal. 

Mais cette équipe a néanmoins bien meilleure mine et l'avenir s'annonce prometteur. L'éclosion de la recrue Elias Pettersson, l'impact des jeunes Bo Horvat et Boeser, redonne espoir aux fans de cette organisation.

Longtemps une risée dans le domaine du repêchage, les Canucks, avec de jeunes loups dans des postes clés du recrutement, font beaucoup mieux depuis cinq ans. Mais on a maintenu en poste trop longtemps la vieille garde.

Dans une interview fort éclairante sur les ondes de TSN Radio Vancouver, il y a un mois, l'ancien directeur général des Canucks, Mike Gillis, avoue son plus grand regret: ne pas avoir remodelé le système de repêchage amateur des Canucks plus tôt.

Gillis a été congédié en avril 2014. À son arrivée, en 2008, il a choisi de ne pas faire de vagues et a laissé d'anciennes gloires de l'équipe, Ron Delorme, Harold Snepsts et Stan Smyl en poste.    

Le nouveau DG avait pourtant de quoi se méfier. Entre 2007 et 2012, on a multiplié les gaffes avec les choix de première ronde. Le choix de première ronde en 2007, Patrick White (25e), n'a pas disputé le moindre match dans la LNH, tout comme les cinq joueurs repêchés après lui.

Le premier choix de 2008, 10e au total, Cody Hodgson, a laissé entretenir un peu d'espoir, mais on l'a vite échangé à Buffalo pour le robuste Zack Kassian, ensuite échangé au Canadien. Hodgson a été repêché avant Erik Karlsson, Jake Gardiner, Jordan Eberle et John Carlson. Aucun autre joueur de la cuvée 2008 n'a joué plus de huit matchs dans la LNH.

Même résultat en 2009. Jordan Schroeder, repêché au 22e rang, ne s'est jamais établi dans la Ligue nationale. Il a été choisi avant Marcus Johansson, Kyle Palmieri et Ryan O'Reilly. Un seul autre joueur de cette cuvée se trouve dans la Ligue à l'heure actuelle, Kevin Connauton, dans un rôle de soutien en Arizona.

Les Canucks n'avaient pas de choix dans les trois premières rondes en 2010. On doit leur donner le bénéfice du doute. En 2011, on a fait chou blanc huit fois. Le premier choix, 29e au total, Nicklas Jensen, joue en Finlande depuis deux ans, après des années dans la Ligue américaine. Il a été choisi un rang devant Rickard Rakell. Boone Jenner, John Gibson, Brandon Saad, Victor Rask, William Karlsson et Nikita Kucherov ont tous été repêchés après lui en deuxième ronde.

Le premier choix de 2012, le défenseur Brendan Gaunce, fait la navette entre la Ligue américaine et la LNH depuis quelques années. On l'a préféré au 26e rang à Brady Skjei et Tanner Pearson. Au moins, cette année-là, on a déniché un joueur régulier de la LNH dans les rondes plus tardives, Ben Hutton.

Eric Crawford a pris en main le repêchage à compter de 2013. On a frappé dans le mille avec Bo Horvat au neuvième rang. Horvat est l'un des deux centres offensifs des Canucks avec Elias Pettersson. Il a 18 points en 21 matchs depuis le début de la saison. Mais la suite n'a pas été concluante. L'autre choix de première ronde, Hunter Shinkaruk, n'a pas percé et il joue pour le Rocket de Laval aujourd'hui.

L'année suivante, les Canucks détenaient les 6e et 24e choix de la première ronde. Même si Jake Virtanen connaît un bon début de saison avec 10 buts, le repêcher au sixième rang devant William Nylander, Nikolaj Ehlers et Dylan Larkin demeure une erreur. Jared McCann a été choisi un rang devant David Pastrnak.

Il s'agissait de la première année de Jim Benning à titre de DG, en remplacement de Mike Gillis. Crawford vivait dès lors sur du temps emprunté.

Crawford a été congédié en août 2015. Il oeuvre depuis au sein du département du dépistage professionnel chez le Canadien.

Difficile d'établir si Crawford a eu un impact sur la sélection de Brock Boeser au 24e rang en 2015, mais il était à quelques semaines de son congédiement lors du repêchage et son successeur, Judd Brackett, avait déjà pris du galon l'année précédente. Boeser a marqué 29 buts l'an dernier avant de se blesser au 62e match. Le jeune Adam Gaudette, choisi en cinquième ronde, suscite beaucoup d'espoir après une carrière phénoménale dans la NCAA.

Le premier choix des Canucks en 2016, le défenseur Olli Juolevi, suscite des critiques. Contrairement à Mikhail Sergachev, Charlie McAvoy, Jakob Chychrun et Dennis Cholowski, ce Finlandais n'a toujours pas atteint la LNH. Mais il a seulement 20 ans et il semble trouver un certain envol dans la Ligue américaine avec 13 points en 16 matchs, des statistiques impressionnantes pour un défenseur. Sa fiche de -11 est cependant la pire de son club.

En 2017, Brackett a mis l'équipe de recruteurs à sa main. Plus de 40% des recruteurs de l'équipe ont été écartés.

Le coup de circuit est survenu cette même année, avec Pettersson au cinquième rang. Le jeune homme de 20 ans est électrisant. Il a 17 points en 15 matchs. Certains osent comparer son flair à celui de Wayne Gretzky. Toute comparaison à Gretzky relève du sacrilège, mais la «Merveille» elle-même a dit se revoir en lui.

Avec Pettersson et Horvat, les problèmes des Canucks sont réglés au centre. Boeser est un ailier de premier trio. La défense est encore fragile. Voyons si Juolevi peut émerger. Le premier choix de l'équipe en 2018 (7e au total), Quinn Hughes, pourrait rejoindre les Canucks après sa saison à Michigan. Ce formidable jeune défenseur offensif a neuf points en huit matchs depuis le début de la saison dans la NCAA. Son frère Jack sera vraisemblablement le premier choix au total en juin.

Le gardien d'avenir des Canucks Thatcher Demko, est ralenti par une commotion cérébrale.

Les Canucks ne sont pas au sommet de leur art depuis une dizaine de jours, mais les fans de l'équipe peuvent espérer enfin des jours meilleurs.

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À LIRE

Mon collègue Richard Labbé est souvent impitoyable envers Carey Price. «Cette fois, celui qui a accordé un citron juteux ne portait pas le chandail du CH», écrit-il dans son analyse de match. L'ami Richard, qui pourtant a écrit un joli bouquin sur les masques de gardiens, et devrait être sensible à leur réalité, est souvent dur envers Price qui, malgré ses difficultés, a rarement accordé de vilains buts comme celui accordé par Mike Smith à Artturi Lehkonen pour donner la victoire au Canadien. Mais mon collègue a reconnu le mérite de Price hier, ce qui est déjà beaucoup! Carey saura apprécier ta clémence j'en suis convaincu Richard!