À quelques mètres de la ligne d'arrivée, Joëlle Numainville tenait un parapluie au-dessus de sa tête, à quelques centaines de mètres de Buckingham Palace, sur la célèbre avenue The Mall.

Mis à jour le 29 juill. 2012
Simon Drouin LA PRESSE

Avant de répondre aux questions, la cycliste, frissonnante, a demandé une serviette pour essuyer le mascara qui lui coulait sous les yeux. Elle n'avait pas remarqué le trou dans son cuissard sur cuisse gauche. La journée avait été longue. La pluie continuait de tomber en trombe.

Victime d'une chute à 15 kilomètres du fil, Numainville a pris le 12e rang de la course sur route des Jeux olympiques de Londres, dimanche après-midi, à 27 secondes la gagnante, la Néerlandaise Marianne Vos. Pas de quoi fêter pour la sprinteuse québécoise, ni s'apitoyer.

« Avec la pluie, c'était vraiment dur », a soupiré Numainville, qui a mis une douzaine de kilomètres à zigzaguer entre les voitures de la caravane, aveuglée par la pluie, avant de rejoindre ce qui restait du peloton. À peine le temps de reprendre son souffle, le sprint était lancé. De toute façon, le podium était déjà joué.

Clairement la plus forte de la course, Vos s'est imposée sur ses deux partenaires d'échappée, la Britannique Elizabeth Armitstead, médaillée d'argent, et la Russe Olga Zabelinskaya, qui a remporté le bronze.

Armitstead est devenue la première médaillée britannique à Londres, ce qui était loin de compenser la déception causée par l'échec de Mark Cavendish lors de la course masculine de la veille. Au moins, ça a donné de quoi se réjouir aux Londoniens, qui se sont encore une fois déplacés par milliers tout au long du parcours de 140 kilomètres, pour une course dont le déroulement ne passera pas à l'histoire.

Il ne fallait pas attendre de miracles de l'équipe canadienne. Mais avec une sprinteuse du calibre de Numainville, un phare comme Clara Hughes et une coureuse passe-partout comme Denise Ramsden, il y avait un espoir.

Finalement, ça n'a pas fonctionné. Manifestement en grande forme, Hughes s'est montrée toute la journée, imposant le rythme dans les deux montées de Box Hill, dans l'espoir d'éliminer des adversaires potentielles de Numainville.

«Aujourd'hui, c'était un pari », a expliqué Hughes, pour qui une bonne partie de la presse canadienne à Londres s'était déplacée. « Notre équipe n'est pas si forte, et on n'a pas le maximum de quatre coureuses comme d'autres pays. »

Quand Zabelinskaya s'est sauvée après la deuxième ascension, à 45 kilomètres de l'arrivée, Hughes a choisi de ne pas réagir. « Je me disais que si j'y allais, tout le monde aurait pris ma roue. J'ai donc attendu », a dit la sextuple médaillée olympique. Armitstead, Vos et l'Américaine Shelley Olds ont rejoint la Russe. « Je me suis retrouvée prise derrière, près d'une barricade, a expliqué Hughes. J'ai perdu presque toute ma vitesse. Je ne sais pas si j'aurais pu les suivre. »

L'athlète de 39 ans retenait surtout que dans ces conditions de course parfois « terrifiantes », elle s'était sentie dans une forme exceptionnelle. « Je suis vraiment contente», a assuré celle qui a conclu l'épreuve au 32e rang, à 32 secondes de la gagnante. «Je suis prête à 100 % pour le contre-la-montre de mercredi. »

Un peu avant qu'Olds ne soit éjectée du groupe de tête sur une crevaison malencontreuse, on a vu Hughes et Numainville discuter tactique en queue de peloton. Mais la Lavalloise de 24 ans sentait glisser ses pneus de plus en plus. Elle n'a pu s'empêcher de visiter le bitume quand une rivale a perdu le contrôle devant elle, dans le même virage où le Suisse Fabian Cancellera s'est étampé samedi.

« Je suis déçue, mais ça fait partie de la course », a philosophé Numainville, qui en était à ses premiers JO. « J'ai donné tout ce que je pouvais aujourd'hui. Je ne pouvais pas demander mieux. » Sinon un ou deux rayons de soleil, qui a fini par réapparaître en fin de journée.