L'équipe cendrillon de l'Association de l'Est de la LNH l'an dernier, les Devils du New Jersey, est déjà menacée de rater les séries éliminatoires.

Mathias Brunet LA PRESSE

Les Devils viennent de subir trois dégelées consécutives, 7-3, 6-1 et 5-2, et occupent désormais le dernier rang dans l'Est, à six points de la dernière place donnant accès aux séries.

Le premier réflexe serait d'affirmer qu'ils ont progressé trop vite. La plupart des observateurs leur prédisaient la cave du classement l'an dernier.

Or, une majorité de joueurs de l'équipe, dont Taylor Hall, ont connu la saison de leur carrière en 2017-2018. D'obscurs joueurs, comme Jesper Bratt, Miles Woods, Stefan Noesen, Brian Gibbons et Blake Coleman ont tous marqué au moins 12 buts. Avec dix marqueurs d'au moins 12 buts, peu de clubs pouvaient se vanter d'avoir une attaque aussi bien répartie.

Il n'y a rien de mal à progresser rapidement. Mais il faut avoir des fondations solides. La direction de l'équipe y croyait sans doute. Or, leur pilier en défense, Andy Greene, avait déjà 35 ans. Sami Vatanen et Will Butcher excellent offensivement, mais moins en zone défensive.

Devant le filet, Cory Schneider a été miné par les blessures ces dernières années et Keith Kinkaid est un auxiliaire de carrière.

Les fondations des Devils seraient plus solides s'ils avaient mieux repêché ces dernières années. Voilà sans doute où le bât blesse.

L'équipe avait le luxe de repêcher au 6e rang en 2015 et au 12e rang l'année suivante. En pareilles circonstances, il faut espérer au moins un joueur d'impact.

Les Devils ont repêché Pavel Zacha au sixième rang en 2015. Le DG Ray Shero, nommé quelques mois plus tôt, voulait une équipe plus dynamique. Le directeur du recrutement amateur des Devils depuis 31 ans, David Conte, était sur le bord de la porte. Il allait quitter l'organisation une semaine après le repêchage. Shero avait donc pris les rennes et Zacha entrait parfaitement dans son moule, même si sa production à Sarnia ne dépassait pas le point par match. C'était un centre, il mesurait 6 pieds 3 pouces et on était convaincu que son potentiel était trop grand pour qu'il ne se développe pas.

On s'attendait pourtant à ce que les Devils optent pour un défenseur puisque leur banque d'espoir à cette position était à regarnir.

«Notre premier choix était probablement le meilleur joueur disponible, avait confié Shero aux journalistes le soir du repêchage. S'il y avait eu un défenseur qui à nos yeux avait eu une plus grande valeur, nous l'aurions choisi. Mais on ne voulait pas prendre le risque de perdre Zacha.»

Les défenseurs de talent ne manquaient pourtant pas. Ivan Provorov a été choisi au septième rang par les Flyers. Il est vite devenu leur numéro un. Zack Werenski a suivi au huitième rang. Il est devenu un pilier au sein de la première paire de défense des Blue Jackets de Columbus. Sans oublier Thomas Chabot, 18e, le meilleur défenseur offensif de la LNH en ce début de saison.

Zacha a aussi été préféré à des attaquants tels Timo Meier et Mikko Rantanen, Mathew Barzal, Kyle Connor et Brock Boeser. Rantanen est le meilleur compteur de la LNH en date d'aujourd'hui. Barzal a remporté le trophée Calder l'an dernier après une saison de 85 points.

Le premier choix des Devils est encore jeune à 21 ans. Mais après deux premières saisons modestes de 24 et 25 points dans la LNH, il a été renvoyé dans la Ligue américaine il y a huit jours après avoir été blanchi à ses dix premiers matchs. Il a cinq passes en quatre matchs dans la Ligue américaine.   

On peut se tromper une fois. Pas deux. Certains pouvaient se laisser aveugler par la vitesse du centre Michael McLeod. Mais derrière ce dynamisme ce cachait un joueur dont la compréhension du jeu faisait défaut. Les plus fins renards pouvaient flairer le piège. Pas Shero et les Devils.

Ils ont fait de McLeod leur premier choix au douzième rang, deux rangs devant le jeune défenseur Charlie McAvoy, quatre choix avant Jakob Chychrun et huit rangs devant un troisième défenseur, Dennis Cholowski, la jeune sensation des Red Wings de Detroit. McLeod ne connaît pas un vilain début de saison dans la Ligue américaine avec huit points en 14 matchs. Voyons la suite.

Heureusement, les Devils ont remporté la loterie du repêchage en 2017 et mis la main sur Nico Hischier au premier rang. Elias Pettersson, choisi au sixième rang, deviendra probablement le meilleur joueur de cette cuvée, mais on ne peut certes pas reprocher aux Devils leur choix cette fois.

Les prochaines années détermineront si Ray Shero est un grand visionnaire ou un DG surévalué.

- - -

À lire: Richard Labbé et les collègues affectés à la couverture du Canadien ont rencontré Milan Lucic à leur arrivée à Edmonton hier. Le pauvre Lucic - riche en dollars, mais pauvre en production de points - a marqué deux buts à ses 63 derniers matchs. Il cherche à comprendre pourquoi, mais peut-il vraiment admettre que la LNH est devenue trop rapide pour lui?